référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-02/msg00051.html
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Au-dela de la redondance DR ROGER D BENSKY



Curieux, tout de meme, non, que le theme de la redondance ait fait
tant vibrer les cyberfils de notre reseau. On aurait presqu'envie de
s'interroger sur la valeur d'un champ hypothetique de "meta-
redondance" touchant a la chose theatrale. Mais c'est sur d'autres
pistes, me semble-t-il, que Guy Spielmann voudrait nous attirer avec
deux questions fort pertinentes, mais peut-etre insolubles sur le
plan purement conceptuel, a savoir :

1/  Qu'est-ce qui se cache derriere le mot anglais " performance " ?
2/  Doit-on ( peut-on ) separer Langage et Corps ?

Je ne repondrai pas en profondeur a ces deux questions pour l'instant,
mais je voudrais marquer un debut de questionnement a leur sujet.
Voici :

1/ bis :  Je trouve hautement significatif que la culture anglo-
saxonne ait appele d'un meme nom ce qui inclut diversement jeu
theatral, prestation spectaculaire, quelle qu'elle soit, et exploit
sportif, alors que la culture francaise ait reserve pour la valence
theatre de cette gamme le mot de " re-presentation ", insistant par
la sur l'obedience a la mimesis. On me repondra Aristote, mais les
cognoscenti anglais le connaissaient aussi, ce qui n'a point
determine leur choix designatif.  Or, si la notion de repetition est
implicite dans " performance ", il y a tout aussi bien la virtualite
d'un inconnu qui ne peut avoir lieu que dans l'intensite et la fougue
du present, la ou le corps entre en lice.

2/ bis :  Or, cela nous entraine vers la deuxieme question de G.
Spielmann. Pour quelqu'un qui ne connait que les traditions
theatrales anglaises ( connaitre, ici, inclut pratiquer ), cette
question n'a aucun sens effectif, aussi choquant que cela puisse
paraitre. Si on est nourri du jeu shakespearien-----et on le
rencontre forcement tres tot dans sa formation----il y a une telle
mise en branle de l'organisme, a commencer par la maitrise d'une
respiration profonde, que TOUT, y compris les domaines les plus
subtils, passe par une expression verbo-corporelle, par une
organicite incontournable. En d'autres termes, on est, comme dans les
textes les plus genereux, les moins faux, de Claudel, contraints
d'eprouver la formidable tension a la fois spatiale et verbale entre
la poussiere et l'etoile. Entre le deploiement du feu textuel et son
incommensurable silence, auquel le corps seul peut conduire, ce
silence qui fait connaitre la felure tragique ou bouffonnante du
Masque humain et la friabilite des idoles.

Bien cordialement

Roger-Daniel Bensky


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End of QUEATRE Digest 182
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