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2e partie Theatre et Universel Serge Ouaknine



>Date: Sun, 5 May 1996 12:37:47 -0400
>Reply-To: queatre@uqam.ca
>Originator: queatre@uqam.ca
>Sender: queatre@uqam.ca
>Precedence: none
>From: r34424@er.uqam.ca (Serge Ouaknine)
>To: r34424@er.uqam.ca
>Subject: 2e partie Theatre et Universel
>X-Comment: Liste de discussion en francais sur le theatre
>Mime-Version: 1.0
>
>Cela signifie que AVANT le geste litteraire et AVANT le geste theatral qui
>transforme le destin paien et rituel, en un destin plus "humain" (?) il y
>eut AVANT le THEATRE et, a SA SOURCE, un sacrifice de l'enfant. Un
>sacrifice reel et ... universel. Le theatre comme le mythe est venu
>confirmer une transformation dans le rapport a la survie des ames. La scene
>joue le simulacre de ce qui ne meurt plus. Elle raconte l'abomination qui
>n'aura pas lieu... pour confirmer le passage d'un mode de societe a un
>autre...
>J'ai assiste a nombreux types de rites et a d'innombrables representations
>theatrales. Il n'est pas necessaire de connaitre la langue parle'e ou
>chante'e pour comprendre ce qui est en jeu... la connaitre ajoute des
>informations mais ne les constituent pas. C'est sur ce terrain du non-dit
>que fonctionne l'universalite' du theatre.
>
>Le periple d'Oedipe commence a partir du moment ou le berger prend pitie'
>de l'enfant que l'on veut sacrifier, pour que ne s'accomplisse pas le
>funeste presage de son destin, il lui laisse la vie sauve. Un serpent vient
>mordre le pied d'Oedipe ( en grec Oedipe signifie "pied enfle'") tout comme
>Jacob ( le fils d'Isaac, le fils-epargne' ) sort boiteux de sa lutte avec
>l'ange et qui lui laisse la vie... etc. etc. Quant a Mede'e, elle ne sauve
>pas ses enfants mais perpetue le geste barbare de les sacrifier, pour
>combler sa jalousie de reine trahie par Jason son epoux ( un drame de
>l'avoir que stigmatise la toison d'or)... Voyez vous la force des
>mythes...?
>
>Le christianisme viendra, un temps mettre, un terme a la double tentation
>de rire (la chute/la derision de l'etre) et de pleurer ( la perte/la mort
>d'un avoir) soit -- comedie et tragedie -- en se consacrant exclusivement
>au second sur la gest ed la Passion ( d'ou l'excommunication des comediens
>qui font concurrence ... aux pretres). Mais un theatre populaire aura
>toujours exister pour faire rire de ce qui chute... ou qu'il faut faire
>chuter ... depuis l'antiquite'et jusqu'en Chine et en Coree et au
>Japon...et aux Indes et en Afrique et aux Ameriques dites
>pre-colombiennes... on ritualiser le passage de la mort, la perte par des
>ceremonies sacrificielles et representations de ce qui, mortel, vient se
>venger des vivants ( aux Indes, jusqu'a il n'y a pas si longtemps on
>brulait la veuve pour qu'elle ne survive pa sa son defunt epoux) ou les
>sauver ou encore les instruire du voyage des ames ( tout le courant
>shamanique...).
>
>On a retrouve' a Carthage (Tunisie) des ***milliers*** d'ossements
>d'enfants sacrifie's au Dieu Moloch. Ce meme Dieu dans le ventre duquel on
>brulait les nouveaux-nes dans la vallee de la Gehenne, aux pieds des
>ramparts sud de Jerusalem ( avant la conquete des Hebreux voila 3000 ans)
>-- d'ou le mot de Gehenne pour designer l'Enfer -- d'ou cette survivance de
>representer l'enfer avec des marmites ... Sur les memes lieux de sacrifice
>d'enfants on retrouve des "tophets" ( tombes votives d'enfants sacrifie's)
>non seulement a travers toute la mediterrannee mais tout l'Orient, mais
>jusqu'au plus lointaines premieres dynasties de pre-babylonienne... ont
>enterrait des enfants vivants, sans parler, aux Ameriques, des Olmeques,
>des Azteques et des Mayas... Les Grecs sont un simple regionalisme...
>Entendez-vous, a present pourquoi on joue Antigone en Croatie et en Serbie
>mais pour des raisons ideologiquement differentes mais universellement
>semblables... et Oedipe Roi...et Iphigenie .... cycliquement, avant chaque
>periode de passage a droite d'un regime politique...
>
>Ce n'est pas universel? Mais que fit la Malinche, cette reine Azteque que
>le Conquistator Cortez seduisit et epousa lors de la Conquete du Yucathan
>(Mexique) en 1519. Quand il voulut ramener en Espagne les enfants qu'elle
>eut de lui, bien qu'il detruisit Mexico... elle prefera les tuer avant le
>depart des navires... Ca ne vous rappelle rien? Pourquoi toutes les
>actrices jeunes et moins jeunes revent d'etre Mede'e...ou Iphigenie en
>Aulide...? Que ne sacrifierait-on pas pour que le vent se leve sur les
>navires...d'Agamemnon... mais voila qu'Artemis sauve Iphigenie consentante
>en sacrifiant... une biche!
>Une biche, une chevre, un mouton... Ca ne vous rappelle rien? Quel bonheur
>"non universel", il y a-t-il a rejouer celle qui lache les fruits de son
>ventre du haut des ramparts ou celle qui accepte de tendre le cou a la lame
>de l'ennemi...
>
>Quand nous saluons, Paul Claudel, Jean Genet, Samuel Beckett, Eugene
>Ionesco, Heiner Muller, Marguerite Duras, Arrabal ou Mishima... il faut
>entendre sous leurs textes, la memoire seculaire des sacrifices d'enfants,
>le voyage de la perte et de mort, le passage du geste reel a sa
>metaphore...moderne. Pour les classiques ca parrait plus evident...
>
>****LE SACRIFICE EST LA PREMIERE UNIVERSALITE ONTOLOGIQUE DU THEATRE****.
>
>UNIVERSEL No2
>
>Et cela n'est ni grec, ni chretien mais appartient au funeste patrimoine
>universel de la violence "originelle" et qui a traverse' toute notre
>histoire...La chair des etres brule's est "universelle", elle est la
>premiere couche archeologique du theatre. Et le theatre d'aujourd'hui porte
>phylogenetiquement et ontologiquement la memoire de ces premiers gestes qui
>ont suivi les metamorphoses que vous savez... meme et surtout si c'etait
>"juste pour rire" ou plaire aux sinistres maitres des lieux... comme
>Caligula, Heliogabal, Robespierre ou les Borgia...
>
>Ah! diriez-vous, ah! quel demagogue, il joue sur la sensiblerie, cette mort
>n'est pas comparable a une autre. Aucune mort n'est comparable.. Mais c'est
>si lointain... que l'amnesie en est universelle. Ah! mais vous alignez ce
>qui ne se generalise pas! Mais dites-moi, chere majorite silencieuse, que
>fait d'autre le theatre sinon de tenter une reparation symbolique de notre
>mortalite' camouflee en nos bobos, nos gages, nos filles, nos patries, nos
>peines de coeur et nos malaises, nos reve et nos solidarites, nos craintes
>et notre mal de vivre, nos exils, nos lachetes, nos prises de sangs
>pollue'es et autres trahisons... Que le traitement soit platement lineaire
>ou saussiconne' a la fragmentation decontextualise'e et post-moderne, est
>universel ce qui nous rend impuissant devant l'adversite', impuissant
>devant l' irreversibilite' de la mort. D'ou il advient que tout theatre
>pose une convention, une construction formelle de son rituel ( elles sont
>multiples et transformables) pour restituer precisement une credibilite,
>une coherence a la narration de ce masque sublime que la scene nous offre
>comme vertige de la vraie vie. C'est ce qui fait que nous croyons a la mort
>symbolique des comediens meme si nous savons qu'ils ne meurent pas. C'est
>ce qui explique que pour acceder a un personnage il faille  mourir a
>soi-meme..
>
>****C'EST POUR CONTRER LA MORT QUE L'ON A EDIFIE' UN PARAVENT SYMBOLIQUE
>QUI TROQUE LE SACRIFICE EN SON SIMULACRE . CE MENSONGE, CE RITUEL, CETTE
>CONVENTION QUI CHANGE LE REEL EN FIGURES FICTIONNELLES, LA VIE EN
>PERSONNAGE, CETTE ILLUSION AUTHENTIQUE EST LA SECONDE UNIVERSALITE DU
>THEATRE - ****.
>
>UNIVERSEL No3
>
>La mort habite "tous" les textes classiques et contemporains ( ou presque a
>bien y regarder). Il y aurait une oeuvre entiere a ecrire pour definir les
>relations complexes des heros de theatre face a la mort. Mort qui est
>souvent associee a l'idee de sacrifice. Transfuge, sans doute de vieux
>rites pa=EFens dans la chretiente . Oedipe, Iphigenie, Athalie, Andromaque,
>Antigone, Medee, Ophelie, mais aussi Romeo et Juliette nous font entendre
>le sacrifice des enfants sur l'autel de la raison d'=C9tat, de la loi du
>clan, du rang, de l'ambition et du pouvoir. Le sang verse' ne peut cesser
>de couler par cette remission de peine qu'offrirait l'amour. Pouvoir et
>Amour se battent autour de la mort. Peut-il exister une jurisprudence sans
>victime expiatoire ? Il y a t-il theme moins universel ?
>En chaque rapport conflictuel, la mort precise sa place. Si Antigone
>choisit de mourir parce qu'elle s'oppose a l'interdit de Creon d'enterrer
>son frere selon les rites, interdiction qu'elle choisit d'enfreindre et qui
>marque son pouvoir amoureux contre le pouvoir politique, nous voyons
>Ophelie se laisser glisser dans l'eau, se soumettre a la mort. Son absence
>de combat hautement symbolique est la premiere annonce des anti-heros,
>l'intuition ombrageuse des nauvrages romantiques.. Antigone solaire,
>Ophelie lunaire, partagent la meme jeunesse mais pas la meme mort. Ophelie
>fait entrer Antigone dans le monde moderne. Elle en est la doublure
>negative. Entre Sophocle et Shakespeare nous passons de la verticalite
>infaillible de la Loi a un monde plus oblique et qui doute de la legitimite
>de ses principes, enveloppe's dans des replis seulement subjectifs. La Loi
>s'est retiree du ciel d'Hamlet qui ne peut que constater la faillite des
>parents dans le desir-mourir de l'adolescente.
>
>La mort, au theatre, donne la temperature exacte de notre place face au
>monde. Son traitement est notre implacable barometre.
>
>Au tournant du XIX=B0 siecle, alors que l'Europe s'eveille au principe des
>nationalites, B=FCchner nous montre un Woyzeck anonyme, depassionne', victi=
me
>sans revolte, il est seulement vaincu, ecrase' par une mecanique sociale.
>Woyzeck est un simple jouet. Il tue Marie, sa jeune femme, sans grande
>tirade, apres seulement une multitude de petites scenes - portraits de son
>ratage - toutes en fragments, presque impressionnistes... Une vie grise et
>une mort sans couleur.
>
>Plus pres de nous, l'apres-guerre nous indique une loi encore plus laxiste,
>insignifiante. Chez Ionesco, son "roi se meurt" mais sans avoir jamais eu
>de royaume.. Il nous raconte simplement sa crainte allegorique, sa
>faiblesse trop humaine de devoir dispara=EEtre sans avoir signer son temps =
et
>moins encore sa vie. Quant a Beckett, il acheve, dans les annees cinquante,
>la dramaturgie classique. En lui, et pour "toujours" comme dirait Winnie,
>le "dieu cache'" de Racine vient a mourir, il ne viendra pas,
>definitivement plus. Nous attendons Godot. Pour Genet, Gombrowicz ou
>Witkiewicz la vie est un simulacre, mourir est un the=E2tre qui reclame de
>vrai mascarades, pour Pirandello un jeu dans le jeu que se donnent les
>r=F4les. Ce simulacre face a la mort n'est pas tragique, il signe par
>l'articifice ou la mise en abime, une possible verite et qui pourrait
>triompher de la representation, un sursaut du vivant contre la faillite de
>l'=EAtre. Avec Camus, la mort, le meurtre sont un simple malentendu qui
>confirme l'etat absurde des choses.
>
>En ce XXe siecle finissant, la mort est le sous-texte entendu d'une
>banqueroute collective. La rupture surrealiste aura fini, ni en revelation
>ni en mascarade mais en constat formaliste du vide. Toutes les pieces de
>Sophocle ne nous sont pas parvenues mais il est sur, qu'apres Auschwitz,
>Oedipe a Colone n'est plus qu'une figure mytholo/gisante. La mort a rejoint
>le reel et en a epuise' tout le theatre possible. Le nazisme a rendu la
>mort irrepresentable. Il en a banalise le repere par lequel se nommaient
>les vivants. Pour nous qui venont apres elle est simplement devenue un
>arret de jouissance, une fin de consommation, le salaire de la drogue, le
>viol du sang, le Sida. La mort s'est introvertie et meme si elle passe a la
>tele' est-elle encore une affaire prive'e ou banalise'e ( elle peut meme se
>choisir et pas pour honorer le respect d'une ame devant les Dieux). La mort
>est ce qui interromp le jouir . Elle etait la comme origine. La mort est
>morte en meme tant que l'idee de Dieu. Oedipe s'est replie' dans les
>meandres de la symbolique psychanalytique. Il ne represente plus une nation
>mais des solitudes.
>
>Tout comme les amours de Romeo et Juliette qui sont des amours d'enfants
>etrangers a la violence sacrificielle. Ils ne connaissent que la violence
>d'aimer. Aussi retournent-ils contre eux-memes ce sacrifice qu'on leur
>demande de leur amour pour que, par le sacrifice de leur vie, l'amour
>puissent triompher dans la mort.
>Ce que disent les Evangiles du rachat du monde par l'agneau de Dieu,
>Shakespeare le tansfigure a l'echelle d'une Italie mythique. La Bible et
>Shakespeare nous rappellent que le sacrifice est anterieur au triomphe
>amoureux. Entre la Judee biblique et l'Angleterre elisabethaine, la mort
>des enfants est simplement devenue laique. Sur l'autel de la violence
>sacrificielle des origines, la querelle des Capulet et des Montaigu fait
>passer la violence fondatrice de l'etat tribal a celui plus desuet de la
>famille.
>
>Demandez-vous pourquoi apres le recit de la Creation du Monde suivi de la
>genese d'Adam et Eve, la Bible nous raconte le premier meurtre, Cain ( le
>sedentaire cultivateur) sacrifie son frere Abel (le nomade berger)... Deja
>pour une question de jalousie et d'offrande a Dieu... Shakespeare en notre
>siecle n'aurait pas choisi l'Italie pour horizon de son theatre mais la
>Pologne ou le goulag sovietique, le Golfe persique, le Liban, ou le Rwanda.
>
>
>
>***L'HORREUR RADICALE DE L'ETRE FACE A LA MORT AVEC SON IRRECONCILIABLE
>OPPOSITION A l'AMOUR ET A LA VIE EST LA TROISIEME UNIVERSALITE' DU
>THEATRE***.
>
>
>voir 3 eme partie texte suivant
>
>
>              (?!)
>        /_/ o
>        (@ @)
>        (*)
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>Serge Ouaknine
>e-mail : r34424@er.uqam.ca
>Montreal (Quebec)  Canada
>tel:(1-514)2880418
>fax:(1-514)2883514
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