référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-02/msg00037.html
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Redondance et Moliere David Trott



Merci a Peter Marteinson, a Serge Ouaknine et a Roger-Daniel Bensky pour
leurs penetrantes reponses au questionnement sur la redondance chez Moliere.
Leurs propos genereux, riches et varies font avancer la reflexion sur le
langage dans le theatre francais de l'epoque des FOURBERIES DE SCAPIN.

Pour P. Marteinson, la redondance a des fins purement communicatives serait
=ABune multiplicite d'enonces qu'emet un seul esprit figurativise par un=
seul
acteur...=BB. En d'autres mots, =ABB. repete exactement les mots de A.=BB,=
pour
emprunter la formule de R-D Bensky qui situe le langage d'un acteur scenique
par rapport a l'acteur textuel qu'il incarne, ou bien le langage d'un acteur
qui dit "fidelement" le texte d'un auteur. L'essentiel de cette situation
d'enonciation semble etre au moins un certain degre de =ABcollusion=BB (S.
Ouaknine), non du corps a la langue mais de la langue au sens.

La ou les effets comiques de la redondance se font sentir, c'est au moment
ou le spectateur percoit un ecart entre le langage d'un personnage et un
sens qui ne vient pas de ce meme personnage: =ABil faudrait que le=
personnage
soit percu comme articulant une signification qui n'est pas a lui, voire
comme emettant une articulation qui n'est pas la sienne. Il ne parle pas en
son propre nom, et ouvre donc la bouche pour d'autres raisons.=BB (P.
Marteinson)  Pour S. Ouaknine,
c'est un decentrement du langage qui renvoie ailleurs, a ce qu'il appelle
=ABun hors scene du dire=BB : =ABMoliere (...) essaie de demeurer dans la
convention de la centralite' de la parole en essayant de lui faire avouer
autre chose...=BB=20

En m'excusant aupres de MM. Marteinson, Ouaknine et Bensky de toute
deformation et simplification de leur pensee, je cherche a l'appliquer au
corpus molieresque d'ou sont parties mes premieres questions.   =20
=20
1) Le discours d'Octave dans la premiere scene des FOURBERIES
(=AB...que mon pere revient?.... Qu'il arrive ce matin meme?....Et qu'il
revient dans la resolution de me marier?....Avec une fille du seigneur
Geronte=BB) releverait donc de la communication "simple", alors que les
repliques en echo de Sylvestre (=AB...Ce matin meme,,,,Du seigneur
Geronte....=BB) seraient "comiques".

2) La scene de repetition de Scapin qui prepare Octave aux reproches
de son pere (I, 3), serait "comique" parce que Scapin "articule une
signification qui n'est pas a lui" (=ABImaginez-vous que je suis votre pere
qui arrive... 'Comment! pendard, vaurien, infame, fils indigne d'un pere
comme moi, oses-tu bien paraitre devant mes yeux, apres tes bons
deportements....'=BB). Elle serait en outre "theatrale" pour tout spectateur
reconnaissant "verticalement" ce discours comme emanant de la tradition
italienne des reproches de Pantalone a son fils "ingrat".

3) Est-ce qu'on ne pourrait pas appliquer les memes criteres au DOM
JUAN qui a ete evoque a plus d'une reprise dans vos reponses?  Les discours
mutliples et varies de Sganarelle ont ete finement analyses par Patrick
Dandrey (Moliere ou l'esthetique du ridicule), qui relie l'eloge du tabac
(I, 1) a la tradition des operateurs et la presentation delirante des
bienfaits de la creation (V, 2) a la tradition classique de l'eloge
paradoxal. Dandrey resume en faisant allusion a "...l'usage frequent que
fait Moliere du pseudo-encomium dans tout DOM JUAN" (p. 177). Une partie du
comique du discours de Sganarelle viendrait de nouveau, de son articulation
de significations "pas a lui".


David Trott
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David Trott                             t=E9l bureau 905-828-5497
=C9tudes Fran=E7aises                       t=E9l. r=E9s. 416-484-9172
Coll=E8ge Erindale                        trott@epas.utoronto.ca
Universit=E9 de Toronto


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