référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-01/msg00032.html
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Re: Lever de rideau David Trott



Quelques remarques supplementaires pour faire suite a l'intervention de Guy
Spielmann au sujet des petites pieces "baisser de rideau" et leur eventuelle
evolution vers le statut de "lever de rideau".

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Avant meme la fin du XVIIe siecle, nous avons l'exemple du commencement de
l'experience parisienne de la troupe de Moliere. Le 24 octobre 1658, au
Louvre, Moliere et ses collegues ont joue "Nicomede" suivi du "Docteur
amoureux". Le "Registre de La Grange" indique la representation de petites
pieces apres une plus grande au cours des annees suivantes. Par exemple, a
partir de la premiere, le 18 mardi 1659, des "Precieuses ridicules":
18 nov '59 "Cinna" suivi des "Precieuses"
2 dec '59 "Alcionee" suivi des "Precieuses"
5 dec '59 "Rodogune" suivi des "Precieuses"
6 dec '59 "Le Cid" suivi des "Precieuses"
etc....
D'autres combinaisons suivent. La representation gratuite "pour La Paix", le
21 fev '60 comprenait "Le Depit amoureux" suivi du "Medecin volant". Le 28
mai '60, il y a eu "Venceslas" et la premiere de "Sganarelle ou le Cocu
imaginaire". Le 31 janvier '61, "Dom Garcie de Navarre" suivi de "Gorgibus
dans le sac".
Voila donc la tradition deja bien etablie.

Meme quand la tradition comportait des pieces "critiques" comme "La Critique
de l'Ecole des Femmes", la petite piece suivait la grande (voir le
"Registre", 1er juin '63, lorsque cette piece a paru, apres "L'Ecole des
Femmes"; voir aussi le 4 nov. '63, date a laquelle "L'Impromptu de
Versailles" a suivi "Le Prince jaloux").=20

Dancourt, vers la fin du XVIIe siecle s'est rendu celebre par sa production
de petites pieces en un acte (voir H.C. Lancaster, "Hist. of Fr. Dra. Lit."
V, 46).
C'est l'epoque des "dancourades".

Non seulement la petite piece "s'integre a l'ensemble performatif" (G.
Spielmann), mais, dans le repertoire forain du debut du XVIIIe siecle, elle
commence par une combinatoire de plusieurs pieces en un acte a constituer
des programmes complets qu'on appelait "ambigus comiques". De tels ensembles
permettaient aux entrepreneurs de troupes de la Foire d'enlever une petite
piece dans une serie de trois pour y inserer une autre s'il fallait ranimer
un ensemble en perte d'elan aupres du public.

Souvent, les "ambigus" commencaient par une petite piece servant de
Prologue. Je n'y avais pas pense avant, mais je me demande jusqu'a quel
point ce sous-genre de la piece en un acte (et l'ampleur qu'a pris ce
phenomene au XVIIIe siecle) a pu contribuer au deplacement du "baisser de
rideau" de la fin au debut du programme. Chez les Italiens de Riccoboni, on
voit des cas de Prologues en un acte precedant des pieces en trois actes:
"Le Faucon et les Oies de Boccace" de Delisle en 1725, et "L'Ile de la
Raison" de Marivaux en 1727.

En depit de ces quelques indications d'une mobilite de la piece en un acte,
elle continue neanmoins au milieu du XVIIIe siecle d'occuper massivement la
position finale.

Il faut signaler en terminant une section consacree =E0 la "petite piece"=
dans
Henri Lagrave, "Le Theatre et le public a Paris de 1715 a 1750", pp. 350-59.
Selon Lagrave, "l'ordre suivi dans les representations, qui reste
invariablement le meme, la petite piece etant toujours jouee en dernier,
parait egalement remonter aux premiers sepctacles organises a Paris a la
veille de la Renaissance." (359).
=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=
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David Trott                             t=E9l bureau 905-828-5497
=C9tudes Fran=E7aises                       t=E9l. r=E9s. 416-484-9172
Coll=E8ge Erindale                        trott@epas.utoronto.ca
Universit=E9 de Toronto


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End of QUEATRE Digest 164
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