référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-02/msg00014.html
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Fragment et infini ( bis ) DR ROGER D BENSKY



Je m'en veux, a la reflexion, de ne pas etre alle plus loin dans la
speleologie theatrale lors de ma derniere intervention.
Voici encore  :  On a beaucoup parle (moi aussi) de spatialite, de
recit ( c'est-a- dire de macro-recit et de teleologie qui ne dit pas
son nom ), de regard panoramique contre regard de prince,
d'illusionnisme, a excuser ou a proscrire, de judeite et
d'incarnation chretienne, autrement dit de la problematique du Voile.
Mais il me semble qu'au coeur de tout cela, il y a  le theme
matriciel du JEU.  Voila. A QUOI ON JOUE----   de part et d'autre de
la rampe. Andre a raison de rappeler que dans " piece" il y a deja
l'idee de fragment, mais " play", en anglais, nous ramene directement
a la primaute du ludique. Au ludisme, mais aussi implicitement au
discontinu de l'intermittence du " playtime ". Le principal, au fond,
n'est pas de constater le fragmentaire et le discontinu constitutif
du temps de jeu ( et du jeu en tant que refonte du temps ) , mais de
s'interroger sur les raisons profondes qui ont fait emerger
historiquement a  la claire conscience notre etonnement , voire notre
inquietude, devant ces fragments et cette discontinuite. En d'autres
termes, c'est de civilisation meme qu'il s'agit. Depuis le
commencement de ce qu'on appelait naguere " l'ere du
soupcon ", toutes nos habitudes culturelles accusent leur caractere
arbitraire et sont susceptibles d'etre passees au crible de la
deconstruction.  C'est notre Zeitgeist, qu'on le veuille ou non. Mais
pourquoi et qu'est-ce que le theatre peut y faire?  Sinon nous
permettre d'exorciser cette inquietude civilisationnelle en la
metamorphosant en " jeu pour rien ", en un Rien a jouer, le temps
d'une intermittence qui-----n'est-ce pas, tres cher----- n'engage a
rien, n'etant que theatre.....

Ce que Mesguich apporte depuis plus de 20ans, c'est la conviction que
le rapport entre le texte ( surtout ancien, mais pas exclusivement )
et l'acteur est un rapport d'alterite ontologique. C'est ce qu'il
appelait dans les annees 70 " une distanciation a chaud ".  Le
comedien est constitutivement un DELIRANT, puisque sur le plan
etymologique le mot " delire " veut dire " sortir du sillon ". ( Marc-
Alain Ouaknin ajoute que c'est " DE-LIRE " qu'il faut lire, que la
meilleure lecture est une de-lecture, une lecture de HIDOUCH, d' "
innovation semantique ".). Or, il est bien evident que la mise en
alterite radicale, quintessenciee, du texte par rapport au comedien
resouligne violemment la fragmentation, l'impression que tout n'est
que fragment. De la a evoquer le Dieu Cache et la theologie negative
( kabbalique ou chretienne orientale ) il n'y a qu'un pas.  Un pas
sur le chemin de l'in-fini.........

Bien cordialement a tous

Roger-Daniel Bensky
Georgetown University


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End of QUEATRE Digest 172
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