référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1995-11/msg00033.html
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Re: Unite de lieu et mansions medievales BOURASSA ANDRE G



Je me permets de reacheminer au groupe une reponse personnelle de Serge
Ouaknine qui etend de facon magnifique la problematique soulevee.
Andre G. Bourassa

On Mon, 27 Nov 1995, OUAKNINE SERGE wrote:

> La question que tu poses [...] est passionante et d'une grande
> actualite. Car ce type d'ambiguite se poursuit dans l'organisation
> scenique moderne depuis Copeau. Il y aurait une these a ecrire sur
> l'histoire, l'usage, la fonction et les metamorphoses du praticable.
> Tu touches un point juste. La question selon moi se pose ainsi. De la
> meme maniere qu'apres la revolution gothique on a poursuivi la
> construction d'eglise de type roman, de la meme maniere, a la regle des
> trois unites se survivent des reminiscences medievales par le
> fonctionnement "anachronique" de restes de "simultaneites", quand par
> des lieux differents mais dans le meme espace scenique s'expriment des
> paroles, des actions, des realites differentes quoique immediates a la
> meme situation. C'est que les mentalites
> "anciennes" persistent au-dela de toutes revolutions formelles ou
> techniques. La question fondamentale pour moi serait de percevoir qu'avec
> la RENAISSANCE (Italienne d'abord, Francaise ensuite) on assiste a une
> radicale INVERSION des donnees spatiales en donnees temporelles. La
> codification de l'espace en perspective et qui nous empoisonne encore
> dans toutes les scenes dites a l'italienne fait que en figeant et
> structurant l'espace vers un point de fuite c'est la multiplicite des
> temporalites medievales qui est agressee.
> Dans le temps medieval l'espace est dans un recit qui s'inscrit sur le
> plan divin de l'eternite, donc l'Avant et l'Apres sont moins important que
> le Ou. Aussi son theatre autorisait la multiplicite des mensions. En
> ordonnant l'espace, la Renaissance ouvre une ere scientifique ou le
> temps devient une donnee objective et non plus une globalite subjective.
> Ainsi les mensions qui se passaient "in illo tempore",
> mais avec differents lieux de simultaneite, se retrouvent coincees,
> forcees dans un lieu qui n'a plus qu'une seule dimension temporelle,
> celle du ici et maintenant observable, a mesure des apparitions.
> L'unite de temps et de lieu viennent renforcer cette congruance de l'un
> a l'autre et donc agissent sur la fin de l'intemporalite a multiples
> variables (l'esprit medieval) pour une ordonance unidimentionelle ou tout
> ce qui est de l'ordre du multiple et du divergent doit se cadrer dans la
> perspective d'un temps uniformement fuyant. Il est donc normal que des
> mentalites anciennes se survivent malgre des codifications nouvelles. Et
> le comique apparait justement quand s'exerce une derision des canons
> nouveaux par l'usage de regles anciennes. Nous assistons au meme
> phenomene aujourd'hui avec l'apparition de l'informatique interactive;
> on continue a faire des images et a vehiculer des informations de type
> lineaire dans une societe qui comme a la Renaissance poursuit sa fuite
> dans une ubiquite electonique (internet...). Les contenus sont deja
> desuets par rapport au changement des mentalites que representent cette
> nouvelle "unite" de l'espace et du temps, dans un temps reel ou il n'y a
> plus precisement de frontieres d'espace. Les conflits nationaux et les
> fondamentalismes en sont une des reactions, sans humour, mais
> tragiquement. Ainsi tous les XVI et XVII iemes siecles ont instaure des
> tragedies car ils exprimaient le meme sentiment de perte de realite. Le
> comique est donc un acte de bonne sante dans un monde de bouleversements.
> Aujourd'hui tout va encore plus vite... Ainsi oui je crois
> que tu as raison, le  comique que tu mentionnes apparait par des scenes
> montrees a vue, et justement, en marge de l'unite, il se passe du
> drole, du simultane, ETANT DONNE QUE CE QUE
> L'UN VIT LA EN FACE DE NOUS est mis en derision par cela que
> d'autres disent et complotent la-bas ( apparemment dans le meme
> lieu, d'apres la perception globalisee du pubic) . C'est davantage le
> regard simultane du public face a des personnages qui n'ont pas ce
> pouvoir de globalite que naissent les effets comiques que tu
> mentionnes. Il faut donc conclure que l'unite de temps et de lieu
> ne sont qu'une convention formelle (detachee de nous) parce que la
> conscience, elle, continue a voyager dans toutes les directions et a
> faire les liaisons qui l'arrangent pour se survivre...
>
> serge ouaknine
> r34424@er.uqam.ca
>

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End of QUEATRE Digest 135
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