référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-05/msg00036.html
     Chronologie       
     Conversation       

3e partie Theatre et Universel Serge Ouaknine



>Date: Sun, 5 May 1996 12:59:36 -0400
>Reply-To: queatre@uqam.ca
>Originator: queatre@uqam.ca
>Sender: queatre@uqam.ca
>Precedence: none
>From: r34424@er.uqam.ca (Serge Ouaknine)
>To: r34424@er.uqam.ca
>Subject: 3e partie Theatre et Universel
>X-Comment: Liste de discussion en francais sur le theatre
>Mime-Version: 1.0
>
> suite et fin: 3 e partie
>
>UNIVERSEL No4
>
>Le tribalisme des alliances pour vaincre un commun ennemi ou encore la
>force reprimante du pouvoir face a l'incoherence de l'amour (car l'amour
>est toujours un chaos pour le pouvoir, il est le contraire de l'ordre)
>habitent toute l'histoire humaine et, au theatre, bien sure, ou l'amour
>doit voir les jeunes tourtereaux triompher des vieux grigoux, il gene le
>pouvoir l'amour, il denonce l'opacite' de ces alliances et de ces pouvoirs
>qu'il oppose a la transparence des sentiments. L'amour s'oppose a la
>manigance des avares, des jaloux (Othello et encore la Flute enchante'e) a
>preferer la mort a l'infidelite ou l'infidelite par gout du pouvoir ( scene
>connue) ... Est-ce universel? Que l'appartenance a l'amour echappe a
>l'arbitraire du politique! C'est un sujet mille fois universel. Et le
>theatre en a use' la corde ad nauseam...
>
>Est universel le principe de l'amplitude des evenements, l'altitude des
>sentiments face aux alliances congenitales. Hamlet face a sa mere et son
>beau-pere rejoue Oedipe... Les alliances par le sang, la reiteration de la
>premiere scene amoureuse des geniteurs et l'usurpation de la scene de leur
>pouvoir qui repete avec elle et l'appartenance a la langue, a la nation, a
>la promotion d'une classe.
>
>"Les Belles Soeurs" de Tremblay expriment , en creux, l'inconscient
>collectif de la societe quebecoise qui, en voie d'emancipation, reve de son
>propre pouvoir et donc de son embourgeoisement ( le partage des biens et de
>la jouissance) anticipe ses neo-gentillhommes montrealais, et en ses
>victimes ridicules le reve d'etre collectivement des... precieuses...
>Tremblay aura stigmatise, un desir d'appropriation de pouvoir d'une classe
>sur ses opresseurs historiques. Moliere aura ete sensible aux memes
>tensions, aux memes pressentiments, celui qui entend le remplacement d'une
>classe par une autre.
>Moliere de ce point de vue, est le fantasmes refoule' de Tremblay comme le
>joual est le refoulement du francais international pour s'approprier un
>pouvoir sur l'histoire dont le Quebec fut depossede'. Toucher a cette idole
>c'est du meme coup risquer deconstruire les fantasmes collectifs d'une
>societe qui n'a pas encore son independance et qu'on aurait ( pour quelques
>jours) souhaite' appeler le "foyer de la francophonie" en Amerique du
>Nord... Le joual c'est la francophonie des depossedes. Mais des l'instant
>que le Quebec, dans les annees quatre vingt, a eu acces a plus de
>prosperite, les pouvoirs publics quebecois ont tout fait pour jeter les
>artistes dans le symbolique anonyme et l"l'international". Le pouvoir est
>toujours cynique devant ses artistes. Demandez a Moliere ce qu'il pense de
>Louis XIV et de ses courtisans...
>
>Les emotions sont brade'es, negocie'es, les reves sont manipule's car le
>pouvoir ne veut pas le chaos de l'amour ni le pouvoir des artistes. Le
>pouvoir politique veut l'image qui convient a sa propre image de possedant
>ou tout est "sous controle". Et les artistes du theatre sont toujours( je
>dis bien toujours) pris entre le reve intime qui veut la reconnaissance
>locale et la puissance et l'emancipation de soi qui reve de reconnaissance
>universelle. Ce qu'on semble ne pas avoir compris quand j'ai parle' dans
>une de mes missives des tensions dans les pieces de Dubois entre "solitude
>et reve de l'universalite'"...
>Il s'agit de sortir symboliquement du provincialisme, du regionalisme. "Ne
>Bl=E2mez jamais les b=E9douins" de R-D Dubois correspond au sommet de la
>prosperite quebecoise, au moment ou tout Montreal regorge de cafe's a
>l'europeenne, fraichement ouverts. Et juste apres c'est la crise. La chute
>economique... Et le replis sur la grosse farce comique. Oui,
>l'universalite' est un reve d'artiste mais elle se nomme a l'image
>seulement de sa propre "emancipation interieure" et dans son contexte qui
>prend l'horizon social tout entier pour decor de son paysage intime.
>
>L'artiste ne calcule pas son universalite', meme si "Love story " fut ecrit
>par son auteur "universitaire", selon une analyse "rigoureuse" (sic) des
>cliches qui marchent bien (l'Amour, la Mort, la Perte) et il fit...un
>best-seller, ce qui ne veut pas dire un chef-d'oeuvre.
>
>James Joyce n'a obeit qu'a lui-meme, a sa propre demesure, pas a la
>seduction de l'argent ou aux promesses d'un ministere de la culture...
>
>Le desir de pouvoir ou de jouissance justifie la guerre ( que ne ferait-on
>pas pour reprendre la belle Helene...), les sacrifices, les delires
>d'evasion ou de conquetes ( universels et nombreux au theatre) . Il y a des
>centaines de pieces a decrypter sous cet angle. la crise entre reve de
>pouvoir personnel et impossibilite ambiante.
>
>*** LA TENSIONS ENTRE DESIR ET POUVOIR ( OU ENTRE PLAISIR ET CONTROLE) EST
>LE QUATRIEME UNIVERSEL DU THEATRE***
>
>
>UNIVERSEL No5
>
>J'ai assiste en 1965 , a Varsovie a la piece "Les Aieux" de Mickiewicz (
>une piece romantique du XIXe siecle polonais). Lors de l'une des scenes,
>quasiment prophetique,  un personnage a une vision, il voit comme un
>hallucine', la resurrection nationale polonaise venir, il voit aussi des
>hordes de soldats... Je ne comprenais pas un brin de polonais. Mais j'ai
>fremis en entendant cet acteur, le silence de la salle etait plus vaste que
>mille Vatican, Et puis il y eut une clameur plus vaste que mille chute de
>Bastille, suivi d'un silence pesant. Les quelques officiers russes qui
>etaient dans la salle se sont leves et sont sortis dignement. Je ne parlais
>pas la langue. Mais ce soir la j'eu la certitude que ce peuple tot ou tard
>se libererait de l'occupation sovietique. Il n'y avait aucune complaisance,
>aucune demesure narcissique dans la rigueur puissante des applaudissements.
>Il y avait seulement la patience retenue, farouche, la deternimation
>collective d'un peuple a etre libre.
>
>Ce sentiment *d'alliance* inalienable tous les peuples libres le possede.
>Tous les peuples qui ne veulent pas etre des victimes. Tous les peuples qui
>par un silence retenu et une force d'ame force son propre destin. Cela est
>universel et nombreuses sont les pieces qui font etat de cette
>determination collective au consentement et au sacrifice de quelques un de
>ses heros. Cela fait objet de theatre. Cela n'a pas de frontiere. Cela
>traverse le temps. Car la force du moment (l'historicite') de l'Histoire
>reconnait une force analogue, a dix milles lieues de la, quelle que soit la
>facon dont on aura celebre' les noces, les echecs, les martyres et ou les
>joies. . Quel que soit le rite qui consacre les personnages dans leurs
>alliances ou trahisons. Je garde toujours en souvenir cette experience
>polonaise comme l' exemple du pouvoir qu'un spectacle peut avoir sur un
>public. La rencontre entre la fiction scenique et le moment de l'histoire.
>
>J'ai assiste', a Paris en 1963-4 ( ?) ( je vous prie d'entendre que je ne
>fais pas ici etalage de ma vie mais que je souhaite sincerement partager le
>coeur de ce representer veut dire) la mise en scene de "l'Otage" de Brenda
>Brian, avec Vilar lui-meme. Paris etait en pleine guerre d'Algerie. La
>condition de l'Irlande face aux Angalis parlait pour les Parisiens car elle
>rappelait celle des Algeriens face a la France. La mise en scene de Vilar =
=E0
>l'Odeon, etait conventionnelle. C'etait les mots que le public venait
>entendre, pas le langage sceniqe. Le desir d'un changemnt de politique.
>Changement qui devait amener De Gaulle au pouvoir et l'Algerie a sortir du
>colonialisme....
>
>Au theatre on aime les personnages qui se perdent ou qui sont sont perdus
>(souvenir subconsciente de la perte et du sacrifice ?): Lear, Hamlet, Dom
>Juan, Danton, Woyzeck, ou Beranger s'oppose a la Loi, de front ou de biais,
>celui qui vole avec eclat, avec prouesse le possedent eveille notre
>sympathie ( le mythe de Fantomas) -- l'argent, la mort, l'amour et le sexe
>s'egalisent .
>Celle ou celui qui trangresse le pouvoir usurpe', le pouvoir abusif devient
>un heros, une heroine de l'histoire. En eux, comme on dit banalement, se
>jouent des themes "universels"... Quant a Faust il fascine mais ne suscite
>pas de particulieres sympathies... Prefere-t-on le libertinage d'un Dom
>Juan qui rie de la mort de loin, au cabotinage narcissique d'un Faust qui
>s'en approche de trop pres?
>La mort, c'est bien mais de loin. La vindicte c'est bien mais elle a son
>prix...
>Le sacrifice est le salaire de la gloire.
>
>
>*** LA TRANGRESSION DE LA LOI POUR L'APPROPRIATION DE SON HISTOIRE COMME
>REVE EMANCIPE' D'UN CORPS COLLECTIF EST LE CINQUIEME UNIVERSEL DU THEATRE.
>****
>
>UNIVERSEL No6
>
>Alors nous venons de comprendre qu'il a des pratiques universelles mais
>dans des contextes de disparite'. Il y a des thematiques universelles mais
>dans des langues et des procedes narratifs differents.
>
>Si vous ne comprenez pas la symbolique du maniement de l'eventail vous
>perdriez quelque chose d'un spectacle de No. Mais meme si vous ne saisissez
>pas ce que voit et entend le spectateur japonais, vous saurez reconnaitre
>si les pas et les rythmes relevent du monde des morts ou des vivants. Celui
>qui est sourd et aveugle a cela n'est pas "illettre' " mais au contraire
>suralphabetise', aneanti par les conventions du langage ecrit et parle',
>limite' jusqu' a l'ostracisme, dans ses referents, codes, conventions et
>disparite'es linguistiques.
>
>Moliere triomphe au Japon, parce que Moliere a vole' aux Italiens leurs
>sens du geste. Mais Racine qui a tant en commun avec le rite des morts du
>theatre de No ne touche pas le Japon car tous les signes du langage
>racinien sont circonscrits a la langue parlee a la sublimation specifique
>de la mort dans la cadence de la langue. Il faudrait la un traducteur de
>genie pour reecrire Racine en vers japonais car, oui il y a de la grace
>racinienne dans les incantations du No.
>Il faudrait jouer Racine avec de la musique et des instruments de No!
>L'universalite n'est pas homothetique, terme a terme, elle est une analogie
>d'univers! Le souffle "litteraire"de Racine jette une musique quasi
>rituelle. La langue abstraite de Racine expire comme un glissement de pas
>sur le chemin de fleur du No... C'est dire que l'universalite ne passe pas
>par le signifie' de la langue mais le discours scenique qui viendra
>l'embrasser et la distordre... autremant il y aurait une aporie de signes.
>
>L'universalite' n'est pas d'etre identique mais analogue.
>
>Pour rejoindre la si ressemblante ritualisation visuelle et incantatoire
>des recits d'outre-tombe du theatre de No il est vital de s'impreigner de
>son univers. On pourrait jouer Racine comme du Butto mais pas comme du
>Kabuki. C'est que le jansenisme de Racine parle d'une mort presque
>fraternelle. Le harakiri est racinien. Pas corneillien. Il y a en Racine
>une economie devant la mort qui rend Corneille presque desuet sinon
>grotesque...
>
>Chez le premier la mort et le sacrifice accepte' devoilent une ampathie
>pour la mort, car par elle se joue une limite irrefutable qui renvoie au
>vide ou a dieu. A la grace ou a l'abime.
>
>Quant a Corneille il est plus proche du Kabuki... par la forme amphatique
>du langage, la force projective de ses caracteres, la demesure des lois qui
>divisent emotion et raison, devoir et passion... Corneille en japonais ca
>doit etre sublime! Tandis que Corneille est fraternel du Kabuki, deja plus
>populaire, plus "theatral" par le grossissement des forces et moins
>shintoique, moins meditatif... que celle du No. Comment puis-je mettre en
>analogie deux cultures si differentes? Interpeller une universalite
>pre-linguistique du rite?
>
>Ici deux lumieres se ressemblent bien que n'etant pas semblables. Les
>intentions peuvent etre identiques mais les conventions sceniques opposees.
>
>
>Chez Racine la scene est une supplique des vivants, tout se passe "deja"
>dans la mort, comme une passion qui a deja eu lieu. Exactement, comme les
>ames des personnages de No qui reviennent sur scene, par-dela le monde des
>morts, ils viennent rejouer ce qui n'en echappera pas... Il font le
>simulacre vrai des vivants pour semer chez les vivants un "effroie
>pascalien" de l'infini... c'est la mort qui revient et dont la supplique
>n'attend pas un salut charnel mais un rachat de l'ame.
>
>Dans la tradition biblique, on rachete symboliquement les nouveaux-n=E9s, o=
n
>rejoue le salut exemplaire d'Isaac, on se souvient du sacrifice des animaux
>au Temple ( la "tragedia juive" est tellement semblable a la "tragedia
>grecque"...ce qui les differe et qui est de taille est que l'une choisit la
>vie,l'autre retourne "tragiquement" d'ou elle voullait
>s'achapper.)..tellement semblable a la "tragedia musulmane" d'Ismael,
>d'Otman et d'Ali, tellement semblable a la "tragedia chretienne" de la
>Passion du Christ, tellement semblable au sacrifice des vierges azteques au
>sommet des pyrammides mexicaines, tellement semblable au chapelet de t=EAte=
s
>que recueille la deesse Kali... dans la cosmogonie indienne...
>

(?!)
/_/ o
(@ @)
(*)

+----oOO-----OOo---------+
Serge Ouaknine
e-mail : r34424@er.uqam.ca
Montreal (Quebec)  Canada
tel:(1-514)2880418
fax:(1-514)2883514
+------------------------+
























------------------------------