référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-05/msg00033.html
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Le theatre moderne et la mort (1p.seulement) Serge Ouaknine



Chers amis
/suite et fin / a ma reflexion sur Theatre et Universalite voici
un Post-scriptum ( d e1 simple page...) :

Je souhaite souligner que les textes envoyes sur "Theatre et Universalite"
sont des materiaux bruts, le defrichage d'un terrain. Je mInterroge et
decouvre a haute voix. Je serai tres reconnaissant aupres de tous ceux qui
voudraient bien me faire parvenir des critiques ( sur le reseau ou
personnellement), des remarques, des indications bibliographiques ou des
pistes de recherches, des temoignages d'experiences vecues ou observ=E9es,
ou des questions sur ces themes dont je decouvre l'immensite' du continent:
Theatre et mort , Theatre et sacrifice, Theatre et interculturalite,
Theatre et universalite, Theatre et archetypes, Theatre et Mythe...

Merci.
On a pas eude printemps et c'est bientot l'ete...?
Voici donc une reflexion:

**** Le theatre moderne  et la mort ****

La mort, au theatre, donne la temperature exacte de notre place, face au
monde. Oedipe, Iphigenie, Athalie, Andromaque, Antigone, Medee, Ophelie,
mais aussi Romeo et Juliette nous font entendre le sacrifice des enfants
sur l'autel  de la raison d'Etat, de la loi du clan, du rang, et de
l'ambition. Le sang verse ne peut cesser de couler par cette remission de
peine qu'offrirait l'amour. Pouvoir et Amour se battent autour de la mort.
Peut-il exister une jurisprudence sans victime expiatoire ?

En chaque rapport conflictuel la mort precise sa place dans la Citee, elle
etabit une barriere entre le permis et l'interdit, entre le pur et l'impur,
entre la loi de tous et la marge du revolte. Antigone choisit de mourir
parce qu'elle s'oppose a l'interdit de Creon d'enterrer son frere. Elle
choisit d'enfreindre la Loi du pere, elle s'oppose ainsi a toute la citee,
mais voila que dans  une societe non moins autoritaire et corrompue,
Ophelie se laisse glisser dans l'eau, prefere la fuite a l'opposition; elle
se soumet a la mort par absence de combat et Hamlet n'y peut rien, meme si
lui aussi pour sauver ses principes devra se battre et mourir. Entre
Sophocle et Shakespeare nous passons de la verticalite infaillible de la
Loi a un monde plus oblique et qui doute de la legitimite de ses Lois,
enveloppes dans des replis seulement subjectifs. Shakespeare  montre la
diversite deja moderne des attidudes, quand Sophocle montre
l'unidimensionalite de son temps..

Au tournant du XIX=B0 siecle, alors que l'Europe s'eveille au principe des
nationalites, B=FCchner nous montre un Woyzeck, anonyme, depassionne, victim=
e
sans revolte, il est seulement vaincu, ecrase par une mecanique sociale.
Woyzeck est  un simple jouet. Il tue Marie, sa jeune femme, sans grande
tirade, apres seulement une multitude de petites scenes - portraits de son
ratage - toutes en fragments, presque impressionnistes... Une vie grise et
une mort sans couleurs.

Plus pres de nous, la modernite nous indique une loi encore plus laxiste,
insignifiante. La Loi s'est perdue dans un quotidien banalisee (Queneau,
Tardieu), un quete de demesure (Artaud), un sursaut ironique (Obaldia) ou
une mascarade (Jean Genet), une impossible metaphysique (Beckett), une
critique sociale possible ou impossible (Brecht, Durenmatt, Max Frich),  ou
encore, sa recherche devient le pretexte d'une comedie de moeurs
(Pirandello), une nostalgie bourgeoise, conquerante et parfois bouffonne
(Botho Strauss, Dario Fo), un mystere sordide (Pinter),  une violence
sordide (Arrabal), une banqueroute collective (Mishima). Le meurtre est un
simple "malentendu" (Camus, Sartre) qui confirme l'etat absurde, pathetique
des choses (Ionesco).
Avec Ionesco, "le roi se meurt" mais sans avoir jamais eu de royaume.  Il
nous raconte simplement sa crainte allegorique, sa faiblesse trop humaine
de devoir dispara=EEtre. Quant a Beckett, il acheve, dans les annees
cinquante, la dramaturgie classique.

Nous savons desormais et pour "toujours" que le "dieu cache" de Racine ne
viendra pas, definitivement plus. Nous attendons Godot et rien ne va plus.
Pour Genet, Gombrowicz ou Witkiewicz nous interpellions la mort pour
defaire notre para=EEtre mais - la mort tue elle ne sauve pas -, elle
confirme, a l'echelle de nos representations, la vaste trahison de
l'Histoire (Heiner Muller), la faillite de la Loi.

La mort n'a plus de poids metaphysique, elle n'est pas le revers du vivant
mais du faux. Elle regarde seulement le theatre de notre farce d'exister.
Apres la "chute des idelogies" quel sera le nouveau mythe ?

serge ouaknine
5-5-96

(?!)
/_/ o
(@ @)
(*)

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Serge Ouaknine
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tel:(1-514)2880418
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