référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1995-11/msg00004.html
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Re: Les Femmes savantes BOURASSA ANDRE G



Christian,
Tu presentes ici d'une facon limpide ce que je considere comme le
discours premier de la piece. Mon sentiment, en la revoyant, est qu'il
s'y trouve un discours second. En ce sens que se moquer d'une petite
chose, au theatre comme dans les fables, est une facon raffinee de se
moquer d'une grande. Se moquer d'une petite academie de salon, pour
Moliere, me parait une facon de se moquer de la grande, celle qui n'a
encore que six ans d'existence mais constitue une bouche de plus au
ratelier des subventions royales. Faire ressortir ce point dans une mise
en scene pourrait donner a l'oeuvre un souffle tres actuel, plus
interessant a mon avis que la reconstitution museale d'un salon ancien.
Faire ressortir par ailleurs que les grandes decouvertes ne sont
peut-etre pas venues de ceux qui se presentent alors comme savants
patente's repond aussi a une preoccupation frequente. L'insistance sur
la question d'argent et sur le conservatisme des gens de chaire - et
pas seulement les petits ergoteurs de salon - est selon moi manifeste:

Qu'est-ce que leurs ecrits lui rendent de service
Pour accuser la cours d'une horrible injustice,
Et se plaindre en tous lieux que sur leurs doctes noms
Elle manque a verser la faveur de ses dons?
[...]
Qu'au moindre petit bruit de leurs productions
Ils doivent voir chez eux voler les pensions;
Que sur eux l'univers a la vue attachee;
Que partout en leur nom la gloire est epanchee,
Et qu'en science ils sont des prodiges fameux,
Pour savoir ce qu'ont dit les autres avant eux (acte IV, sc. 4).

Amities, Andre G. Bourassa <bourassa.andre_G@uqam.ca>

On Sat, 4 Nov 1995, Christian Allegre wrote:
>
> Donneau de Vise, l'ancetre des critiques, ecrivait dans le Mercure, en
> mars 1672 que Philaminte se comportait "comme une colonelle de dragons qui
> se croirait de l'Institut". Le frontispice pour les F.S. de Moreau le
> Jeune dans l'edition des oeuvres de Moliere de 1773-1821 montre un decor
> de livres, de mappemondes, d'instruments scientifiques (voir edition
> Garnier). La question posee par la piece est le bon usage de la science.
> Les femmes a cette epoque delaissent la Carte de Tendre et s'interessent a
> la science. Mme de Sevigne a la theologie, Mme de la Sabliere et Mme
> Deshoulieres aux mathematiques, a la physique, a l'astronomie. Mme de La
> Fayette etudie le latin. Mme Dacier le grec. Madeleine de Scudery etait
> membre de l'Academie de Padoue. La mode des beaux esprits est la
> philosophie et la science. Moliere, avec sa Philaminte, se moque d'une
> femme en vue a l'epoque dont j'oublie le nom, qui avait fonde une
> Academie...
>
> Je crois donc que la Sorbonne n'est pas en vue dans cette piece. Les
> personnages ridiculises sont l'Abbe Cotin et Menage.
>
> Mais c'est une question a laquelle les 17iemistes aimeraient peut-etre
> repondre avec moins d'a peu pres. (cf les emssages recents de Francis
> Assaf).
>
>
> --
> Ch. Allegre
> Universite de Montreal
> Departement d'etudes francaises
>
> e-mail: allegre@ere.umontreal.ca
>
>
>

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End of QUEATRE Digest 117
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