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[MEDIEVALE:171] Agostino Paravicini Bagliani : Petit guide à propos de l'élection du pape Benoît Beyer de Ryke



Le point de vue d'un médiéviste pour comprendre le présent.

Archives à la une : Benoît XVI succède à Jean Paul II

Le cardinal allemand Joseph Ratzinger est devenu le successeur de Jean Paul 
II, mort le 2 avril, au terme d'un conclave « express » de moins de deux 
jours. Dans le n°237 de L'Histoire, en novembre 1999, Agostino Paravicini 
rappelait que l'élection du pape pouvait prendre plus d'un an au Moyen Age. 
Aujourd'hui encore, elle se caractérise par une série de rituels 
symboliques, dont l'historien fournit le « mode d'emploi ».
Texte intégral sur le site
http://www.histoire.presse.fr/

L'Histoire N° 297
Petit guide pour suivre l'élection du pape

Agostino Paravicini Bagliani, Professeur à l'université de Lausanne

 « Nous avons un pape ! ». C'est par cette formule que la population de Rome 
apprenait, au Moyen Age déjà, l'élection d'un nouveau pape. Une élection qui 
pouvait prendre plus d'un an. Et qui se caractérisait par toute une série de 
rituels symboliques, dont la plupart sont demeurés inchangés jusqu'à nos 
jours.

L'élection du pape* telle que nous la connaissons aujourd'hui s'est 
progressivement mise en place au Moyen Age. Les premiers cérémonials* qui 
décrivent cette élection dans le détail appartiennent aux toutes dernières 
années du XIIe siècle. Ils ont été écrits par deux membres de la curie* 
romaine d'alors : Albinus, en 1189, et Cencius, vers 1192. Ces ouvrages nous 
serviront de guides dans ce « reportage » sur des rituels dont le sens s'est 
parfois perdu.
Tout commençait avec l'élection proprement dite. « Le pontife de Rome étant 
mort et ayant reçu la sépulture, racontent Albinus et Cencius, les 
cardinaux* se réunissent en un lieu connu, en une église, où, le troisième 
jour, après la messe en l'honneur du Saint-Esprit, ils traitent de l'élection, 
et ayant été fait l'examen des volontés de tous les cardinaux par 
quelques-uns d'entre eux, celui sur qui se porte le consentement de la 
majeure (ou de la meilleure) partie sera fait pape. »
Les cardinaux devaient donc attendre trois jours après l'inhumation du pape 
défunt avant de se réunir pour débattre de l'élection. Ils se regroupaient 
dans un lieu « connu », sans s'y enfermer.
La décision était prise à la majorité des électeurs. Depuis le troisième 
concile* du Latran (1179), confirmant un décret pontifical de 1059 qui 
confiait aux cardinaux le droit exclusif d'élire le pape (1), une majorité 
des deux tiers des cardinaux présents était nécessaire.
Pour le vote lui-même, on finit par adopter les règles d'élection 
ecclésiastique que décrit le canon* 24 du quatrième concile du Latran 
(1215). Elles prévoyaient trois types d'élection : celle « par bulletin 
secret » (un collège de trois scrutateurs était chargé de recueillir 
secrètement, un à un, tous les votes, et devait en informer par écrit les 
cardinaux présents) ; celle « par compromis » (confiée aux bons offices d'une 
commission d'arbitres, composée généralement de trois membres) ; ou celle 
« par inspiration », c'est-à-dire par acclamation.
Une fois le pape élu, le prieur* des cardinaux-diacres* s'adressait au 
peuple : « Ecce annuntio vobis gaudium magnum : habemus papam » (« Je vous 
annonce une grande joie : nous avons un pape »). Il donnait le nom que le 
pape portait avant l'élection, faisait son éloge et enfin proclamait son 
nouveau nom. Autant d'éléments restés inchangés jusqu'à nos jours.
Ensuite, racontent encore Albinus et Cencius, l'archidiacre* ou le prieur 
des diacres revêtait le pape d'une chape rouge, ce qui était une façon de 
rendre tangible la dignité pontificale. Ce geste essentiel est inspiré de la 
« donation de Constantin » (2), qui affirme que l'empereur avait donné au 
pape Sylvestre Ier (314-335) « divers vêtements impériaux », parmi lesquels 
la « chlamyde de pourpre ». En réalité, l'usage de ce vêtement est attesté 
pour la première fois lors de l'élection en 1073 de Grégoire VII.
La suite de la cérémonie permettait de fondre rituels pontificaux 
sophistiqués et réjouissances populaires, l'ensemble ne durant pas moins d'une 
semaine, dans les deux grands pôles de la Rome chrétienne : le palais du 
Latran (siège officiel de l'évêque de Rome jusqu'à son retour d'Avignon, à 
la fin du XIVe siècle, situé au sud-est de Rome) et la basilique 
Saint-Pierre au Vatican (nord-ouest).
Portant le manteau rouge, le pape se rendait devant le portique de la 
basilique du Latran, où il devait s'asseoir sur un siège en pierre, appelé 
stercorata ou stercoraria, littéralement « siège de fumier », en accord avec 
un passage du premier livre de Samuel où on lit que Dieu « retire de la 
poussière le faible, du fumier il relève le pauvre, pour les faire asseoir 
avec les nobles et leur assigner un siège d'honneur ». Puis il se rendait au 
palais du Latran devant lequel se trouvaient deux sièges que l'on disait de 
porphyre, roche volcanique dont le rouge intense faisait la pierre impériale 
par excellence, et qui étaient en réalité de marbre (3).
Le nouvel élu s'asseyait tout d'abord sur le siège qui était à sa droite. 
Là, le prieur de l'église Saint-Laurent lui remettait les clés de la 
basilique et du palais du Latran, ainsi que la férule* (ferula), crosse* 
qui, contrairement à celle des évêques, était droite. Le pape entrait par ce 
geste en possession du palais du Latran, et donc de tous les droits, 
privilèges et biens liés à sa fonction.

« Cavalcade blanche » à travers Rome

Après s'être assis sur le siège qui se trouvait à sa gauche, il se voyait 
doter d'une ceinture rouge, d'où pendait une bourse de pourpre contenant 
douze pierres précieuses, ainsi que du musc. La ceinture était une 
représentation symbolique de la chasteté, la bourse figurait le trésor qui 
permettrait au souverain pontife d'être le « serviteur des pauvres et des 
veuves », les douze pierres renvoyaient aux douze apôtres, le musc enfin 
rappelait la parole de saint Paul : « Nous sommes la bonne odeur du 
Christ. »
Le nouvel élu recevait ensuite tous les officiers du palais au baiser de 
paix, geste qui signifiait leur soumission au pape. Le camerlingue* lui 
donnait alors cinq monnaies d'argent qu'il lançait vers le peuple, déclarant 
trois fois de suite : « En distribuant il donna aux pauvres et sa justice 
restera dans les siècles et les siècles. »
Puis avait lieu la messe à Saint-Pierre, à la suite de laquelle le pape se 
rendait sur les gradins devant la basilique. C'est là que, selon Albinus, l'archidiacre 
lui présentait la tiare*. La tiare que le pape portait lors de ces « fêtes 
de la couronne » est un couvre-chef plus ou moins conique, pointu ou 
arrondi. Les papes s'en sont servi jusqu'en 1964, date à laquelle Paul VI y 
renonça officiellement. « Couronne » du pape, elle était empruntée à 
Byzance. Sa plus ancienne attestation apparaît dans la fausse donation de 
Constantin, où on lit que Sylvestre Ier aurait renoncé au diadème ou à la 
couronne que lui offrait l'empereur, mais qu'il voulut bien accepter le 
chapeau phrygien, symbole de la résurrection du Christ.
Le pape, après avoir ainsi été couronné, rentrait au Latran en chevauchant à 
travers la ville, entouré par « la jubilation de la foule ». C'est ainsi que 
débute ce que les sources de l'époque appellent la « cavalcade blanche* ». 
Le souverain pontife, les cardinaux et les prélats étaient en effet tous 
vêtus de blanc et le pape montait un cheval blanc - symbole impérial lui 
aussi. Au XIIIe siècle, dans le contexte de rivalité qui l'opposait à l'empereur 
germanique (4), le Saint-Siège accorda une signification particulière à 
cette symbolique du cheval blanc, le biographe de Grégoire IX (1227-1241) 
accusant notamment l'empereur Frédéric II de vouloir diminuer « la blanche 
gloire des chevaux » qui revenait à la papauté romaine.
Cette longue procession à travers la cité, le long de la via sacra qui relie 
le Vatican au Latran, permettait au pape d'avoir un contact direct avec la 
foule qui venait lui rendre hommage comme au nouveau seigneur de la ville.
L'ensemble de ces cérémonies se déroulait, nous l'avons dit, pendant 
plusieurs jours. En 1227, par exemple, Grégoire IX fut tout d'abord « 
intronisé en grande pompe » au Latran le dimanche 21 mars. Le dimanche 
suivant, il reçut le pallium* dans la basilique Saint-Pierre. Le dimanche de 
Pâques, le 11 avril, après la messe solennelle à Sainte-Marie-Majeure, il 
« revint dans l'allégresse générale, couronne [tiare] en tête ». Le jour 
suivant, lundi de Pâques, « chérubin5 transfiguré » et « père de la ville et 
du monde » (« Pater Urbis et Orbis »), il monta un cheval recouvert de « 
tissus précieux » en compagnie des cardinaux « revêtus de la pourpre ». Le 
sénateur et le préfet de la ville le suivaient à pied, en tenant les étriers 
de son cheval.
Pour clôturer les cérémonies, un banquet était offert dans la vaste salle à 
manger du Latran. Les cardinaux et les prélats présents à Rome y 
assistaient. Le pape, son manteau rouge sur les épaules et les sandales aux 
pieds, était assis seul à la table sur laquelle étaient posés des vases d'or. 
Il portait à son doigt l'anneau le plus précieux, marquant ainsi la 
solennité de l'événement. Son service était assuré par les nobles laïcs. Le 
plus important d'entre eux devait servir le premier plat. Si un roi était 
présent, cette charge lui revenait. C'est ce que firent Charles Ier d'Anjou, 
roi de Naples et de Sicile (1266-1285), et ses successeurs à plusieurs 
occasions.
Il ressort des cérémonials du XIIe siècle que l'élément central, 
constitutif, de ces rituels était la prise de possession du Latran, qui 
précédait chronologiquement la consécration célébrée dans la basilique 
Saint-Pierre au Vatican. A cet égard, une innovation fondamentale fut 
introduite en 1272-1273 par Grégoire X. Ce pape novateur renversa en effet 
cet ordre traditionnel : les cérémonies du Latran suivirent désormais la 
messe de consécration à Saint-Pierre, ce qui revenait à faire du 
couronnement proprement dit un élément clé du dispositif. Le verbe « 
couronner » finira d'ailleurs par remplacer « consacrer » pour désigner l'élection 
du pape : c'est celui qui est encore utilisé aujourd'hui.
En donnant une telle importance au couronnement, Grégoire X porta à son 
apogée l'imitation de l'Empire qui avait accompagné l'histoire de la papauté 
depuis le début de la réforme du XIe siècle (6) - imitation déjà manifeste 
dans l'utilisation du manteau rouge, de la tiare et du cheval blanc. Et ce 
ne fut certes pas un hasard si cette innovation fut décidée après la mort de 
l'empereur Frédéric II Hohenstaufen (1250), soit à un moment où le trône de 
l'Empire était vacant.
 Mais si le nom de Grégoire X occupe une place fondamentale dans l'histoire 
de l'élection du pape au Moyen Age, c'est surtout parce que c'est lui qui 
fit adopter en 1274, par le deuxième concile de Lyon, une constitution 
exigeant, entre autres, que les cardinaux soient enfermés lorsqu'ils se 
réunissaient pour désigner le nouveau souverain pontife. Le conclave* était 
né.
Pour cela, Grégoire X s'inspira d'une pratique qui avait été expérimentée 
plusieurs fois au cours du XIIIe siècle par des autorités laïques - de Rome, 
Naples et Viterbe - désireuses de contraindre les cardinaux à conclure leurs 
négociations, une trop longue vacance du Siège apostolique étant néfaste aux 
intérêts de leur ville.

Coup de force contre les cardinaux

Ainsi, à la mort de Grégoire IX (1241), le collège, divisé à cause du 
conflit avec l'empereur Frédéric II, avait tardé à désigner un nouveau pape. 
Le sénateur Matteo Rosso Orsini avait alors enfermé les cardinaux dans le 
palais romain du Septizonium, sorte de forteresse où avaient eu lieu 
auparavant d'autres élections pontificales. De même, en 1254, à Naples, 
après la mort d'Innocent IV, le podestà (magistrat suprême) de la ville, 
messer Bertolino, « retint les cardinaux et les empêcha de sortir de la 
ville jusqu'à ce qu'ils aient élu le successeur du pape défunt ». Le 
chroniqueur franciscain Salimbene, qui nous donne cette information, ajoute, 
non sans une pointe d'ironie, que « le pape ne se montra pas ingrat et le 
récompensa jusqu'à sa mort en puisant dans son propre trésor ».
La situation devint à nouveau inextricable à la mort de Clément IV (29 
novembre 1268). Après une année et demie de négociations, les cardinaux, peu 
nombreux (ils étaient dix-huit) mais divisés en factions puissantes et 
irréductibles, n'avaient toujours pas élu un nouveau pape. Le podestà et le 
capitaine du peuple de Viterbe, où résidait le collège, décidèrent au mois 
de juin 1270 un coup de force : ils enfermèrent les électeurs dans le palais 
de l'évêque, dont ils firent enlever la toiture, et ne laissèrent passer que 
du pain et de l'eau. Le collège réagit immédiatement, ordonnant que les 
malades puissent sortir, exigeant que le toit soit réparé et que les 
cardinaux et leurs familiers ne « soient pas enfermés avec violence ». En 
cas contraire, les auteurs de ce coup de force seraient excommuniés et la 
ville frappée d'interdit*. Ils obtinrent progressivement gain de cause et le 
résultat de la manouvre lancée par les autorités de Viterbe fut faible : les 
cardinaux attendirent encore plus d'une année, le 21 septembre 1271, avant d'élire 
le successeur de Clément IV, Grégoire X !

Une ouverture unique, pour passer la nourriture

Or, trois ans plus tard, ce même pape introduisait ce qui a été à juste 
titre défini comme la « charte constitutionnelle » du conclave. Son contenu, 
pour l'essentiel encore en usage aujourd'hui, peut être résumé ainsi : à la 
mort du pontife, les cardinaux présents dans la ville où il a expiré sont 
tenus d'attendre pendant dix jours leurs collègues absents ; ce terme 
écoulé, que les absents soient arrivés ou non, le collège se réunit sans 
retard pour procéder à l'élection, dans le palais qu'habitait le pape ; 
chacun ne gardera avec lui qu'un, ou, en cas de nécessité, deux serviteurs, 
clercs ou laïcs qu'il choisira lui-même.
Dans le palais, les cardinaux devront s'enfermer « en un conclave » (« unum 
conclave »), une chambre si bien fermée que nul ne puisse y entrer ou en 
sortir, dépourvue de toute cloison intermédiaire ou tenture de séparation : 
le mot, destiné à devenir célèbre, est lâché ! Les cardinaux habiteront en 
commun, mais ils auront libre accès à une salle réservée. Personne, du 
dehors, ne devra communiquer avec eux, ni de vive voix, ni par écrit, en 
public ou secrètement, à moins du consentement unanime des électeurs et pour 
des affaires concernant l'élection, sous peine d'excommunication ipso facto. 
On devra cependant laisser une ouverture, en forme de fenêtre, par laquelle 
on puisse commodément introduire de la nourriture mais par laquelle personne 
ne puisse pénétrer.

Éviter la vacance du Siège apostolique

Si, trois jours après l'entrée en conclave, les délibérations ne sont pas 
achevées, les prélats et autres officiers, députés à la garde extérieure, 
devront empêcher que, pendant les cinq jours suivants, il soit servi plus d'un 
plat, soit à midi, soit au repas du soir ; à l'expiration de ces cinq jours, 
ils ne laisseront plus passer autre chose que du pain, du vin et de l'eau, 
jusqu'à ce que l'élection ait eu lieu. Enfin, durant la vacance, les 
cardinaux ne pourront pas toucher aux revenus de l'Église romaine.
Sévère, le décret de Grégoire X avait un objectif précis : faire en sorte 
que les très longues vacances du Siège apostolique qui s'étaient succédé 
tout au long du XIIIe siècle ne se reproduisent plus. Il ne pouvait être 
accepté de gaieté de cour par les cardinaux. La preuve en est que Grégoire X 
le fit adopter contre leur avis, et grâce au soutien des évêques.
 Ces dispositions furent du reste remises en cause, un temps, par Adrien V 
(1276) et Jean XXI (en 1276 également), puis réaffirmées, définitivement, 
par Célestin V, en 1294. Célestin V ayant pris la décision de démissionner 
(13 décembre 1294) (7), les cardinaux se réunirent donc en conclave pour la 
première fois lors de l'élection du pape Boniface VIII.
L'austérité du conclave ne résista néanmoins pas longtemps. Déjà, lors de l'élection 
du successeur de Benoît XI, décédé le 7 juillet 1304, les cardinaux 
décidèrent qu'ils pourraient se faire accompagner de leurs médecins (avec 
médicaments), épiciers, confesseurs, barbiers, toutes ces personnes ayant la 
liberté, dans l'exercice de leurs fonctions, d'entrer et sortir librement du 
lieu de résidence.
Les dépêches des ambassadeurs aragonais du 17 août 1304 confirment que la 
constitution de Grégoire X n'était pas respectée : les cardinaux, passé huit 
jours, n'eurent bien que du pain et du vin, mais « secrètement et par des 
voies cachées on apporta divers aliments à leurs familiers ». Pour les 
ambassadeurs aragonais, tout cela n'était pas de bon augure : « Le pape ne 
sera certainement pas élu de sitôt. » La prévision était juste : Clément V 
ne devint pape qu'une année plus tard, le 5 juin 1305.
Par la suite, la procédure ne cessa d'être adoucie. Ainsi, en 1351, Clément 
VI abolit l'obligation du dortoir commun et permit aux cardinaux de passer 
la nuit dans des cellules séparées les unes des autres par des rideaux. 
Considérant que la sévérité du régime pouvait nuire à la santé des membres 
du collège, qui pour la plupart étaient âgés et atteints d'infirmités, il 
leur accorda en outre la permission de recevoir à chaque repas un plat de 
viande, de poisson ou d'oufs, ainsi qu'un potage, des hors-d'ouvre et du 
dessert.
La fréquente mobilité des papes au XIIIe siècle et le long séjour de la cour 
pontificale en Avignon (1305-1377) (8) finirent par provoquer un inévitable 
déclin de la cérémonie de prise de possession du Latran. La grande 
architecture symbolique échafaudée par les cérémonials du XIIe siècle s'évanouit. 
A quoi contribua aussi l'installation officielle de la papauté, de retour à 
Rome après le Grand Schisme d'Occident (9), non plus au Latran mais au 
Vatican.
La cérémonie du couronnement dans la basilique Saint-Pierre connut au 
contraire un développement de plus en plus fastueux ; il accueillit par 
exemple un nouveau rite lié à l'embrasement éphémère d'une mèche d'étoupe, 
traditionnellement célébré à Byzance et adopté, dès le XIIe siècle, lors du 
couronnement de l'empereur germanique. Ce rituel est décrit en ces termes 
par Pierre Damien dans un traité sur La Brièveté de la vie des papes (1064) 
: « Chez les Grecs [à Byzance], la coutume est attestée selon laquelle l'empereur 
au moment même où on le pare de la gloire de la couronne et du sceptre voit 
venir à son encontre quelqu'un pour lui présenter, dans une main, un vase 
plein d'ossements et de cendres des morts, et, dans l'autre, de l'étoupe de 
lin finement peignée, dont les fils pendent souplement à l'arrière ; on y 
met brusquement le feu ; alors, en un clin d'oil, l'étoupe est dévorée par 
la flamme : dans un cas, l'empereur doit considérer ce qu'il est, dans l'autre, 
il peut voir ce qu'il a.
« Grâce aux cendres, il reconnaît qu'il est cendre ; grâce à l'étoupe, il 
perçoit la rapidité avec laquelle le monde s'embrasera au jour du Jugement. 
Considérant ainsi sa propre vanité et ce qu'il possède, qu'il ne tire pas 
arrogance de la grandeur de la gloire impériale à laquelle il a accédé. »

1964 : Paul VI renonce à la tiare

Ce rite est mentionné pour la première fois à propos du pape sous la plume 
du dominicain Étienne de Bourbon (vers 1260) : « Ainsi dit-on que, lorsque 
le pape est consacré et élevé au suprême honneur, on enflamme l'étoupe sous 
ses yeux et on s'adresse à lui en ces termes : "Sic transit gloria mundi" 
[ainsi passe la gloire du monde], ainsi souviens-toi que tu es cendre et 
mortel. » Ce rite de caducité fut encore célébré au XXe siècle lors de 
plusieurs élections pontificales.
La plupart des rites médiévaux ne sont toutefois plus en usage aujourd'hui. 
Il en va ainsi de la tiare qui, comme nous l'avons vu, fut abandonnée 
officiellement et solennellement par le pape Paul VI en 1964. Depuis lors, 
les papes ne sont plus à proprement parler « couronnés » en la basilique 
Saint-Pierre - même si les médias continuent d'employer le terme.
Ce déclin de rituels élaborés au Moyen Age a une raison : ceux-ci 
symbolisaient la double nature de la fonction du pape, temporelle et 
spirituelle. Les rites d'élection d'aujourd'hui (essentiellement la 
cérémonie de consécration de Saint-Pierre) renvoient à ce qu'est désormais 
le souverain pontife : l'évêque de Rome et de l'Église universelle.
A.P.

NOTES
* Cf. « Le pape en son royaume », lexique ci-dessous.
1. Jusque-là, le pape était théoriquement élu par une assemblée du clergé et 
du peuple romain ; en fait, les grandes familles de la noblesse romaine et l'empereur 
germanique faisaient pression sur les électeurs afin d'obtenir un candidat 
qui les satisfasse. Cf. André Vauchez, L'Histoire n° 234, pp. 42-49.
2. Par ce long document, un faux rédigé vraisemblablement au VIIIe siècle, l'empereur 
Constantin aurait, en 315-317, concédé de vastes pouvoirs temporels au pape 
Sylvestre Ier.
3. Cette croyance était encore vivante au début du XIXe siècle lorsque 
Napoléon Ier en fit porter un à Paris : il est aujourd'hui conservé au 
Louvre.
4. Le Saint Empire romain germanique, fondé en 962, revendique l'héritage de 
l'Empire romain. Dès le Xe siècle, papauté et souverains allemands s'opposent, 
notamment quant à la nomination des évêques par le pouvoir politique.
5. Le pape qui, par sa mission, se situe entre Dieu et les hommes, est vu 
ici comme une créature céleste.
6. La réforme grégorienne, du nom de Grégoire VII (1073-1085), son 
promoteur, visait à libérer l'Église d'Occident de l'emprise des laïcs et à 
la purger de certains abus moraux comme le trafic des fonctions 
ecclésiastiques (simonie) ou le concubinage du clergé (nicolaïsme).
7. Les démissions d'un pape, canoniquement possibles, sont extrêmement 
rares. Celle de Célestin V est sans doute la plus célèbre.
8. Entre Innocent III (1198-1216) et Benoît XI (1303-1304), les papes n'ont 
résidé à Rome que pendant une quarantaine d'années, séjournant plutôt dans 
les villes de l'État pontifical (Anagni, Viterbe, Orvieto, etc.). En 1309, 
un Français est élu pape sous le nom de Clément V et s'installe en Avignon.
9. En 1378, les cardinaux annulent l'élection d'Urbain VI et désignent 
Clément VII qui s'installe à son tour en Avignon. C'est le début du Grand 
Schisme d'Occident, deux papes (parfois trois) régnant concurremment. Il 
prend fin en 1417.

Le pape en son royaume
Archidiacre : premier des diacres d'une église cathédrale, auxiliaire 
immédiat de l'évêque.
Camerlingue : responsable des finances pontificales.
Canon : texte juridique du droit de l'Église (droit canonique).
Cardinaux : clercs (évêques, prêtres et diacres) de l'entourage immédiat du 
pape, chargés de le conseiller.
Cavalcade blanche : cortège qui conduisait le pape et les prélats de la 
curie (tous vêtus de blanc) de la basilique Saint-Pierre au Latran et qui 
mettait un terme aux cérémonies de l'avènement du nouveau pape.
Cérémonial : livre contenant les règles liturgiques des cérémonies 
ecclésiastiques.
Concile : assemblée d'évêques réunis pour légiférer sur les problèmes de l'Église. 
Les conciles généraux sont convoqués par le pape qui les préside.
Conclave : le terme « conclave » signifie littéralement « sous clé », les 
cardinaux devant s'enfermer pour élire le pape.
Crosse : bâton pastoral ; emblème d'autorité et de dignité ; insigne de la 
charge d'évêque ou d'abbé.
Curie : ensemble des organismes du gouvernement pontifical.
Diacre : clerc qui a reçu une ordination qui le place juste au-dessous des 
prêtres.
Élection du pape : ensemble des normes et des rites qui règlent le choix et 
l'avènement d'un nouveau pape.
Férule : bâton pastoral du pape qui, contrairement à la crosse des évêques, 
n'est pas recourbé.
Interdit : sentence ecclésiastique interdisant la célébration des offices 
divins et l'usage de certains sacrements, soit à un ministre du culte, soit 
dans un lieu déterminé.
Pallium : écharpe blanche marquée de croix noires, que le pape porte 
lui-même et qu'il remet à certains évêques.
Prieur : terme qui désigne certains dignitaires dans une communauté 
religieuse.
Tiare : couvre-chef plus ou moins conique, symbole du pouvoir du pape, et 
avant tout de son pouvoir temporel ; au Moyen Age, il comporte une, puis 
deux, puis trois couronnes. 



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