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THEATRE SACRIFICE ET UNIVERSALITE 1er partie Serge Ouaknine




TRETEAUX d'une UNIVERSALITE du THEATRE
Le theatre peut-il etre universel?
Elements d'UNE reponse possible et tardive de Serge Ouaknine a une question
d'Alvina Ruprecht  du 9 avril 96:

=AB Est-il possible de representer une experience qui soit percue selon les
memes parametres, d'une maniere identique par "tous"....qui est ce
"TOUS"?...... et de quelle epoque parlons-nous? Eclairez-moi s.v.p. =BB

29-4-96

Chere Alvina et chers internautes de Queatre,

Je suis travaille' par le texte qui suit depuis plusieurs semaines,
surpris de le voir creuser en moi un abyme qui m'effraie et me rassure en
meme temps, car nombre de comportements, de textes et sous-textes et
techniques de jeu et mises en scene,  soudain se sont clarifie's en
laissant votre question me travailler ( ce texte qui sera mon dernier fait
18 pages..) :
Voici ce qui en est sorti:

*** La mort et le sacrifice sont l'universalite' du theatre ***

Cette pensee s'est imposee a moi en ecrivant. Elle recouvre une
medititation sur la mort suite a des evenement sdont j'ai ete le temoin. Je
fus aussi stimule' par une reflexion tres profonde de Jean-Marie
Apostolides =E0 propos des "les spectres" et que je souhaite le voir
developper,... Autrement, je dois souligner que dans la vie je suis un etre
plutot joyeux....  Le texte qui suit est donc ne' de cette conversation et
de la question posee voila quelques semaines par Alvina Ruprecht que je
remercie.
Il y aurait certes d'autres aspects  de reponse sur la question de
l'Universalite au theatre. Il y aurait encore toute une phenomenologie de
la perception des discours du theatre a developper par-dela les aspects de
contenus dramaturgiques.

Je me suis trouve' surpris a plonger dans une reflexion sur les archetypes
ou les mythes qui seraient comme la matrice "universelle"de l'evenement
theatral,  bien avant que le theatre ne se scinde en problematiques
litteraires, scenographiques ou touchant encore a la mise en scene et aux
techniques de jeu etc...  Eugenio Barba et Nicola Savarese ont donne' des
travaux magnifiques dans le sillage des Brook, Mnouchkine et Grotowski et
avant eux, Artaud, Meyerhold, Eisenstein et Stanislawski pour ne citer que
les plus illustres.... De tous ces aspects passionants je ne parlerai pas,
ici.

N'etant pas anthropologue de formation, il se peut que mes propos soit  mal
fondes ou qu'ils deraillent. Je demeure tres humblement ouvert a vos
remarques et suis attentif a tous conseils qui pourraient m'aider a etoffer
cette reflexion "nouvelle" pour moi.

Le texte qui suit n'est pas ignorant du travail de Rene Girard sur le
sacrifice et le sacre'.  Toutefois, les arguments que j'avance,  je les
dois a ma pratique , a des observations troubles, mysterieuses et qui
emanent des acteurs et actrices quand ils se laissent possede's par les
grands textes.... Je dois a Grotowski d'avoir ete eveille' a ces aspects,
voila plusieurs annees deja. Toutefois, les reflexions que je vous livre
ici me sont personnelles. Je ne sais pas si j' aurai repondu a votre
question, Alvina. Je crois y arriver vers la fin...Vous me direz.

Je demeure tres attentif a toutes suggestions de lecture et a tous
documents susceptibles d'=E9clairer les liens du Theatre avec la mort et le
sacrifice. Merci de vos indications.

Je vous livre cette reflexion en la sachant inacheve'e. Merci de vos
remarques et conseils eventuels. Existe-t-il un inventaire des personnages
et oeuvres dramatiques qui confrontent la mort... et l'idee de sacrifice,
de facon concrete ou figuree... ?

Merci de votre ecoute. Merci de vos stimulations. Bien a vous.
____________________________________________________________________

*** MORT ET  SACRIFICE,  une ontologie universelle du  theatre ***.

En de nombreuses communautes africaines le deuil se porte en blanc. En
Occident, en noir. Il est donc aise' de conclure, sur les malentendus de
cette disparite' que bien que tous les hommes soient mortels, cette
universelle condition les separe neanmoins au niveau des  rites funeraires
( cette difference a fait recemment la bonne fortune, au Quebec, d'une
campagne publicitaire "tous azimuts", pour une compagnie de pompes
funebres...). On pourrait multiplier les exemples a l'infini. Ici on
deposera le corps nu dans son linceul a meme la terre et sans cercueil (
les traditions musulmanes et juives, pour que la chair retourne plus vite a
la poussiere), aux Indes on pratiquera la cremation et, avec des milliers
de variations, du Mexique a l'Ukraine, de Paris a Oulan Bator chargera-t-on
le cercueil du defunt  de ses plus riches habits, de ses bijoux, de son
arme ou de ses instruments de travail, de marionnettes ou figurines pour
lui tenir compagnie, ou encore de papier monnaie pour s'acheter de la
nourriture au ciel... Ici on devra partager une olive,  la un oeuf,
ailleurs une galette de farine de mais ou un bol de riz... Ici l'encens
sera de rigueur la une abomination.  Au Tibet, il sera de bonne convention,
de rire en brulant une effigie de papier du disparu ( car il faut se
rejouir de le voir se liberer de son enveloppe  terrestre... ). Mais, en
Sicile, on louera et  paiera des pleureuses pour ajouter encore aux
lamentations collectives de la famille... Le theatre comme la mort n'ont
donc rien d'universel sinon leurs acteurs/officiants/spectateurs et des
varations infinies de rites de passage...

Pour ma part, j'ai une sympathie reelle pour les enterrements italiens (
ceux  de Rome surtout, les processions funebres sont d'une efficacite
magistrale, avec ponctuation de grosse caisse,  lenteur celeste du cortege,
et des plaintes de clarinettes si pathetiques qu'elles doivent faire
brailler le mort lui-meme...). Il n'est pas une ame qui n'en soit pas
traversee, qui ne reconnaisse pas en la mort une occasion solennelle de
celebrer notre plus ou moins imminente et collective destinee. C'est ainsi
que je m'explique le genie de Fellini, sa theatralite'carnavalesque, et je
trouve, comparativement, franchement sinistres et morbides les salons
funeraires nords americains.

Si le rite de passage de la vie a la mort prend des couleurs et des gestes
a y perdre son latin, la perte de l'etre aime' est universellement "unique"
pour chacun. Et chacun ressentira son depart comme une affaire tout a fait
intime, intraduisible. Le sentiment de perte masque ou devoile nos
emotions. La mort de l'autre nous saisit comme fragment du temps, habite'e
d'une emotion plus ou moins masque'e mais toujours reelle.
LA PERTE EST LA PREMIERE UNIVERSALITE' DE L'ETRE.

Mais que dire de la joie partage'e, de l'evenement  heureux qui, un
instant, va effacer nos raisons de discorde ( un mariage, une naissance,
une reussite comme une bonne chasse, une victoire electorale,  au foot-ball
ou au hockey, le retour d'un soldat du front de bataille, ou les premiers
pas de l'enfant qui vous lache la main...).

Tous les  CLOWNS du monde ( du Barnum americain, du Bouglione ou Gruss
francais, de Moscou ou de Pekin), TOUS font rire lorsqu'ils tombent sur le
cul.

Moins l'acteur ou le clown *regardera* son *point de chute* ( mais
ailleurs..., distrait, tete en l'air) et plus il fera rire. C'est un
procede' classique que de montrer que celui qui ne sait pas qu'il tombe
mais tombe vraiment fasse rire celui qui ne tombe pas et voit l'autre
tomber -- sans qu'il en soit immediatement conscient.

Plus la distance est grande entre la conscience et le corps qui chute et
plus le rire est devastateur sur le public -- quelle que soit sa facon
d'enterrer les morts. Ceci est une LOI UNIVERSELLE. - Je l'ai verifie' sur
4 continents-.
N'en deplaise aux marxistes, aux puristes, aux cartesiens et aux plumitifs
timore's de la chose corporelle:
LA CHUTE FAIT RIRE mais LA PERTE FAIT PLEURER.

La premiere nous restitue l'etre. La seconde souligne notre avoir.
Le rapport de l'etre a l'avoir passe le Faire qui fait rire ou pleurer.
C'est universel.

Dois-je etre excommunie' de la confrerie des gens de theatre si je trouve
que le sens de la mort chez Tremblay ( tiens le revoila ...) se reduit a un
"peignoir poutineux" et que je prefere l'irrespect de Dom Juan devant la
statue du commandeur a la pathetique et obstine'e collusion d'Antigone a
son enmurement mortel ordonne' par Creon?

Un tel se vexera, il preferera perdre sa communaute, il preferera
s'obstiner  sur l'autel de Dube ou d'un synopsis genere' par ordinateur, un
tel jurera avec raison et sincerite' que Tremblay fait des ravages
"universels" chez nos voisins des Etats Unis, tout  cela est possible, tout
cela est bien, mais....
je ne connais rien de plus triste, de plus desarmant, de plus depossedant,
de plus universellement devastateur que d'assister a l'agonie d'un enfant.

La mort d'un enfant efface toutes nos ironies et notre esprit de serieux.
La mort d'un enfant est au-dela d'une blessure narcissique. Cela est
universel.

Comme le passe' est toujours plus heureux! Comme l'enfance nous semble plus
longue que notre vie d'adulte ! Le rapport a la sensation du temps bouge
avec notre age car nous ne memorisons pas la meme duree d'experience... et
tous les peuples reecrivent leur histoire pour en garder les pages les plus
glorieuses. Ils colorent le passe' de deuils plus sombres que milles
battailles et mille nuits ou plus joyeux et plus heroiques que mille
soleils levants. Chaque societe reecrit et reinvente sa memoire, car chaque
societe se sait mortelle fait une correction de quelques dioptries sur son
passe'. La memoire est fluctuante non de vieillir mais de ne pas considerer
la mort de la meme facon, ici et la,  selon les les differentes etapes de
la vie.  Cela aussi, a la ville comme a la scene, comme a la campagne :
c'est universel.

De la facon dont nous percevons la mort se lira s'ecrira l'ecriture de ce
passe'. C'est ce que nous pouvons ( devons?) entendre dans tout texte de
theatre. Demandez-vous dans quel sens de la temporalite se situe un
personnage. Quel sens de la mort revele ou cache le texte entier et d'un
seul coup, les actions prennent un autre sens. La psychologie s'eclipse
pour faire apparaitre le bruissement de fond de la societe qui a genere' ce
texte ou cette forme la de de represenation. La dynamique, le rythme, la
scansion des paroles, la profondeur des espaces,  la tension et la distance
entre les sujets (et lisibles a travers les mots), tous cela se dechiffre
par la maniere de porter (penser?) la mort en chaque geste de vie.
Dis-moi ce que dit ton pays de la mort et je te decrirai son theatre.

D'entendre, un enfant a l'agonie, parler sereinement de la mort en des
termes si lumineux qu'ils laissent loin derriere vous les plus belles pages
de Sophocle, de Beckett ou de Duras cela n'est pas universel --- cela est
la matrice dont saigne la vie, et dont se nourrit, en seconde main, les
plus grands moments de theatre.
L'irreversibilite du temps humain face a la mort est l'universelle
condition de la scene. Celle dont la plus extreme horreur des sentiments
interpelle la plus extreme proximite' des emotions.

La mort est vraie, elle n'est pas juste. La mort d'un enfant est au au-dela
du theatre, n'est-ce-pas... Mais, reflechissez bien, interrogez  les
quelques ephemeres et rares frissons que vous a donne' le theatre, demandez
vous s'il n'interpellent pas en vous ce chatoiement indicible de la vie, ce
"moment ou la nuit se separe du jour", ce cliche' shakespearien de l'aube
n'est-ce pas -- et qui pose la question du temps comme l'ecoulement des
voyelles dans les mots, comme le glissement serein de la main de l'enfant
a l'agonie, de la votre qui n'y peut rien ... et qui regarde aussi sa
propre mort, l'injustice de lui survivre.

UNIVERSEL No1

A la source du theatre il y  a ***le sacrifice des enfants***,
intrinsequement, il est congenital des premiers rites.  Et ce qui nous
reste de cette lointaine contre'e, de ce contiment noir de la subconscience
de l'humanite, pardon, je suis profondement desole' d'avoir a vous le dire
( et sans aucun academisme) que telle est  l'universalite du theatre...
elle commence avec ces sacrifices de notre chair, notre propre image, notre
futur que nous convertissons en perte, pour nous liberer de notre futur
perte.... plus tard -- ici ou la  - on aura prefere' un bouc, une chevre (
une "tragedia" en grec) ou un mouton ( pour se substituer a Isaac au moment
du geste d'Abraham), d'ou l'appellation recurrente de Jesus comme "agneau
de Dieu"..., d'ou la recurrence du massacre des innocents par Herode ( la
fuite en Egypte... de Joseph et Marie) et qui repete  le meurtre anterieur
des nouveaux-nes demande'  par le Pharaon d'Egypte aux Hebreux, et suivi a
nouveau de nouveaux ne et celel avec du fils de Pharaon ( une des 10 plaies
qui precedent la sortie des Hebreux d'Egypte). Mais voila un theme qui se
trouve dans la Bible comme dans les tragedies... de Sophocle et
d'Euripide...
C'est le meme et identique theme, terme a terme , qui se repete entre le
judaisme et le christianisme...Et le meme theme que s'appropriera l'Islam
en donnat a Ismael le roel ( de l'enfant sacrifie,) et sauve'. Mais c'est
aussi le meme theme dans Iphigenie... et el meme dans Oedipe.
A la matrice du theatre comme de la civilisation, un enfant qui doit etre
sacrifie' est sauve' ( Ah j'oubliais aussi Moise - le sauve' des eaux-...
meme structure).

Cela signifie que AVANT le geste litteraire et AVANT le geste theatral qui
transforme le destin paien et rituel, en un destin plus "humain" (?)  il y
eut AVANT le THEATRE et, a SA SOURCE,  un sacrifice de l'enfant. Un
sacrifice reel et ... universel. Le theatre comme le mythe est venu
confirmer une transformation dans le rapport a la survie des ames. La scene
joue le simulacre de ce qui ne meurt plus. Elle raconte l'abomination qui
n'aura pas lieu... pour confirmer le passage d'un mode de societe a un
autre...
J'ai assiste a nombreux types de rites et a d'innombrables representations
theatrales. Il n'est pas necessaire de connaitre la langue parle'e ou
chante'e pour comprendre ce qui est en jeu... la connaitre ajoute des
informations mais ne les constituent pas. C'est sur ce terrain du non-dit
que fonctionne l'universalite' du theatre.

Le periple d'Oedipe commence a partir du moment ou le berger prend pitie'
de l'enfant que l'on veut sacrifier, pour que ne s'accomplisse pas le
funeste presage de son destin, il lui laisse la vie sauve. Un serpent vient
mordre le pied d'Oedipe ( en grec Oedipe signifie "pied enfle'") tout comme
Jacob ( le fils d'Isaac, le fils-epargne' ) sort boiteux de sa lutte avec
l'ange et qui lui laisse la vie... etc. etc.
Quant a Mede'e, elle ne sauve pas ses enfants mais perpetue le geste
barbare de les sacrifier, pour combler sa jalousie de reine trahie par
Jason son epoux ( un drame de l'avoir que stigmatise la toison d'or)...
Voyez vous la force des mythes...?

Le christianisme viendra, un temps mettre, un terme a la double tentation
de rire ( la chute/la derision de l'etre)  et de pleurer ( la perte/la mort
d'un avoir) soit -- comedie et tragedie -- en se consacrant  exclusivement
au second sur la gest ed la Passion ( d'ou l'excommunication des comediens
qui font concurrence ... aux pretres). Mais un theatre populaire aura
toujours exister pour faire rire de ce qui chute... ou qu'il faut faire
chuter ... depuis l'antiquite'et jusqu'en Chine et en Coree et au
Japon...et aux Indes et en Afrique et aux Ameriques dites
pre-colombiennes... on ritualiser le passage de la mort, la perte par des
ceremonies sacrificielles et representations de ce qui, mortel, vient se
venger des vivants ( aux Indes, jusqu'a il n'y a pas si longtemps on
brulait la veuve pour qu'elle ne survive pa sa son defunt epoux)  ou les
sauver ou encore les instruire du voyage des ames ( tout le courant
shamanique...).

On a retrouve' a Carthage (Tunisie)  des ***millers*** d'ossements
d'enfants sacrifie's au Dieu Moloch.  Ce meme Dieu dans le ventre duquel on
brulait les nouveaux-nes dans  la vallee de la Gehenne,  aux pieds des
ramparts sud de Jerusalem ( avant la conquete des Hebreux voila 3000 ans)
-- d'ou le mot de Gehenne pour designer l'Enfer -- d'ou cette survivance de
representer l'enfer avec des marmites  ... Sur les memes lieux de sacrifice
d'enfants on retrouve des "tophets" ( tombes votives d'enfants sacrifie's)
non seulement  a travers toute la mediterrannee mais tout l'Orient, mais
jusqu'au plus lointaines premieres dynasties de pre-babylonienne... ont
enterrait des enfants vivants,  sans parler, aux Ameriques, des Olmeques,
des Azteques et des Mayas... Les Grecs sont un simple regionalisme...
Entendez-vous, a present pourquoi on joue Antigone en Croatie et en Serbie
mais pour des raisons ideologiquement differentes mais universellement
semblables... et Oedipe Roi...et Iphigenie .... cycliquement, avant chaque
periode de passage a droite d'un regime politique...

Ce n'est pas universel? Mais que fit la Malinche, cette reine Azteque que
le Conquistator Cortez seduisit et epousa lors de la Conquete du Yucathan
(Mexique) en 1519. Quand il voulut ramener en Espagne les enfants qu'elle
eut de lui, bien qu'il detruisit Mexico... elle prefera les tuer avant le
depart des navires... Ca ne vous rappelle rien?  Pourquoi toutes les
actrices  jeunes et moins jeunes revent d'etre Mede'e...ou Iphigenie en
Aulide...? Que ne sacrifierait-on pas pour que le vent se leve sur les
navires...d'Agamemnon... mais voila qu'Artemis sauve Iphigenie consentante
en sacrifiant... une biche!
Une biche, une chevre, un mouton... Ca ne vous rappelle rien? Quel bonheur
"non universel", il y a-t-il a rejouer celle qui lache les fruits de son
ventre du haut des ramparts ou celle qui accepte de tendre le cou a la lame
de l'ennemi...

Quand nous saluons, Paul Claudel, Jean Genet, Samuel Beckett, Eugene
Ionesco, Heiner Muller, Marguerite Duras, Arrabal  ou Mishima... il faut
entendre sous leurs textes,  la memoire seculaire des sacrifices d'enfants,
le voyage de la perte et de mort, le passage du geste reel a sa
metaphore...moderne. Pour les classiques ca parrait plus evident...

****LE SACRIFICE EST LA PREMIERE UNIVERSALITE ONTOLOGIQUE DU THEATRE****.

UNIVERSEL No2

Et cela n'est ni grec, ni chretien mais appartient au funeste patrimoine
universel de la violence "originelle" et qui a traverse' toute notre
histoire...La chair des etres brule's est "universelle", elle est la
premiere couche archeologique du theatre. Et le theatre d'aujourd'hui porte
phylogenetiquement et ontologiquement la memoire de ces premiers gestes qui
ont suivi les metamorphoses que vous savez... meme et surtout si c'etait
"juste pour rire" ou plaire aux sinistres maitres des lieux... comme
Caligula, Heliogabal, Robespierre ou les Borgia...

Ah! diriez-vous, ah! quel demagogue, il joue sur la sensiblerie,  cette
mort n'est pas comparable a une autre. Aucune mort n'est comparable.. Mais
c'est si lointain...  que l'amnesie en est universelle. Ah! mais vous
alignez ce qui ne se generalise pas! Mais dites-moi, cher majorite
silencieuse, que fait d'autre le theatre sinon de tenter une reparation
symbolique de notre mortalite' camouflee en nos bobos, nos gages, nos
filles, nos patries, nos peines de coeur et nos malaises, nos reve et nos
solidarites, nos craintes et notre mal de vivre, nos exils, nos lachetes,
nos prises de sangs pollue'es et autres trahisons... Que le traitement soit
platement lineaire ou saussiconne' a la fragmentation decontextualise'e et
post-moderne, est universel ce qui nous rend impuissant devant
l'adversite', impuissant devant l' irreversibilite' de la mort.
D'ou il advient que tout theatre pose une convention, une construction
formelle de son rituel ( elles sont multiples et transformables)  pour
restituer precisement une credibilite, une coherence a la narration de ce
masque sublime que la scene nous offre comme vertige de la vraie vie. C'est
ce qui fait que nous croyons a la mort symbolique des comediens meme si
nous savons qu'ils ne meurent pas. C'est ce qui explique pour acceder a un
personnage il faut mourir a soi-meme..

****C'EST POUR CONTRER LA MORT QUE L'ON A EDIFIE' UN PARAVENT SYMBOLIQUE
QUI TROQUE LE SACRIFICE EN SON SIMULACRE . CE MENSONGE, CE RITUEL, CETTE
CONVENTION QUI CHANGE LE REEL EN FIGURES FICTIONNELLES, LA VIE EN
PERSONNAGE, CETTE ILLUSION AUTHENTIQUE EST LA SECONDE UNIVERSALITE DU
THEATRE - ****.

UNIVERSEL No3

La mort habite "tous" les textes classiques et contemporains ( ou presque a
bien y regarder). Il y aurait une oeuvre entiere a ecrire pour definir les
relations complexes des heros de theatre face a la mort. Mort qui est
souvent associee a l'idee de sacrifice. Transfuge, sans doute de vieux
rites pa=EFens dans la chretiente . Oedipe, Iphigenie, Athalie, Andromaque,
Antigone, Medee, Ophelie, mais aussi Romeo et Juliette nous font entendre
le sacrifice des enfants sur l'autel  de la raison d'=C9tat, de la loi du
clan, du rang, de l'ambition et du pouvoir.
Le sang verse' ne peut cesser de couler par cette remission de peine
qu'offrirait l'amour. Pouvoir et Amour se battent autour de la mort.
Peut-il exister une jurisprudence sans victime expiatoire ? Il y a t-il
theme moins universel ?
En chaque rapport conflictuel, la mort precise sa place. Si Antigone
choisit de mourir parce qu'elle s'oppose a l'interdit de Creon d'enterrer
son frere selon les rites, interdiction qu'elle choisit d'enfreindre et qui
marque son pouvoir amoureux contre le pouvoir politique, nous voyons
Ophelie se laisser glisser dans l'eau,  se soumettre a la mort. Son absence
de combat hautement symbolique est la premiere annonce des anti-heros,
l'intuition ombrageuse des nauvrages romantiques.. Antigone solaire,
Ophelie lunaire, partagent la meme jeunesse mais pas la meme mort. Ophelie
fait entrer Antigone dans le monde moderne. Elle en est la doublure
negative. Entre Sophocle et Shakespeare nous passons de la verticalite
infaillible de la Loi a un monde plus oblique et qui doute de la legitimite
de ses principes, enveloppe's dans des replis seulement subjectifs. La Loi
s'est retiree du ciel d'Hamlet qui ne peut que constater la faillite des
parents dans le desir-mourir de l'adolescente.

La mort, au theatre,  donne la temperature exacte de notre place face au
monde. Son traitement est notre implacable barometre.

Au tournant du XIX=B0 siecle, alors que l'Europe s'eveille au principe des
nationalites, B=FCchner nous montre un Woyzeck anonyme, depassionne', victim=
e
sans revolte, il est seulement vaincu, ecrase' par une mecanique sociale.
Woyzeck est  un simple jouet. Il tue Marie, sa jeune femme, sans grande
tirade, apres seulement une multitude de petites scenes - portraits de son
ratage - toutes en fragments, presque impressionnistes... Une vie grise et
une mort sans couleur.

Plus pres de nous, l'apres-guerre nous indique une loi encore plus laxiste,
insignifiante. Chez Ionesco,  son "roi se meurt" mais sans avoir jamais eu
de royaume..  Il nous raconte simplement sa crainte allegorique, sa
faiblesse trop humaine de devoir dispara=EEtre sans avoir signer son temps e=
t
moins encore sa vie. Quant a Beckett, il acheve, dans les annees cinquante,
la dramaturgie classique. En lui, et pour "toujours" comme dirait Winnie,
le "dieu cache'" de Racine vient a mourir, il ne viendra pas,
definitivement plus. Nous attendons Godot. Pour Genet, Gombrowicz ou
Witkiewicz la vie est un simulacre, mourir est un the=E2tre qui reclame de
vrai mascarades, pour Pirandello un jeu dans le jeu que se donnent les
r=F4les. Ce simulacre face a la mort n'est pas tragique, il signe par
l'articifice ou la mise en abime, une possible verite et qui pourrait
triompher de la representation, un sursaut du vivant contre la faillite  de
l'=EAtre. Avec Camus,  la mort, le meurtre sont un simple malentendu qui
confirme l'etat absurde des choses.

En ce XXe siecle finissant, la mort est le sous-texte entendu d'une
banqueroute collective. La rupture surrealiste aura fini, ni en revelation
ni en mascarade mais en constat formaliste du vide.  Toutes les pieces de
Sophocle ne nous sont pas parvenues mais il est  sur, qu'apres Auschwitz,
Oedipe a Colone n'est plus qu'une figure mytholo/gisante. La mort a rejoint
le reel et en a epuise' tout le theatre possible. Le nazisme a rendu la
mort irrepresentable. Il en a banalise le repere par lequel se nommaient
les vivants. Pour nous qui venont apres  elle  est simplement devenue un
arret de jouissance,  une fin de consommation, le salaire de la drogue, le
viol du sang, le Sida. La mort s'est introvertie et meme si elle passe a la
tele' est-elle encore une affaire prive'e ou banalise'e ( elle peut meme se
choisir et pas pour honorer le respect d'une ame devant les Dieux). La mort
est ce qui interromp le jouir . Elle etait la comme origine. La mort est
morte en meme tant que l'idee de Dieu.   Oedipe s'est replie' dans les
meandres de la symbolique psychanalytique. Il ne represente plus une nation
mais des solitudes.

Tout comme les amours de Romeo et Juliette qui sont des amours d'enfants
etrangers a la violence sacrificielle. Ils ne connaissent que la violence
d'aimer. Aussi retournent-ils contre eux-memes ce sacrifice qu'on leur
demande de leur amour pour que, par le sacrifice de  leur vie, l'amour
puissent triompher dans la mort.
Ce que disent les Evangiles du rachat du monde par l'agneau de Dieu,
Shakespeare le tansfigure a l'echelle d'une Italie mythique. La Bible et
Shakespeare nous rappellent que le sacrifice est anterieur au triomphe
amoureux. Entre la Judee biblique et  l'Angleterre elisabethaine, la mort
des enfants est simplement devenue laique. Sur l'autel de la violence
sacrificielle des origines, la querelle des Capulet et des Montaigu fait
passer la violence fondatrice de l'etat tribal a celui plus desuet de la
famille.

Demandez-vous pourquoi apres le recit de la Creation du Monde suivi de la
genese d'Adam et Eve,  la Bible nous raconte le premier meurtre,  Cain ( le
sedentaire cultivateur) sacrifie son frere Abel (le nomade berger)... Deja
pour une question de jalousie et d'offrande a Dieu... Shakespeare en notre
siecle n'aurait pas choisi l'Italie pour horizon de son theatre mais la
Pologne ou le goulag sovietique, Le Golfe persique, Le Liban, ou le Rwanda.


***L'HORREUR RADICALE DE L'=CATRE FACE A LA MORT AVEC  SON  IRRECONCILIABLE
OPPOSITION A l'AMOUR ET A LA VIE  EST LA TROISIEME UNIVERSALITE' DU
THEATRE***.


voir 2 eme partie texte suivant

(?!)
/_/ o
(@ @)
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Serge Ouaknine
e-mail : r34424@er.uqam.ca
Montreal (Quebec)  Canada
tel:(1-514)2880418
fax:(1-514)2883514
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