référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1995-11/msg00002.html
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Les Femmes savantes BOURASSA ANDRE G



Il me semble que c'est plus qu'une affaire de salon. La piece est cree
au Palais-Royal en 1672, alors que le roi est encore au Louvre. Or
l'Academie des sciences a ete fondee par Colbert en 1666 et reclame
manifestement beaucoup d'argent. Elle ne compte pas encore de Condorcet
et ne convainc surement pas tout le monde qu'il faut financer la science
plutot que d'investir dans la construction de la cour carree, de la
galerie du bord de l'eau et de la colonnade du Louvre, achevees en 1670.
Il s'agit bien pour Philaminthe de fonder une academie:

"Pour la langue on verra dans peu nos reglements,
Et nous y pretendons faire des remuements [...].
Mais le plus beau projet de notre acedemie.
Une entreprise noble et dont je suis ravie,
Un dessin plein de gloire, et qui sera vante
Chez tous les beaux esprits de la posterite
C'est le retranchement de ces syllabes sales,
Qui dans les plus beaux mots produisent des scandales [...].
Nous serons par nos lois les juges des ouvrages;
Par nos lois, prose et vers, tout nous sera soumis (Acte III, sc. 2).

C'est dans ce contexte d'une tension entre gens d'academies et gens de
cour que je serais porte a situer une mise en scene nouvelle des _Femmes
savantes_. La scene se passe dans un salon, il est vrai, mais c'est dans
ces reunions que Pascal diffuse les premiers resultats de ses experiences
du vide, de l'equilibre des liqueurs et de la pesanteur de l'air.
Peut-etre que les gens de cour ont tendance a considerer que les gens
d'academie et de Sorbonne ont tendance a se prendre tous pour des maitres
alors qu'il y en a plusieurs d'entre eux qui, au lieu de creer en science
des paradigmes nouveaux ne publient que des ecrits post-paradigmatiques.
Les savants convoques par Philaminthe se reclament implicitement ou meme
explicitement de Menage, Vaugelas, l'abbe Cotin. Or Moliere semble, comme
Boileau, tenir a ce qu'on ne confonde pas les disciples avec les maitres:

"Vos livres eternels ne me contentent pas,
Et, hors un gros Plutarque a mettre mes rabats,
Vous devriez bruler tout ce meuble inutile
Et laisser la science aux docteurs de la ville;
M'oter, pour faire bien, du grenier de ceans
Cette longue lunette a faire peur aux gens,
Et cent brimborions dont l'acpect importune;
Ne point aller chercher ce qu'on fait dans la lune [...].
Je n'aime point ceans tous vos gens de latin,
Et principalement ce monsieur [Tric]otin (acte II, sc. 8).

On Thu, 2 Nov 1995, Francois Crompton-Roberts wrote:
>
> Il se peut que je me trompe (il y a longtemps que j'ai lu les
> _Femmes savantes_) mais je ne pense pas qu'il s'agisse
> de l'Universite. Si mes souvenirs sont bons, c'est plutot le
> monde des salons parisiens qui est oppose a celui de la
> cour versaillaise. Ce serait pour essayer de regagner la
> faveur du roi, qu'il avait manifestement perdue, que Moliere
> aurait interpole cette defense de la cour. Tentative helas
> infructueuse...
>
> Amities,
>
> Francois Crompton-Roberts
>

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End of QUEATRE Digest 116
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