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THEATRE MORT ET UNIVERSALITE 2eme partie Serge Ouaknine



UNIVERSEL No4

Le tribalisme des alliances pour vaincre un commun ennemi ou encore  la
force reprimante du pouvoir face a l'incoherence  de l'amour (car l'amour
est toujours un chaos pour le pouvoir,   il est le contraire de l'ordre)
habitent toute l'histoire humaine et, au theatre, bien sure, ou l'amour
doit voir les jeunes tourtereaux triompher des vieux grigous, il gene le
pouvoir l'amour, il denonce l'opacite'  de ces alliances et de ces pouvoirs
qu'il oppose a la transparence des sentiments. L'amour s'oppose a la
manigance des avares, des jaloux (Othello et encore la Flute enchante'e) a
preferer la mort a l'infidelite ou l'infidelite par gout du pouvoir ( scene
connue) ... Est-ce universel? Que l'appartenance a l'amour echappe a
l'arbitraire du politique! C'est un sujet  mille fois universel. Et le
theatre en a use' la corde ad nauseam...

Est universel le principe de l'amplitude des evenements, l'altitude des
sentiments face aux alliances congenitales. Hamlet face a sa mere et son
beau-pere rejoue Oedipe... Les alliances par le sang, la reiteration de la
premiere scene amoureuse des geniteurs et l'usurpation de la scene de leur
pouvoir qui repete avec elle et l'appartenance a la langue, a la nation, a
la promotion d'une classe.

"Les Belles Soeurs" de Tremblay expriment , en creux, l'inconscient
collectif de la societe quebecoise qui, en voie d'emancipation,  reve de
son propre pouvoir et donc de son embourgeoisement ( le partage des biens
et de la jouissance)  anticipe ses neo-gentillhommes montrealais, et en ses
victimes ridicules le reve d'etre collectivement des... precieuses...
Tremblay aura stigmatise, un desir d'appropriation de pouvoir d'une classe
sur ses opresseurs historiques. Moliere aura ete sensible aux memes
tensions, aux memes pressentiments, celui qui entend le remplacement d'une
classe par une autre.
Moliere de ce point de vue, est le fantasmes refoule' de Tremblay  comme le
joual est le refoulement du francais international pour s'approprier un
pouvoir sur l'histoire dont  le Quebec fut depossede'. Toucher a cette
idole c'est du meme coup risquer deconstruire les fantasmes collectifs
d'une societe qui n'a pas encore son independance et qu'on aurait ( pour
quelques jours) souhaite' appeler le "foyer de la francophonie" en Amerique
du Nord... Le joual c'est la francophonie des depossedes. Mais des
l'instant que le Quebec, dans les annees quatre vingt, a eu acces a plus
de prosperite, les pouvoirs publics quebecois ont tout fait pour jeter les
artistes dans le symbolique anonyme et l"l'international". Le pouvoir est
toujours cynique devant ses artistes. Demandez a Moliere ce qu'il pense de
Louis XIV et de ses courtisans...

Les emotions sont brade'es, negocie'es, les reves sont manipule's car le
pouvoir ne veut pas le chaos de l'amour ni le pouvoir des artistes. Le
pouvoir politique veut l'image qui convient a sa propre image de possedant
ou tout est "sous controle".  Et les artistes du theatre sont toujours( je
dis bien toujours) pris entre le reve intime qui veut la reconnaissance
locale et la puissance et l'emancipation de soi qui reve de reconnaissance
universelle. Ce qu'on semble ne pas avoir compris quand j'ai parle' dans
une de mes missives  des tensions dans les pieces de Dubois entre "solitude
et reve de l'universalite'"...
Il s'agit de sortir symboliquement du  provincialisme, du regionalisme. "Ne
Bl=E2mez jamais les b=E9douins" de R-D Dubois correspond au sommet de la
prosperite quebecoise, au moment ou tout Montreal regorge de cafe's a
l'europeenne, fraichement ouverts. Et juste apres c'est la crise. La chute
economique... Et le replis sur la grosse farce comique. Oui,
l'universalite' est un reve d'artiste mais elle se nomme a l'image
seulement de sa propre "emancipation interieure" et dans son contexte qui
prend l'horizon social tout entier pour decor de son paysage intime.
L'artiste ne calcule pas son universlite', meme si  "Love story " fut ecrit
par son auteur "universitaire",  selon une analyse "rigoureuse" (sic)  des
cliches qui marchent bien (l'Amour, la Mort, la Perte) et il fit...un
best-seller, ce qui ne veut pas dire un chef-d'oeuvre.
James Joyce n'a obeit qu'a lui-meme, a sa propre demesure, pas a la
seduction de l'argent ou aux promesses d'un ministere de la culture...

Le desir de pouvoir ou de jouissance justifie la guerre ( que ne ferait-on
pas pour reprendre la belle Helene...), les sacrifices, les delires
d'evasion ou d econquetes ( universels et nombreux au theatre) .  Il y a
des centaines de pieces a decrypter sous cet angle. la crise entre reve de
pouvoir personnel et impossibilite ambiante.

*** LA TENSIONS ENTRE  DESIR ET  POUVOIR ( OU ENTRE  PLAISIR ET CONTROLE)
EST LE QUATRIEME UNIVERSEL DU THEATRE***


UNIVERSEL No5

J'ai assiste en 1965 , a Varsovie a la piece "Les Aieux" de Mickiewicz (
une piece romantique du XIXe siecle polonais, lors de l'une des scenes un
personnage a une vision, il voit comme un hallucine', la resurrection
nationale polonaise venir, il voit  aussi des hordes de soldats... Je ne
comprenais pas un brin de polonais. Mais j'ai fremis en entendant cet
acteur, le silence de la salle etait plus vaste que mille Vatican,  Et puis
il y eut une clameur plus vaste que mille chute de Bastille, suivi d'un
silence pesant. Les quelques officiers russes qui etaient dans la salle se
sont leves et son sortis dignement. Je ne parlais pas la langue. Mais ce
soir la j'eu la certitude que ce peuple tot ou tard se libererait  de
l'occupation sovietique. Il n'y avait aucune complaisance, aucune demesure
narcissique dans la rigueur puissante des applaudissements. Il y avait
seulement la patience retenue, farouche, la deternimation collective d'un
peuple a etre libre.

Ce sentiment *d'alliance* inalienable tous les peuples libres la possede.
Tous les peuples qui ne veulent pas etre des victimes. Tous les peuples qui
par un un silence retenu et une force d'ame force son propre destin. Cela
est universel et nombreuses sont les pieces qui font etat de cette
determination collective au consentement et au sacrifice de quelques un de
ses heros. Cela fait objet de theatre. Cela n'a pas de frontiere. Cela
traverse le temps. Car la force du moment ( l'historicite') de l'Histoire
reconnait une force analogue, a dix milles de lieues de la,  quelle que
soit la facon dont on aura celebre' les noces, les echecs, les martyres et
ou les joies. . Quel que soit le rite qui consacre les personnages dans
leurs alliances ou trahisons.   Je garde toujours en souvenir de cette
experience polonaise comme l' exemple du pouvoir qu'un spectacle peut avoir
sur un public. La rencontre entre la fiction scenique et le moment de
l'histoire.

J'ai assiste', a Paris en 1963-4 ( ?) ( je vous prie d'entendre que je ne
fais pas ici  etalage de ma vie mais que je souhaite sincerement partager
le coeur de ce representer veut dire) la mise en scene de "l'Otage" de
Brenda Brian, avec Vilar lui-meme. Paris etait en pleine guerre d'Algerie.
La condition de l'Irlande face aux Angalis parlait pour les Parisiens car
elle rappelait celle des Algeriens face a la France. La mise en scene de
Vilar =E0 l'Odeon, etait conventionnelle. C'etait les mots que le public
venait entendre, pas le langage sceniqe. Le desir d'un changemnt de
politique. Changement qui devait amener De Gaulle au pouvoir et l'Algerie a
sortir du colonialisme....

Au theatre on aime les personnages qui  se perdent ou qui sont sont perdus
(souvenir subconsciente de la perte et du sacrifice ?): Lear, Hamlet, Dom
Juan, Danton,  Woyzzek, ou Beranger s'oppose a la Loi, de front ou de
biais, celui qui vole avec eclat, avec prouesse le possedent eveille notre
sympathie ( le mythe de Fantomas) -- l'argent, la mort, l'amour et le sexe
s'egalisent .
Celle ou celui qui trangresse le pouvoir usurpe', le pouvoir abusif devient
un heros, une heroine de l'histoire. En eux, comme on dit banalement, se
jouent des themes "universels"... Quant a Faust il fascine mais ne suscite
pas de particulieres sympathies... Prefere-t-on  le libertinage d'un Dom
Juan qui rie de la mort de loin, au cabotinage narcissique d'un Faust qui
s'en approche de trop pres?
La mort , c'est bien mais de loin. La vindicte c'est bien mais elle un son
prix...
Le sacrifice est le salaire de la gloire.


*** LA TRANGRESSION DE LA LOI POUR  L'APPROPRIATION DE SON HISTOIRE COMME
REVE  EMANCIPE' D'UN CORPS COLLECTIF EST LE CINQUIEME UNIVERSEL DU THEATRE.
****

UNIVERSEL No6

Alors nous venons  de comprendre qu'il a des pratiques universelles mais
dans des contextes de disparite'. Il y des thematiques universelles mais
dans des langues et des procedes naratifs  differents.

Si vous ne comprenez pas la symbolique du maniement de l'eventail vous
perdriez quelque chose d'un spectacle de No. Mais meme si vous ne saisissez
pas ce que voit et entend le spectateur japonais,  vous saurez reconnaitre
si les pas  et les rythmes relevent du monde des morts ou des vivants.
Celui qui est sourd et aveugle a cela n'est pas "illettre' " mais au
contraire suralphabetise', aneanti par les conventions du langage ecrit et
parle', limite' jusqu' a l'ostracisme,  dans ses referents, codes,
conventions et disparite'es  linguistiques.

Moliere triomphe au Japon, parce que Moliere a vole' aux Italiens  leurs
sens du geste. Mais Racine  qui a tant en commun avec le rite des morts du
theatre de No ne touche pas le Japon car tous les signes du langage
racinien sont circonscrit a la langue parlee a la sublimation specifique de
la mort dansla cadence d el alangue. Il faudrait la un traducteur de genie
pour reecrire Racine en vers japonais car, oui il y a de la grace
racinienne dans les incantation du No. Il faudrait jouer Racine avec de la
musique et des instruments de No! L'universalite n'est pas homothetique,
terme a terme, elle est une analogie d'univers! Le souffle "litteraire"de
Racine jette une musique quasi rituelle. La langue abstraite de Racine
expire comme un glissement de pas sur le chemin de fleur du No... C'est
dire que l'universalite ne passe pas par le signifie' de la langue mais le
discours scenique qui viendra l'embrasser et la distordre... autremant il y
aurait  une aporie de signes.

L'universalite' n'est pas d'etre identique mais analogue.

Pour rejoindre la si ressemblante ritualisation visuelle et incantatoire
des recits d'outre-tombe du theatre de No il est vital de s'impreigner de
son univers. On pourrait jouer Racine comme du Butto mai spas comme du
Kabuki. C'est que le jansenisme de Racine parle d'une mort presque
fraternelle. Le harakiri est racinien. Pas corneillien. Il y a en Racine
une economie devant la mort qui rend Corneille presque desuet sinon
grotesque...

Chez le premier la mortet le  sacrifices accepte' devoilent  une ampathie
pour la mort, car par elle se joue une limite irrefutable qui renvoie au
vide ou a dieu. A la grace ou a l'abime.

Quant a Corneille il est plus proche du Kabuki... par la forme amphatique
du langage, la force projective de ses caracteres, la demesure des lois
qui divisent emotion et raison, devoir et passion... Corneille en japonais
ca doit etre sublime! Tandis que Corneille est fraternel du Kabuki, deja
plus populaire, plus "theatral" par le grossissement des forces et moins
shintoique, moins meditatif... que celle du No.
Comment puis-je mettre en analogie deux cultures si differente?Interpeller
une universalite pre-linguistique du rite?

Ici deux lumieres se ressemblent bien que n'etant pas semblables.
Les intentions peuvent etre identiques mais les conventions sceniques oppose=
es.

Chez Racine  la scene est une supplique des vivants,  tout se passe "deja"
dans la mort, comme une passion qui a deja eu lieu. Exactement, comme les
ames des personnages de No qui reviennent sur scene, par-dela le monde des
morts, ils viennent rejouer ce qui n'en echappera pas... Il font le
simulacre vrai des vivants pour semer chez les vivants un "effroie
pascalien"  de l'infini... c'est la mort qui revient et dont la supplique
n'attend pas un salut charnel mais un rachat de l'ame.

Dans la tradition biblique, on rachete symboliquement les nouveaux-n=E9s, on
rejoue le salut exemplaire d'Isaac, on se souvient du sacrifice des animaux
au Temple ( la "tragedia juive" est tellement semblable a la "tragedia
grecque"...ce qui les differe et qui est de taille est que l'une choisit la
vie , l'autre retourne "tragiquement" d'ou elle voullait
s'achapper.)..tellement semblable a la "tragedia musulmane" d'Ismael,
d'Otman et d'Ali, tellement semblable a la "tragedia chretienne" de la
Passion du Christ, tellement semblable au sacrifice des vierges azteques au
sommet des pyrammides mexicaines,  tellement semblable  au chapelet de
t=EAtes que recueille la deesse Kali... dans la cosmogonie indienne...

Ici et la et de maniere exactement analogue nous assistons aux retours des
ames qui viennent se racheter par un retour des morts dans la scene des
vivants,  les vivants sont parfois rachetes pour etre epargnes. Ici et la
les ames reviennent par le "karma" de la faute qu'il faut reparer ou payer,
parfois le ciel s'ouvre et un moment de compassion vient  absoudre les
vivants et les defunts d'un meme souffle d'amour.....

Ce qui est universel reside en  cette volonte farouche des humains de
vouloir transcender le temps,  de justifier le comptes des bonnes et
mauvaises actions, de donner du recit reparateur a la disparition des tres
chers, au pourissement de la chair qui nous attend tous.
Quel que soit le lieu ou le fondement de la croyance.

Le "shamanisme" archaique de l'Asie a voyage' a travers l'Orient jusqu'au
coeur de l'Europe... les histoires de vampire de Transylvanie ou de
Hongrie... racontent les memes histoires de tortue, de jeune fille, de
chien, d'enfant ou de renard... des Inuit, des Samoyedes, des Cor=E9ens, des
Tatares. des Mongoles, des Andalous.  La Belle et la b=EAte se retrouvent
quasiement partout, comme  Abla et Antar, Romeo et Juliette, Tristan et
Iseut, Tarzan et Jane, Eloise et Abelar, King Kong et Coca cola.
Tout ce qui est vivant et qui pue veut etre rachete' pour des "fautes"
commises en des vie ant=E9rieures... ou des fautes de cette vie - ci... ou
simplement pour le simple mystere originel d'etre charnellement perisable
et jouissif, d' avoir ete' et d'avoir a disparaitre...

Tout cela est aussi universel que le principe de la repetition est une des
composantes de l'effet comique.

Le Mamamouchi de Moliere ressemble au BozoBoZo-Bozo du Kiogen japonais (
ces petits interludes comiques pour detendre le spectateur du trop serieux
de la ceremonie de No).
Ce n'est pas le contenu seul donc qui fait l'universalite' d'une piece,
d'un rite, mais la facon dont s'inscrit son procede' reparateur. Le rachat
du passe pour permettre le futur et autoriser le present. Son incessante
disparition.
Enfin un dernier recit.

J'ai assiste sur les bords de l'Ocean Pacifique, en Califiornie, a la
ceremonie funeraire d'un ecrivain mort du Sida. Dans son testament il avait
demande' a ses amis de disposer d'une modeste somme d'argent, et de faire
un "party joyeux" devant la mer en souvenir de lui, car il avait, disait-il
bien vecu, bien assume' sa vie et qu'il assumait sa mort comme il avait
vecu.
Il y avait tout sur ce front de mer, pour repondre aux  volontes du defunt,
des lampions tendus entre les palmiers de la plage, de la  musique retro et
pleine d'allant des annees cinquante, des boissons a volonte pour tous les
passants. Certains couples meme tenterent de danser sur le gazon qui
jouxtait la greve.
Mais il y avait un je ne sais quoi , une sorte de parfum de mort entre les
etres.  Je n'etais qu'un passant. Un invite'. Je n'ai pas immediatement
compris. Une lenteur triste et  preignnte dominait les danseurs. C'est que
la tristesse et le deuil l'emportait sur les intensions formelle d'un "rite
pour Lui faire plaisir". La memoire invisible du defunt faisait son
indicible travail dans la voix et le geste des amis.

Cette ambiguite entre les  signes apparents de la fetes et le soupir
informule' des acteurs, la lenteur inconsciente des temoins soudain aux
arr=EAts d'une presence de la mort plus forte que le desir de fete. Tout cel=
a
relevait du theatre. Un theatre a meme le quotidien, en cette Californie
heureuse, ou on se perd si vite dans le kitch , dans l'erzatz de reel.
C'est qu'on  ne force pas les signes, pas plus qu'on ne fait dire a un
texte ce que l'on veut. Les textes porte la memoire de l'imaginaire du
moment de leur naissance,  d'un vecu d'avant les mots et qui arrivent a
destination, meme apres plusieurs siecles.

On peut trahir un texte mais ca se voit et ca s'entend.  Le proces par
lequel il est possible de transgresser les signes premiers de la memoire en
des signes seconds est le veritable et permanent defi de la  la mise en
scene au XXe siecle. Lui seul explique le pouvoir triomphant des metteurs
en scene sur celui second des auteurs, face au relachement de liens qui
s'est lentement renforce' entre la conscience de la mort et le procede
mecanique de reproduction de l'ecrit. L'ecrit imprime' repete une mort de
la parole qui survivait aux mots parle's dans la lettre manuscrite.
L'informatisation qui multiplie a l'infini, en des echos binaires des
lettres et des signes, vide definitivement la parole  de son souvenir de la
mort.
Parler reitere l'existence que la vie nous confirme. Comme la lettre nous
survit dans la lecture de l'autre.

Ce qui meurt universellement pour notre planete, c'est le lien du signe a
sa source. Comme sur cette plage de Californie, la f=EAte reculait sur
l'ecriture de la mer qui egalisait le sable -- laissant en transparence la
memoire du disparu.

Ce clivage a commence' a la Renaissance et n'a cesse' de s'accelerer...
Internet evacue la mort par une acceleration exponentielle de l'amnesie,
conjointe a une urgence du vivre "immediatement" en etat d'ubiquite'. Comme
si la vitesse des messages pouvait nous restituer le sentiment universel
des ames des deux cotes de la mort.

C'est peut etre ici que se trace la frontiere entre le pre-classisisme et
le modernisme ou post-modernisme. Avant, La vie prenait sens dans et par la
mort. Aujourd'hui la mort ne fait plus sens, aussi peut-on la rejoindre
plus facilement par la perte des contrainte que necessitait le quotidien du
vvre et la vie  en deuil de ce qui la reflechissait se trouve n'avoir pas
plus de sens que les mots pour le dire.

Et la syntaxe du theatre a echappe aux litterateurs et c'est "tant mieux".
Pour l'heure. Les auteurs qui sauront traverser cette epreuve du feu seront
les dramaturge du prochain siecle.  La mort a une epaissaeur qui
transparait dans le savoir des vivants et meme si nous  accelerons nos
protheses technologiques pour faire comme si la fete est joyeuse, une
partie de nous se souvient et reclame du theatre l'ecriture de nouveaux
rites.  Tout comme un acteur doit "mourir a lui meme" pour renaitre a ce
qu'il fait dans sa presence a ce qu'il dit.

Culturellement donc a partir d'ici, il n'y a apparemment aucune
universalite possible, car  la vison de la mort et de la vie  ne procede
pas de la  meme metaphysique selon que vous etes de ce cote ci ou ce cote
la de votre memoire. Tous les fondamentalismes religieux, toutes les sectes
ont pour "fondement" la peur de mourir, de ne pas survivre a notre temps ou
de regretter ce qui fut et qui se projette comme du pour toujours predu (
c'est meconnaitre la force de la vie...)  et pour laquelle on peut meme
risquer sa vie.

Le but alors, N'EST PAS QUE L'OEUVRE EXPRIME UNE VERITE "UNIVERSELLE" POUR
TOUS ET QUI SERAIT IDENTIQUEMENT COMPRISE ( le fascisme latent des
religions prise en otage politique a des fins de pouvoir).

LE BUT EST QUE L' OEUVRE D'ART ( son ethique et sa forme) OPERE UN TRAVAIL
SUR L'ETRE ET SUR LA LANGUE QUI NE RELEVE PAS DU SIGNIFIE' MAIS DES
SIGNIFIANCES QU'ELLE EVEILLE.
CE QUI EST UNIVERSEL CE N'EST PAS CE QUE DIT L'OEUVRE MAIS L'EFFET
REPARATEUR QU'ELLE PERMET.

Ceci est la quete d'universalite de l'art de notre siecle.

UNIVERSEL 7

De cela il decoule que le rire est plus universel que la mort. Meme si le
rire use ici et la de conventions dissemblables.
C'est que la mort au theatre ne se partage pas, elle permet une
reconnaissance a l'interieur seulement d'un meme systeme de signes et que
la vie, elle, dans son eprouvante diversite, donne a  Aristophane ou a
Moliere, ou a un griot africain,ou a un conteur arabe, des mecanismes de
deconstruction des signes sociaux et de perpetuations de signes vitaux.
C'est la deconstruction des signes qui est universelle dans le comique (
comme la chute, comme le bon tour joue' au mechant, comme au cocu ignorant
sa condition)  et non l'aspect culurellement particulier qu'il va
emprunter.

C'est vite dit de souligner que "l'Avare" de Moliere est  universel. Ce
n'est pas le trait de caractere qui rend cette piece universelle, comme on
l'apprenait au college... En fait "l'Avare" est une tragedie qui finit
bien. C'est une relation de tension qui veille  a l'inversion des
depossedes en repossedants, et dont l'argent est le signe tangible de la
transaction : la materialite' de l'operation amoureuse salvatrice. par le
bon coup du travestissement.   C'est le triomphe de la jeunesse, celui de
la beaute de l'union des jeunes face a la mort du vieux... Un sacrifice
reussi du "capital"  plus qu'une peinture de caractere. L'inversion de la
condition  est universelle pas le gilet, la crinoline, le parler parisien
ou montrealais.

***Il y a donc une universalite thematique et une universalite des strategie=
s***

Je ne parelerai pas ici de l'universalite des types de jeu ou de l'usage de
l'espace ( le proche et le lointain par exemple) la lateralite de sentrees
et sortie, la mise en abyme detous c equi rentre et sort par la
carnavalisation des roles. Cette discussion nous menerait trop loin pour
cette premier ebauche.

On semble confondre particularisme de la langue ( l'intraduisible, le non
universel) et codification des conventions sceniques. On semble preferer
regarder le vallon linguistique ou s'accumulent toutes les brumes
ethno-centristes  ou nationalistes quand il y a tant de soleil sur les
pentes universelles des formes qui sont au-dessus...
C'est la marge, la transgression de la norme qui justifie le theatre des
minorites , des femmes, des gays et lesbiennes et de toutes les ideologies
nationales ou religieuses qui justifint l'image collective de son propre
corps, et fait de ce corps collectif une identite personnelle. Cela peut se
dire par les mots car la langue est un paradigme puissant de la
theatralite, mais doit se dire par le rite qui accompagne la langue,
autremement la parole n'est qu'un plaidoyer ideologique, un ennui
didactique...

****La necessite d'une convention et d'une grammaire scenique et le
septieme et ultime universel du theatre POUR FAIRE LE TRAVAIL DE
L'OEUVRE****

La  recherche de l'autonomie du langage scenique est  le plus vaste defi
porte' aux langues parle'es et ecrites. L'artiste bouleverse notre
perception, il fait un travail contre la mort et contre le "fascisation du
sens et des signes", il travaille au-dela des donne'es immediates de la
langue, il force ce qu'elle devient. Plus il s'affranchit  de toutes
recuperations politiques, plus la production creative, depuis un siecle,
indique non une fonction normative mais intuitive d'un changement des
formes et des valeurs.

*** L'artiste ne cesse de "faire du mort". Le theatre -- comme tous les
arts -- se demarque d'une semantique hypotheque'e par les figures
propulsives de la  litterature. Il quitte le reseau de la parole mythifie'e
pour celui de "la parole errante", selon l'expression du dramaturge Armand
Gatti.

Selon mon entendement, ###l'universalite' ceN'EST PAS  l'entendement d'une
particularite devenue identique pour tous###. ( reponse a Alvina
Ruprecht... enfin).

L'UNIVERSEL N'EST PAS L'IDENTIQUE ( CAR l'IDENTIQUE C'EST LE TOTALITARISME)
ET TROP D'ETRES SEMBLENT FAIRE CETTE TRAGIQUE CONFUSION.

L'UNIVERSEL C'EST L'ACCESSION A TOUS D'UNE PARTICULARITE ACCESSIBLE ET
INTELLIGIBLE  SELON L'ENTENDEMENT DE CHACUN.
Ce qui devient lisible c'est notre condition ante-mortem. L'Art de notre
temps est un defi lance' a la mort, avec cett seule difference que les
figures qui la detournent changent plus vite.

Ainsi les japonais adore Moliere qu'il comprenne par une forme d'analogie
avec leur Kiogen.   Mais j'ai constate' que dans les pays arabes Moliere
faisait rire de la base au sommet toutes les populations. Peter Brook lors
de son voyage au Mali, pour la preparation des "Iks" d'apres Tornbull ( en
1971) decouvrit  des techniques communes aux africains, aux  conteurs
arabes et aux acteurs de toutes les grammaires du monde.

Le defi  pour notre generation n'est pas de mettre en place des discours
sceniques, mais des ecritures dramaturgiques capables de leur resister.

Et je repete encore non pas pour conclure mais ouvrir:

TOUTE OEUVRE  D'ART OPERE UN TRAVAIL SUR L'ETRE ET SUR LA LANGUE QUI NE
RELEVE PAS DU SIGNIFIE' MAIS DES SIGNIFIANCES QU' ELLE  EVEILLE. CE QUI EST
UNIVERSEL CE N'EST PAS CE QUE DIT L'OEUVRE MAIS L'EFFET REPARATEUR QU'ELLE
PERMET.

La langue sans cesse recr=E9ee assiste au sacrifice de ce qui lui est le plu=
s
cher sur l'autel des signes et du sens. Non pour le non-sens, mais
l'universelle quete du sens par-dela le travail de la mort.


=46in provisoire.
Merci de votre courage

Bien a vous,


(?!)
/_/ o
(@ @)
(*)

+----oOO-----OOo---------+
Serge Ouaknine
e-mail : r34424@er.uqam.ca
Montreal (Quebec)  Canada
tel:(1-514)2880418
fax:(1-514)2883514
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