référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-02/msg00072.html
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mystere Barry Russell



Voila donc que nous sommes invites a continuer a discuter n'importe
quels aspects du theatre, sans probleme. Mais c'est le paradis, quoi!
Allons-y...

A plusieurs moments dans la discussion recente j'ai pense a la
premiere fois que j'ai repete une piece de Shakespeare. Peu importe,
j'espere, qu'il s'agit d'une piece en anglais : ce que je veux vous
raconter aurait pu se passer dans n'importe quelle langue.

Comme d'habitude, il n'y avait pas beaucoup de temps. J'ai organise
les comediens (la piece etait Twelfth Night, La Nuit des Rois) en
deux groupes - les serieux et les comiques, comme s'il s'agissait
d'un commedia dell'arte. De temps en temps il m'a fallu inviter un
comique au groupe serieux, etc., mais, pour la plupart du temps, il
etait comme si nous preparions deux pieces distinctes. Je gardais une
liste, cependant, de l'ordre des scenes pour guarantir que les uns
sortaient par ici tandis que les suivants entraient par la.

Vient le jour ou il fallait faire l'entrelacement des deux ficelles.
Tout le monde y etait pour la premiere fois, tous contents (ou assez)
avec leurs propres preparatifs. Alors on commence. Quel
bouleversement! Rien n'aurait pu me preparer, moi, pour ce que je
voyais ce jour la. Il etait comme si nous assistions a la naissance
d'un etre nouveau. Ou plutot a la renaissance - la resurrection -
d'un etre qui restait, jusque-la, dans un profond sommeil. Il n'etait
plus question d'un texte, ni d'une piece (mot trop froid): nous
etions en presence de quelque chose de vivant et absolument unique.

De ce moment la je n'ai plus aime ces mots de repetition et de
representation. Ils ne sont pas assez organiques, ils ne peuvent pas
contenir cette transubstantiation essentielle qui fait du theatre un
etre vivant. Le seul mot qui ne me gene pas, c'est "realiser", c'est
a dire, faire reel.

Je crois que c'est vers un tel mystere que R. Bensky a voulu nous
diriger quand il parlait, le 16 fevrier, de "la formidable tension a
la fois spatiale et verbale entre la poussiere et l'etoile".  Dans
ces jours de pressions financieres, de la reduction de toute la gamme
de nos divertissements et nos arts a des transactions commerciales,
je crois qu'il vaut la peine d'insister, de temps en temps, sur ce
que le theatre a d'extraordinaire, en nous permettant d'assister a un
tel miracle.


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