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[MEDIEVALE:124] Aristote, un détour arabe contesté URHM infos



détour arabe contesté

Culture
Aristote, un détour arabe contesté
Polémique. Un livre de l’historien Sylvain Gouguenheim suscite de vives réactions.
ERIC AESCHIMANN
QUOTIDIEN : mercredi 30 avril 2008

Une nouvelle affaire secoue le milieu des historiens, autour d’une question d’apparence très pointue. Il s’agit de savoir à qui l’Occident chrétien doit d’avoir reçu l’héritage du rationalisme grec, et en particulier les textes d’Aristote, dont la diffusion en Europe à partir du XIIIe siècle joua un rôle décisif dans la préparation intellectuelle de la Renaissance. Aux Arabes, ainsi qu’on le dit souvent, parfois en simplifiant ? Ou à une «filière grecque»qui, de Byzance jusqu’aux monastères du XIIe siècle, conserva, fit circuler et, finalement, traduisit les grands auteurs de l’antiquité ? C’est en soutenant la deuxième thèse que l’historien Sylvain Gouguenheim a déclenché la polémique. Sorti début avril au Seuil, son livre, Aristote au Mont Saint-Michel, a suscité de vives réactions, notamment sous la forme d’une pétition signée par 54 historiens et philosophes que Libération publie aujourd’hui en pages Rebonds (lire page 32). Au moins deux autres textes, dont un «Appel aux enseignants, élèves et anciens élèves» (Ecole normale supérieure de Lyon), circulent actuellement.

Au-delà de la querelle d’historiens - les faits présentés par Gouguenheim comme des nouveautés sont connus depuis longtemps et l’importance qu’il leur accorde est contestée -, la vivacité des réactions s’explique par les conclusions auxquelles parvient l’auteur, lorsqu’il affirme, par exemple, que l’islam n’a non seulement pas eu le rôle qu’on lui prête, mais n’a pas su mettre à profit les penseurs grecs pour son propre développement en raison d’une incapacité structurale à accéder à une certaine forme de rationalité. La présence d’un essayiste ouvertement islamophobe parmi les personnes remerciées au début de l’ouvrage a alimenté une polémique qui prend parfois, dans le livre de Gougenheim autant que chez certains de ses détracteurs, des airs de procès d’intention mutuels.

Dans un entretien au Monde , Sylvain Gouguenheim s’est dit «bouleversé» et se défend de toute «critique de la civilisation arabo-musulmane».

«Le livre allie, sur un sujet délicat, deux risques : celui de la vulgarisation et celui de la polémique», reconnaît Laurence Devillairs, qui a supervisé la publication du livre dans la collection l’Univers historique, au Seuil. Hier, dans un communiqué, la maison d’édition a rappelé que sa vocation a toujours été de laisser «s ’exprimer des points de vue divergents, voire opposés», et s’est dit prête «à accueillir les auteurs qui […] souhaiteront, dans le respect de leurs adversaires, apporter leurs contributions au débat.»

Lire le compte-rendu du livre par Jean-Yves Grenier sur liberation.fr.



http://www.liberation.fr/culture/323911.FR.php
© Libération
 

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