référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-02/msg00031.html
     Chronologie       
     Conversation       

redondance, comique et theatralite David Trott



Ceci sans aucun rapport avec les discussions courantes sur "queatre". Il
s'agit d'une question soulevee lors d'un seminaire recent.

La comedie des FOURBERIES DE SCAPIN de Moliere est qualifiee par un de ses
=E9diteurs (Editions du Seuil) d'=ABexercice de pure virtuosite=BB.  En=
effet,
cette oeuvre de fin de carriere (1671) temoigne d'une maitrise technique
poussee; Moliere y eleve un vieux schema classique (herite de Terence),
archetypique (decrit par Northrop Frye dans son article, "The mythos of
Spring") et familier (fait d'emprunts de textes contemporains comme le
PEDANT JOUE de Cyrano, et dont des parties seront reutilisees textuellement
par Moliere lui-meme dans son MALADE IMAGINAIRE deux ans plus tard) au
niveau de chef d'oeuvre dans son genre.  Ce n'est pas par hasard que Jacques
Copeau montera la piece sur son celebre "treateau nu" au 20e siecle dans sa
quete de l'essence theatrale.

Des sa premiere scene, LES FOURBERIES fait un usage a la fois conventionnel
et annonciateur de la redondance:
OCTAVE
Qu'il arrive ce matin meme?
SYLVESTRE
Ce matin meme.
(...)
OCTAVE
Avec une fille du seigneur Geronte?
SYLVESTRE
Du seigneur Geronte.
(etc...)

Le procede se generalise par la suite: DEUX couples d'amoureux, DEUX peres
ridicules, DEUX scenes ou ces derniers sont depouilles par Scapin, DEUX
seances ou Geronte est ridiculise par le fourbe...  Moliere applique bien la
recette de la repetition que Bergson associera plus tard a la production du
rire.

Mais on sent bien que ce texte est plus qu'une comedie qui fait rire; il est
aussi une piece qui s'affiche comme telle, d'ou sa designation d'=ABexercice
de pure virtuosite=BB citee plus haut. Moliere prend soin de souligner la
theatralite des FOURBERIES en confondant l'intervention divine avec la
fonction du dramaturge:
SCAPIN
.... J'ai sans doute recu du CIEL un genie... (I,2)

HYACINTHE
.... j'attendrai, d'un oeil constant, ce qu'il plaira au CIEL de
resoudre de moi.  (I, 3)
=20
SCAPIN
.... Ah! ma foi, le voici. Il semble que le CIEL, l'un apres
l'autre,         les amene dans mes filets.  (II, 6).

L'affichage de la theatralite se fait d'autres manieres aussi: au debut de
la piece, Octave redouble son cri de detresse avec une telle insistance que
son emploi de jeune amoureux attendant le valet intriguant qui doit le
sauver devient transparent: (=ABConseille-moi=BB, =AB...par ou sortir de
l'embarras ou je me trouve?=BB, =ABQue dois-je faire? Quelle r=E9solution=
prendre?
A quel remede recourir?=BB, =ABje suis desespere; je suis le plus infortune=
de
tous les hommes=BB, =ABScapin, si tu pouvais trouver quelque invention....=
=BB [I,
1&2])


Ce que j'aimerais savoir, c'est si l'on peut formaliser une distinction=
entre:
1) la redondance comme simple procede pour la construction du sens;
2) la redondance comme mecanisme declencheur du rire;
3) la redondance comme designateur de la theatralite.


David Trott =20
=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=
=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=
=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D=3D
David Trott                             t=E9l bureau 905-828-5497
=C9tudes Fran=E7aises                       t=E9l. r=E9s. 416-484-9172
Coll=E8ge Erindale                        trott@epas.utoronto.ca
Universit=E9 de Toronto


------------------------------

End of QUEATRE Digest 177
*************************