référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-04/msg00024.html
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SOUVENIR DES BELLES SOEURS A PARIS Serge Ouaknine



Un premier envois de ce courrier semble ne pas avoir marche'. Je men excuse.=
..

R=E9ponse de Serge Ouaknine =E0 la question de DAniel Attias: "je sais que l=
a
piece a ete jouee a Paris, je suppose que Tremblay ou quelqu'un d'autre a
reecrit la piece pour le public francais. : =E0 la question comment les
fran=E7ais ont-ils r=E9agiSender: queatre@uqam.ca

Questions interessantes en provenance de Finlande sur le theatre quebecois.
Vous pouvez repondre sur le reseau. Andre G. Bourassa
---------- Forwarded message ----------
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Hello!

J'ai assiste' en 1975 ou 1976 =E0 la presentation des "Belles soeurs", a
l'ESPACE PIERRE CARDIN (Champs Elysee) de Paris. Je n'ai pas eu le
sentiment d'avoir assiste a une adaptation en "francais" (sic) de la piece
de Tremblay mais bel et bien a la version et mise en scene originale cree
avec la troupe quebecoise qui avait fait le voyage a Paris. C'etait le
temps ou dans sa fievre oecumenique, Pierre Cardin invitait tout ce qui
etait ethnico etrange et nord americain dans son espace ( j'ai aisi vu le
"Liquid Theatre" de San Francisco et El Teatro Campesino de Valdez avec des
Chicanos en colere dans ce "temple de la bourgoisie". J'ai eu le sentiment
de la meme incongruite en ce qui concerne la piece de Michel Tremblay. Ne
vous en deplaise. La salle etait hilare...elle gloussait puis se taisait
brusquement et rejasait. Je dis bien: elle s'esbaudait bruyamment, non pas
a cause du contenu de la piece mais a cause de l'etrange accent quebecois
pour des Parisiens pures laines d el'epoque. Bourgeois et bourgeoise
regardaient a n'en pas croire leurs oreilles ( car ils n'ecoutaient pas )
cette demonstration avec commiseration et etonnement amuse'. Il y avait a
cote de moi deux filles en pantalon peau de serpent accompagnee par deux
pingouin avec cravatte de soie qui repettaient pour etyre sures d'Mavoir
bien entendu, des mots et des phrases apres les actrices, tant elle
trouvaient ca INCROYABLE que l'on puisse ainsi en Amerique parler de la
sorte en francais. Les pauvres "singesses" qui battaient la semelle sur la
scene de ce zoo pour happy few, reussissaient tout de meme a imposer des
moments de respect ( toujours esbahis ) dans les sequencs nombreuses de la
mise en scene de Brassard ou c'est des rythmes quebecois de cuilleres ( des
reels) qui cadancaient la parole. Cette mise en cadences collectives de la
parole et le tempo harcelant du texte lui-meme faisaient entendre au public
parisien qu'il y avait la quelque chose d'innimitable et de tres
particulier, "d'INCONTOURNABLE" comme dirait Libe, L'Express ou le Matin...
Le contenu semblait anodin car chacun se forcait a ne pas comprendre. A la
fin de la representation le public a applaudi chaleureusement les cousines
d'outre atlantique mais sans rappel-- comme pour dire:" OK nous savons
desormais que vous existez, merci de nous l'avoir dit ce soir mais on peut
rien pour vous..." A la sortie, un autre endimanchee en fourrure dans la
soixantaine et qui disait devoir retourner Rue de la Pompe ( dans le XVIe )
s'exclama: "Mais c'est du berrichon!" Voila cher collegue de Finlande ce
dont je me souviens... Pour ma part j'eu le net sentiment qu'il y avait du
Moliere dans ce Tremblay. Que la piece n'etait ni triste ni tragique, mais
qu'elle tentait par une ironie compatissante la reappropriation d'un
quotidien miserable. Et que cette satire ressemblait plus a une carte
postale de soi adresse'e a soi-meme, une sorte de portrait de famille dont
l'imitation seule tient lieu autant de fable que de critique. Ce soir la (
je connaissais deja le Quebec mais je n'y vivais pas encore),je revecu la
meme sensation que me donnaient les cafe-pubs du centre-ville de Montreal
(ou on peut prendre un sandwich a la viande fumee avec du cafe et des
frittes et dont les serveuses dans la cinquantaine "qui ont tout vu sur
leur visage" vous accueillent avec une amabilite sincere. Depuis ces femmes
semblent avoir disparu du paysage des cafes-snack montrealais (la
population et le style est beaucoup plus jeune) tous comme les BELLES
SOEURS semblent avoir marque' le passage d'une memoire rurale en milieu
urbain a une urbanite sans memoire et qui consomme son present en effacant
ses traces. Ces femmes ne sont plus guere ou presque plus visible au centre
ville de Montreal aujourd'hui - elles sont rejettees a sa peripherie ou
n'ont plus de domicile fixe. C'est ce cote rural de la ville qui faisait
"incroyable" a Paris. Quant a la piece elle-meme, elle n'a pas de
perspective critique ou historique, les victimes ne savent pas vraiment
qu'elles sont des victimes - ce qui est bien le propre de l'alienation.
C'est que le portrait de l'alienation donne' par Tremblay reste a fleur de
peau car il est congenitale a son propre paysage urbain, a sa propre
sensation d'etre. Un portrait social donne' - sans mise a distance- ne peut
en definitive que finir dans le kitch. Simplement parce qu'il n'y a pas de
temporalite' transcendante, de detachement trans-historique =E0 la facture
sensualiste de la memoire. Pour les Parisiens c'est le niveau de musique de
la langue qui faisait kitch, exactement comme en Israel, aujourd'hui, les
vielles serveuses des vieux cafe's ont encore l'accent de Prague, de
Budapest ou de Tunis. Elles portent la memoire de la perte. Et comme chacun
sait la perte ne connait pas la distance.

Bien a vous,
Bonnes Paques
Bon printemps!


/_/            (@ @)
(*)


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Serge Ouaknine
e-mail : r34424@er.uqam.ca
Montreal (Quebec)  Canada
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tel:(1-514)2880418
fax:(1-514)2883514























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End of QUEATRE Digest 221
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