référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-05/msg00023.html
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Re: amateur et professionnel Guy Spielmann



La derniere intervention de Vincent Cros confirme de facon admirablement
empirique que la dichotomie "amateur vs. pro" n'a de sens au theatre
que---peut-etre---du point de vue du fisc, en n'en a donc que peu pour
nous. Celui qui ne peut pas (ou pas tout a fait) vivre du theatre ne
s'oppose donc pas formellement a celui qui en vit, bien ou
mal. Sinon, a ce compte, qui pourrait se dire "poete professionnel", et
devrait-on en conclure qu'il n'existe pas d'authentique poetes sous
pretexte que personne ne vit exclusivement de ca!? Bien sur que non. Il
ne faut pas confondre "etat" ("je suis acteur") et activite ("je
travaille comme acteur"), meme si les deux peuvent coexister.Pour revenir
a la poesie, on voit que l'immense majorite des poetes exerce une autre
activite professionnelle, souvent dans l'enseignement ou l'edition;
pourquoi ne peut-on en dire autant du theatre? Parce que certains en
vivent? Certes. Mais on ne gagne rien a cultiver la mystique de la galere
du comedien qui se "sacrifie" a son art (entendre, sacrifie le confort
materiel a l'aleatoire de la scene), et a stignatiser les amateurs qui
ont decide de faire quelque chose d'autre "a cote".Croire qu'une passion
ne peut s'exprimer que par un "sacrifice" de ce genre, c'est reprendre un
vieux cliche romantique (voir *La Boheme*!). On peut "se donner"
entierement au theatre sans y engloutir son existence entiere, ne
serait-ce que parce qu'on a d'autres cordes a son arc, et comme le fais
remarquer tres justement V. Cros, ceux qui s'y engloutissent tout entiers
risquent de perdre de vue ce qui existe a l'interieur, et d'etre humains
qui jouent, se transformer en personnages, en fantomes (Pirandello a
l'envers!).Et qu'apporte-t-on au theatre si l'on cesse d'etre
profondement implique dans "le monde"?

GS

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