référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-03/msg00016.html
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LAOU/ ZOBEL ( suite ) DR ROGER D BENSKY



Certains collegues seraient curieux de mieux connaitre la materialite
du spectacle martiniquais qui a souleve un questionnement plus
general sur la specificite----la caducite ?-----du texte
dramaturgique.
Voici quelques elements pour stimuler l'imagination :

Le plateau etait divise en permanence entre deux niveaux, l'un
surplombant uniment l'autre. Le fond de scene, sur-eleve, constitue
l'arriere-monde du Passe des Antilles : le temps d'une Martinique
coloniale et revolue, avec sa marchande de pistaches en cornet et sa
degustation de rhum. Les acteurs, habilles tout en blanc et eclaires
d'une maniere nostalgique, sont essentiellement assis et echangent a
travers le texte zobelien des bribes de souvenir, des anecdotes
attendries. Mais nous sommes deja dans une certaine obliquite du code
scenique, puisque la, au meme plan, a cote des petites tablees de
personnages " typiques , nous voyons le bureau de l'auteur-en-tant-
qu'enfant, lequel fait devant nous, dans un rapport de synchronicite
avec l'affairement des grands, le geste d'ecrire. Geste matriciel qui
dedouble le passe lui-meme : en amont, la gestation de l'oeuvre; en
aval, les images que nous voyons en representation.

Le niveau inferieur du plateau, occupant l'essentiel de l'espace de
jeu, figure le Present, c'est-a-dire le temps de l'imminence. Les
interpretes reapparaissent en costume moderne; ils vont et viennent
entre les meubles/reperes qui sont aussi des points de rassemblement
pour la multiplicite trans-personnelle du texte de Zobel : elements
de cuisine contemporaine, table et chaises de jardin en guise de
salle a manger, coiffeuse de chambre a coucher, bureau avec
ordinateur, fauteuil de telespectateur occupe par le meme enfant que
tout a l'heure, mais devenu zappeur qui grignote ses chips a
l'americaine.

Un troisieme espace sera videographique : sur quatre ecrans suspendus
dans les hauteurs comme dans le ciel de la representation nous voyons
tantot le generique du spectacle Laou/Zobel, tantot les images
televisuelles d'un monde en delire ( montage de clips d'actualite
etde sitcoms joues a une vitesse folle ), tantot, dans des moments
plus reverencieux, le visage de vieillard d'ebene de Joseph Zobel, de
face en gros plan, lisant son livre, ou de profil de facon iconique,
comme pour rappeler l'unicite d'une oeuvre, en depit des
multiplicites pratiquees par le spectacle.

Et puis, on parlera aussi de l'espace musicographique, en particulier
d'un flutiste mysterieux, intervenant dans des moments de reverie, de
vide semantique,  comme regisseur interne ou pour egrener la
musicalite du Silence, contre-parole de Zobel a la maniere Zen (
c'est un maitre de l'Ikebana ) et lien tres sur chez lui avec la
Transcendance.

Roger-Daniel Bensky


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