référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-05/msg00000.html
       Chronologie       
       Conversation       

Un professionnel est un amateur perseverant Serge Ouaknine




Je ne voudrais par que l'on pense qu'il y a collusion secrete entre Roger
Benski et moi, mais je suis trop souvent d'accord avec lui.
JE PARTAGE SON DERNIER MESSAGE a VINCENT CROS.

Ayant longuement debattu de cette question ( avec moi-meme et de nombreux
artistes - je vous livre ici les fruits que j'ai glane' sur cette question.

Je les dois a tous les artistes qui m'ont eclaire' et a mon maitre.)

A Vincent Cros je dirai ceci: On n'aborde pas le theatre en commencant par
s'assurer d'un  plan de retraite. Ni en s'inscrivant a un syndicat ( mais
ce n'est pas interdit). On plonge. On ne protege pas son desir. On en prend
le risque. Le desir genere des rencontres, des alliances, des rapports au
savoir. Des rejets et des admirations. La nature du desir est complexe. Il
y a le reve secret d'une reparation de soi face au monde. C'est le travail
d e l'artiste sur lui-meme qui fait cela pour lui-meme et pour le monde.

Avant qu'il n'y ait des ecoles et des theoriciens tous azimuts. Il y avait
une formation sur le tas et des maitres qui accomplissaient toutes les
fonctions. Et des artisans qui avaient des savoirs plus specialise'sque
d'autres.

Ce qui me gene profondement dans les questions de Vincent Cros est qu'il
aborde le theatre (dirais-je?) du point de vue corporatiste et techniciste
et non de l'urgence de la scene. Celle du monde dont la scene est le
tremplin premier du desir.
Vous attendez qu'on vienne vous chercher. Vous etes seulement en retard sur
vous meme ( j'explique cela plus loin).

Un artiste  est submerge' par son urgence.Il ne la choist pas. Il ne fait
un conseil d'Administration, Il ne convoquue pas une assemblee generale. Il
ne fait pas un inventaire d eorocedes. Ni de technique, Ni de methode. Tout
cela vient en marchant si vous accepter de renconter des guides.
Il est plus important de chercher des etres qui vous donne le desir de
creer, d edonner. Pas d'A-/prendre.

**** PREMIERE PARTIE:****

Le seul et unique argument que je possede pour savoir si je suis en face
d'une oeuvre est de sentir ou pas s'il elle me donne a mon tour le desir de
creer ( ou d'aimer).

Tous les artistes trangressent et reinventent les genres. Pour distinguer
un amateur d'un professionel ( meditation que je partage souvent avec mes
etudiants), j'aurais deux choses a partager:

1) UN PROFESSIONNEL EST UN AMATEUR PERSEVERANT.

2) Un Artiste se doit trois choses:

a) Avoir un Appel
b) Etre un echo du Monde /Etre une ecoute du Monde
c) Maitriser un medium

CE QU'IL A A DIRE NE LUI APPARTIENT PAS.  IL NE LE "SAIT" PAS. IL LE
DECOUVRE EN MARCHANT.  EN CONFRONTANT LA MATIERE. EN PASSANT DU PLAN DU
DESIR INTUITIF A LA PERTE DE SOI DANS LA MAITRISE DU MEDIUM.

UN AMATEUR SE CONTENTE DU DESIR. UN ARTISTE ACCOMPLI COMPREND QUE SON DESIR
EST DISCIPLINE' ( "RETARDE'") PAR LE MEDIUM.

LE MEDIUM NE SE RESUME PAS A UN ENSEMBLE DE TECHNIQUES OU DE PROCEDES.
LE MEDIUM EST CE QUI PERMET LE TRAVAIL DE L'ETRE.
QUAND IL SE CONFOND  A SES OUTILS L'ARTISTE VOIT L'OEUVRE COMME UN CADEAU
DONT IL EST LE PREMIER SURPRIS.

D'OU:
L'ABANDON. LE DON. LE DESIR. LA PERSEVERANCE. LA MAITRISE DE L'OUTIL. ET SI
VOUS AVEZ QUELQUE CHOSE A DIRE CA SE VERRA ET S'ENTENDRA.

C'est en faisant du theatre qu'on fait du theatre.

SI VOUS AVEZ TROP D'ECOUTE VOTRE APPEL SE PERD.
SI VOUS AVEZ UN APPEL MAIS PAS D'ECOUTE VOTRE MEDIUM VOUS RESISTE.
SI VOUS AVEZ DE L'ECOUTE ET SI VOUS MAITRISER UN MEDIUM MAIS QUE VOUS
N'AVEZ PAS D'APPEL VOUS ETES UN ARTISAN PAS UN ARTISTE.

UN ARTISTE EST UN ARTISAN QUI A ACCEPTE'  ET RECONNU EN LUI-MEME QU'IL EST
HABITE' D'UN DESIR PLUS VASTE QUE SON SAVOIR-FAIRE.

Le desir travaille la forme qui en retour lui resiste. La technique
consiste a apprivoiser ce rapport du desir a la souplesse de soi face a la
resitance des elements. D'ou la perseverance.

Voila pourquoi un professionnel est amateur perseverant. Il ( pere/severe
comme dit Lacan). Il prend l'autorite du "pere" en perdant l'infantilisme
premier du desir.

Beaucoup d'"artistes" s'arretent a l'amateurisme simplement parce qu'ils ne
veulent pas "souffrir", j'entends perdre quelque chose. Ils concoivent
naivement l'art comme une acquisition et non comme un don de soi. Ils
s'arretent au plaisir immediat de soi. Pour changer cet etat il faut briser
quelque chose.

Soit vous rencontrer un maitre.
Soit la vie s'en charge.

Mais un maitre ne donne pas l'etat de grace. Il vous donne seulement son
propre exemple createur. Parce qu'il se cherche aussi.

NOTE IMPORTANTE:
Celui qui n'a pas entendu son appel ou qui a trop peur du monde pour le
confronter, ou trop peur de lui meme pour se discipliner, ou qui qui veut
la reconnaissance sans savoir qu'il a son etre a offrir,  s'interroge sur
les procedes et les "appareils" (humains ou techniques) au lieu de se
soucier de la relation de son langage face a l'univers. Il cherche les
methodes et les categories au lieu de se laisser  travaille' par ce qu'il
ne maitrise pas encore. Pour maitriser il faut s'abandonner. Et on ne
s'abandonne pas a son plaisir mais a son travail.
C'est le passage a un plaisir second et non premier qui distingue l'amateur
du ...du tout autre chose.  Mais c'est aussi le plaisir qui entretient la
creation.
Le plaisir amateur se regarde faire. Le plaisir maitriser travaille son effet.
Meme sui l'amateur travaille beaucoup. La distinction reside dans le risque
et le choix qu'il fait de sa vie dans son rapport au monde.Le savoir-faire
n'est pas forcement un choix existentiel. Par contre le choix existentiel
ira chercher les savoirs dont il a besoin. ( ceci pour repondre  tres
precisement a Vincent Cros).
L'art est un potentiel avant d'etre un produit.  Donc son rapport au monde
passe par un rapport a soi. L'amateurisme est un rapport a soi qui espere
qui espere du monde d'etre mis en relation a l'objet de son desir.
FIN DE LA NOTE.

****  DEUXIEME PARTIE: ****

RIEN NE PEUT RASSURER UN ARTISTE PAS MEME UN MAITRE.

La sagesse n'est  pas de le prendre par la maim ( comme dit si joliment
Benski) mais de le regarder plonger en souriant.

UN "AMATOR", C'EST CELUI QUI AIME POUR LUI-MEME. POUR LE PLAISIR DE FAIRE,
DE SE RISQUER, D'ECHANGER, DE DIRE. GENERALEMENT L'AMATEUR SE SOUCIE
D'AVOIR A S'EXPRIMER.

UN ARTISTE CESSE D'ETRE UN AMATEUR QUAND IL PASSE DU DESIR DE S'EXPRIMER AU
DESIR D'EXPRESSION.

DU DESIR DE S'EXPRIMER AU DESIR D'EXPRIMER. LE PASSAGE DE L'UN A L'AUTRE
NECESSITE LA "MORT" DE QUELQUE CHOSE.


Narcisse de se regarder meurt de contempler sa propre image.
Echo ne se voit pas puisqu'elle passe tout son etre a refleter


NARCISSE PASSE du desir de s'exprimer  au desir d'exprimer EN RENCONTRANT ECHO.

IL PASSE DU REFLECHI A LA REFLEXION.
MAIS IL FAUT AVOIR DE QUOI.

IL NE S'AGIT PAS DE GENRE. BEAUCOUP DE PROFESSIONNEL MORTELS A MOURIR CAR
ILS ONT FIGE' LEURS AGIRS A DES PROCEDES ET DES CALCULS DE POURCENTAGE ET
D'EFFETS.I

ILS ONT UN SAVOIR-FAIRE AVEC PLUS OU MOINS DE TALENTS. MAIS IL Y A DES
AMATEURS QUI N'ONT PAS CE DESIR DE NEGOCIER LEURS AGIRS. ILS AGISSENT
SOUVENT AVEC UN "JUS , UNE VERVE, UN DEBORDEMENT QUE DES PROFESSIONNELS
POURRAIENT LEUR ENVIER.
OU EST LA DIFFERENCE ? DANS LE RAPPORT AU LANGAGE.
L'ARTISTE CESSE D'ETRE UN AMATEUR QUAND IL SE CONCENTRE SUR SON MEDIUM OU
LIEU DE SE PERDRE DANS L EPLAISIR IMMEDIAT DE SON " AMATEURISME'"

BEAUCOUP DES  TECHNIQUES DE DIRECTEURS D'ACTEUR ET DE FORMATEURS CONSISTENT
A AIDER L'ARTISTE EN FORMATION A FAIRE CE PASSAGE DE L'EXPRESSION DE SOI A
L'EXPRESSION DE QUELQUE CHOSE.

LE PASSAGE DU JE AU JEU.

Les lois ( ET NON LES TECHNIQUES ) de la creation SONT UNIVERSELLEMENT
IDENTIQUES.

SI VOUS EVEILLEZ LE GESTE CREATEUR CHEZ UN AMATEUR ET QU'IL PERSEVERE IL Y
A DES CHANCE POUR QU'IL DEVIENNE UN "PROFESSIONEL".Cette "perte de temps"
dans la perseverance est le seul gain efficace QUI CHANGE L'AMATEUR EN
ARTISTE.

Il faut plonger dans un OPUS sans en connaitre, ni la fin, ni la finalite
et sans penser a la gloire. Le plongeon dans le travail de l'oeuvre genere
ses resistances mais aussi ses allie's. La gloire ( le desir ) de
reconnaissance est si profondement enracinee dans le desir qu'il ne faut
pas vous en soucier.
Elle se souciera de vous quoi qu'en disent les specialistes en marketting
et les publicistes et diffuseurs  de la creation qui sont par ailleurs
aujourd'hui trop indispensables.

Les "managers" de l'art peuvent changer un amateur en professionnel.
Mais pas forcement un amateur en artiste.

Il arrive que l'artiste et le professionnel soit a l'heure dans le meme
etre C'est ce qu'il faut souhaiter. Mais ce travail doit commencer a
l'interier de l'etre.

La "GLOIRE" est aussi un travail. Elle est aussi du ressort du destin.
C'est a dire du rapport de necessite negociable entre l'artiste et son
temps.
Son environnement. Ses allies.

Le desir engendre un ECHO d'ou le besoin d'un environnement et d'une
communaute' d'etres.
C'est pour cela que amateurs et professionnels recherchent leurs compagnons.
Il y a peu de maitres et beaucoup de compagnons.

Tous les artistes sont a l'heure de leurs temps mais tous les temps ne sont
pas a l'heure de l'artiste. Quand l'un et l'autre se rencontrent la
reconnaissance attendue se produit.

Un artiste ne peut pas etre a l'heure de son temps ( peut importe la duree
necessaire a sa reconnaissance) s'il n'est pas a l'heure de lui-meme ( cela
prend du temps de maitriser son medium et de savoir ecouter).

D'ou la perseverance.

Car il faut du temps pour etre a l'heure de soi. Un amateur peut etre a
l'heure ( de son propre etre ) occasionellement ou dans les limites de sa
propre satisfaction.

Un artiste accompli sait qu'il n'est jamais acheve'.

C'est pour cela qu'il garde en lui la ***"passion de l'amator"*** et la
constance discipline'e du perseverant.

On peut avoir une technique tres "pauvre" et tres simple et faire un grand
art. Si desir et ecoute et maitrise sont a l'heure dans le meme etre.

Apprendre a etre a l'heure de soi prend une vie.

Le reglage de la montre interieure est l'angoisse  veritable de l'artiste
(qu'il soit un amateur ou un "professionnel").


LA DEFINITION DU MINISTERE DU REVENU DU CANADA ( Les IMPOTS)  DIT:
"EST PROFESSIONNEL CELUI QUI VIT DE  SON ART".

LES COLLECTEURS D'IMPOTS NE PRENNENT PAS DE RISQUES SUR L'ART.

ON SAIT QUE TOUS LES ARTISTES DE CE POINT DE VUE NE SERAIENT PAS DES
PROFESSIONNELS.

L'ECONOMIQUE NE GARANTIT PAS CE EN QUOI UN PROFESSIONEL EST UN ARTISTE (
voir les lettres de Van Gogh a son frere Theo).

Donc la reponse est metaphysique.

La metaphysique en art est un rapport entre la matiere et le desir qui la
traverse

( Regarder Rodin, Egon Schiele ...ou les acteurs de feu Kantor, Brook ,
Mnouchkine, Edouard Lock, Gilles Maheu, ... les emotions ne sont pas les
memes , ni les objectifs, mais la transcendance de la matiere est unanime
-- c'est Ca, -- cette transcendance -- lisible qui dit que l'amateur est
devenu un artiste que
la matiere soit epaisse ou subtile. Lourde ou lumineuse.

L'art est un rapport a l'invisible qui transpire du medium, pas a
l'evaluation des marchands.

Il faut une technique pour oublier la technique.

Je vous quitte ici.


L'ART HABITE UNE MAISON MOBILE, IL NE RESIDE PAS DANS UN ENSEMBLE DE MEUBLES.

PRENEZ VOTRE TEMPS.

(?!)
/_/ o
(@ @)
(*)

+----oOO-----OOo---------+
Serge Ouaknine
e-mail : r34424@er.uqam.ca
Montreal (Quebec)  Canada
tel:(1-514)2880418
fax:(1-514)2883514
+------------------------+
























------------------------------