référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1995-03/msg00016.html
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Re: Deces de Jean Fuzier (fwd) BOURASSA ANDRE G



Luc Borot nous donne ici un texte en francais sur Jean Fuzier:

---------- Forwarded message ----------

Jean Fuzier est décédé hier 7 mars 1995 dans sa maison de
Margaillan, près d'Arles, dans sa soixante neuvième année. Jean était le
co-fondateur du Centre d'Etudes et de Recherches Elisabethaines (qui est
devenu il y a quelques mois le Centre d'Etudes et de Recherches sur la
Renaissance Anglaise) et le premier directeur des Cahiers Elisabethains.
Ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure (promotion 1946), où il
a aussi exercé comme 'caïman' au début des années 1960, classiciste
reconverti avec talent aux études élisabéthaines, agrégé d'anglais, Jean a
marqué les recherches françaises sur la littérature de la Renaissance
anglaise par ses traductions versifiées de la poésie de Shakespeare (dans
la Pléiade) et de Donne (Poésie-Gallimard en collaboration), par la
précision de sa science rhétorique, et peut-être encore plus par ce que son
ami et disciple Jean-Marie Maguin appelle son érudition joyeuse, qu'il a su
transmettre à tous ceux qui ont eu le bonheur de travailler avec lui.
Enseignant à Montpellier depuis 1963, Jean Fuzier est parvenu aux
fonctions de vice-résident du Conseil Scientifique, qu'il a exercées
pendant les dix dernières années de sa carrière, qui s'est terminéel'été
passé. Surtout, il est arrivé à faire entrer l'équipe qu'il dirigeait dans
les rangs des équipes universitaires associées au CNRS. Pour les études sur
la Renaissance anglaise, c'était une promotion. Il a aussi oeuvré à cette
promotion en participant à la fondation de la Société Française
Shakespeare, qu'il a présidé au milieu des années '80.
Les spécialistes de _Julius Caesar_ devraient tous avoir lu son
article du n°5 des Cahiers Elisabéthains (hélas épuisé, mais présent dans
toutes les bonnes bibliothèques) et repris dans plusieurs collections
d'essais: son analyse de la rhétorique des héritiers ennemis de Césarse
disputant la dépouille du chef, a suscité bien des vocations de rhétoricien
et de rhétoricienne parmi ses partenaires, que ce soit Jean-Marie Maguin,
déjà cité, ou 25 ans plus tard Patricia Dorval, qui a récemment rejoint
notre équipe, ou dans d'autres universités françaises Pierre Iselin pour la
musicologie, et tant d'autres.
Jean Fuzier était aussi un grand enseignant, un homme qui rendait
heureux ses étudiants, comme ses auditoires lors de colloques. En
travaillant avec lui sur un projet de recherche, on découvrait qu'il en
savait toujours plus qu'on ne s'y attendait. Le colloque montpelliérain de
1990 sur le spectacle dans le spectacle a permis d'exploiter un fichier
qu'il avait créé des années auparavant, et qui recense toutes les
occurences du phénomène de spectacle dans le spectacle dans le théâtre
anglais de la Renaissance. Lors du colloque sur le corps souffrant en mars
1994, Jean nous offrit sa dernière communication scientifique, sur les maux
du corps comme remède aux maux de l'esprit dans le traitement des aliénés
et des sorcières dans la période qui nous intéresse. La force d'âmequ'il
lui fallait pour résister aux maux du corps avait commencé à nous étonner.
Le Jean Fuzier découvreur de 'talents', l'éveilleur de vocations,
nous sommes nombreux dans les études anglaises en France à l'avoir
rencontré, même au-delà de ceux qui l'ont connu comme examinateur ou comme
enseignant à la rue d'Ulm, ou à Montpellier? Si je puis parler de ma
rencontre avec lui, qu'il me soit permis de dire qu'il n'y était pas
présent. Le sujet de commentaire du concours de la rue d'Ulm, il y aura 15
ans dans quelques semaines, était une comparaison entre un sonnet de Sir
Philip Sidney et le poème de Poe qui figure dans le conte 'The Fall of the
House of Usher', agrémentée d'une série de définitions de la notionde
'conceit'... en 6 heures et en anglais... Ma première pensée a été:
"j'aimerais bien le rencontrer, ce type". Ce qui fut fait dès l'oral du
concours, et régulièrement lors de ses enseignements à l'Ecole; et 6 ans
plus tard, quand il m'a appelé à servir de dix-septièmiste (temporaire au
départ) dans son équipe, a commencé la plus touchante amitié que j'ai
jamais vécue, malgré les 33 ans qui nous séparaient.

Pardonnez l'émotion, mais le moule est cassé, dont on a
fait un être humain de cette qualité.

Luc Borot

**********************TIME TRIETH TRUTH********************
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