référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-04/msg00063.html
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Re: l'UNIVERSALITE OBJECTIVE Godin Jean-Cleo



Cher collegue,
=09=09J'ai peine a croire que vous soyez serieux! Peut-etre est-ce, avec=20
quelques jours de retard, un poisson d'avril? Je ne connais bien ni=20
Chomsky ni de Saussure, mais je connais un peu Dube et Tremblay, je=20
respecte et apprecie l'un et l'autre et je me refuse absolument a=20
jouer (ou juger) l'un contre l'autre. Je ne pretends pas non plus me=20
substituer a la =ABposterite=BB si chere a Boileau. Il y a dans l'histoire=
=20
du theatre quebecois une periode Dube et une periode Tremblay, cette=20
derniere n'etant pas terminee. Je comprends qu'on n'aime pas l'un ou=20
l'autre, ou qu'on prefere l'un ou l'autre comme on peut preferer=20
Moliere a Crebillon. Mais ce critere de l'universalite que vous=20
brandissez pour en decider, c'est de la foutaise!

=09=09=09=09Jean Cleo Godin, president de la SQET. =20
On Wed, 10 Apr 1996,=20
Pierre Francois Gagnon wrote:

> Date: Wed, 10 Apr 1996 17:23:00 -0400
> From: Pierre Francois Gagnon <pfg@CAM.ORG>
> To: godinjc@ere.umontreal.ca
> Subject: l'UNIVERSALITE OBJECTIVE
>=20
> Salut!
>=20
> Est universel ce qui est superieurement dominant de par les qualites
> esthetiques et morales majoritaires parmi les classes sociales instruites=
et
> cultivees d'une epoque a la fois donnee et transcendante en elle-meme: c'=
est
> ainsi que Crebillon etait un auteur a succes en son temps, alors que Moli=
ere
> a ete pourtant le seul des deux retenu par la posterite, quel que soit le
> succes populaire qu'ils ont pu connaitre. On dit aujourd'hui que Crebillo=
n
> etait un versificateur mediocre... alors qu'on parle de la langue de Moli=
ere
> pour qualifier une certaine vision canonique de la langue francaise. Je p=
ose
> donc l'hypothese, comme une equation a plusieurs inconnues, qui serait sa=
ns
> doute houspillee par une certaine ecole contemporaine de linguiste
> hyperrealiste et anti-structuraliste (vous m'excuserez si je ne me suis
> forme qu'a la lecture de Saussure puis de Chomsky), qu'il existe des
> criteres formels dont les specialistes peuvent convenir d'un commun accor=
d
> qui caracterisent instrinsequement la superiorite esthetique et morale de=
s
> pieces de Moliere comme cela doit d'ailleurs etre le cas pour Shakespeare
> qui demeure inegale pour les memes raisons formelles dans la langue
> francaise. Et c'est dans le meme ordre d'idee que je discute la perennite
> non probable du theatre de Tremblay par opposition ne serait-ce qu'a Dube=
du
> fait qu'ils emanent tous deux d'un milieu populaire, populiste, peu impor=
te.
> Je parle donc d'Universalite litteraire au nom de principes de structurat=
ion
> superieurement doues au sens formel de la linguistique generative. J'essa=
ie
> donc de me montrer neutre puisque j'affirme de plus qu'un etre socialemen=
t
> defavorise peut tres bien emerger de facon irrepressible et irresistible,
> presque de force: il ne s'agit donc pas de la perception particuliere
> d'individus issus chacun de classes sociales constrastees, surtout quand
> l'on songe que la representativite des elites est arbitraire et hasardeus=
e,
> la lutte pour la reussite et la reconnaissance sociale est selon moi
> institutionnellement faussee et biaisee au depart ne serait-ce que compte
> tenu du monopole du pouvoir de diplomation exerce par les Etats dits
> modernes. La formation des elites est acculturante par nature. Pour etaye=
r
> cette hypothese de solution quant a la determination intrinseque du
> potentiel d'universalite d'une oeuvre litteraire, j'irai meme jusqu'a
> affirmer par surcroit qu'il est d'ores et deja theoriquement possible de
> programmer un systeme informatique capable de flairer a coup sur les
> criteres formellement objectifs du talent comme le fait deja un nez
> electronique plus subtilement et savamment qu'un degustateur de grands vi=
ns
> ayant gagne un concours international a cet effet. Mieux encore, pour avo=
ir
> invente conceptuellement le DICTALOGRAPHE il y a une quinzaine d'annees,
> prefiguration des systemes de reconnaissance de la parole transformee de =
nos
> jours en textes numeriques, par la seule puissance de l'evocation poetiqu=
e,
> la forme la plus elevee de l'intuition creatrice a mon humble avis, je vo=
us
> predis qu'une telle machination programmable pourrait disqualifier a jama=
is
> les harlequinades milliardaires d'aujourd'hui, elle les produirait
> automatiquement a partir d'un synopsis de quelques lignes seulement qui
> donnerait le detail de l'intrigue a developper ainsi, unique part de
> creation la-dedans si tant est qu'il y en jamais eu une! Tout cela
> constituerait alors la preuve par l'absurde que le chef d'oeuvre est, lui=
,
> impossible a preprogrammer, et donc qu'il existe bel et bien des criteres
> formels objectifs capables tant de prevoir le potentiel d'universalite d'=
une
> oeuvre litteraire, independamment de tout contexte social, que de mesurer
> empiriquement ce qui a consacre tel un chef d'oeuvre unanimement reconnu,=
ce
> qui permettrait de plus d'en departager de nouveaux qui ont echappe par
> malheur a la posterite: Une Saison en enfer, de Rimbaud, aurait bien pu
> continuer de moisir dans les caves de son imprimeur qui faute d'en avoir
> jamais ete paye a l'avance, l'aurait sans doute pilonne tot ou tard si un
> Verlaine candidat a l'Academie francaise n'avait pas ecrit une serie
> d'articles sur les Poetes maudits... On connait la suite des choses, la
> speculation a fait le reste!
>=20
> Il ne reste donc plus qu'a programmer une telle application excessivement
> specialisee; je ne serais pas surpris depuis le temps d'apprendre que les
> linguistes informaticiens s'y sont deja colletailles : j'en profite pour
> vous signaler que je viens de donner une interview electronique au magazi=
ne
> francais SVM (Science et Vie Micro), dont on tirera j'imagine quelques
> citations sans plus, en vue du numero du mois de mai prochain portant sur=
la
> litterature electronique dont, justement, l'ecriture assistee par
> ordinateur. Vous pouvez deja acceder au texte integrale de cette intervie=
w
> sur le site du bulletin litteraire Editel a l'URL ci-dessous. Merci d'ava=
nce!
>=20
> PFG
>                                =20
>                                    **************************************=
**
> " Drole de jeu que l'amour ou pour gagner, il ne faut pas jouer !... " Ga=
ignon
> Editel, bulletin litteraire: http://www.cam.org/~pfg/... E-mail: pfg@cam.=
org
>                                  =20
>=20
>=20
>=20

Jean Cleo Godin                           godinjc@ere.umontreal.ca
Departement d'etudes francaises           (514) 343-5918
Universite de Montreal                    (514) 343-2256 (telecopieur)


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