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3e partie 2/2 Theatre et Universel Serge Ouaknine



>Date: Sun, 5 May 1996 12:59:36 -0400
>Reply-To: queatre@uqam.ca
>Originator: queatre@uqam.ca
>Sender: queatre@uqam.ca
>Precedence: none
>From: r34424@er.uqam.ca (Serge Ouaknine)
>To: r34424@er.uqam.ca
>Subject: 3e partie Theatre et Universel
>X-Comment: Liste de discussion en francais sur le theatre
>Mime-Version: 1.0
>
>Ici et la et de maniere exactement analogue nous assistons aux retours
>desames qui viennent se racheter par un retour des morts dans la scene des
>vivants, les vivants sont parfois rachetes pour etre epargnes. Ici et la
>les ames reviennent par le "karma" de la faute qu'il faut reparer ou payer,
>parfois le ciel s'ouvre et un moment de compassion vient absoudre les
>vivants et les defunts d'un meme souffle d'amour.....
>
>Ce qui est universel reside en cette volonte farouche des humains de
>vouloir transcender le temps, de justifier le comptes des bonnes et
>mauvaises actions, de donner du recit reparateur a la disparition des tres
>chers, au pourissement de la chair qui nous attend tous. Quel que soit le
>lieu ou le fondement de la croyance.
>
>Le "shamanisme" archaique de l'Asie a voyage' a travers l'Orient jusqu'au
>coeur de l'Europe... les histoires de vampire de Transylvanie ou de
>Hongrie... racontent les memes histoires de tortue, de jeune fille, de
>chien, d'enfant ou de renard... des Inuits, des Samoyedes, des Cor=E9ens, d=
es
>Tatares. des Mongols, des Andalous. La Belle et la b=EAte se retrouvent
>quasiement partout, comme Abla et Antar, Romeo et Juliette, Tristan et
>Iseut, Tarzan et Jane, Eloise et Abelar, King Kong et Coca cola. Tout ce
>qui est vivant et qui pue veut etre rachete' pour des "fautes" commises en
>des vie ant=E9rieures... ou des fautes de cette vie - ci... ou simplement
>pour le simple mystere originel d'etre charnellement perisable et jouissif,
>d' avoir ete' et d'avoir a disparaitre...
>
>Tout cela est aussi universel que le principe de la repetition est une des
>composantes de l'effet comique.
>
>Le Mamamouchi de Moliere ressemble au BozoBoZo-Bozo du Kiogen japonais (
>ces petits interludes comiques pour detendre le spectateur du trop serieux
>de la ceremonie de No).
>Ce n'est pas le contenu seul donc qui fait l'universalite' d'une piece,
>d'un rite, mais la facon dont s'inscrit son procede' reparateur. Le rachat
>du passe pour permettre le futur et autoriser le present. Son incessante
>disparition.
>
>Enfin un dernier recit:
>
>J'ai assiste sur les bords de l'Ocean Pacifique, en Califiornie, a la
>ceremonie funeraire d'un ecrivain mort du Sida. Dans son testament il avait
>demande' a ses amis de disposer d'une modeste somme d'argent, et de faire
>un "party joyeux" devant la mer en souvenir de lui, car il avait, disait-il
>bien vecu, bien assume' sa vie et qu'il assumait sa mort comme il avait
>vecu.
>Il y avait tout sur ce front de mer, pour repondre aux volontes du defunt,
>des lampions tendus entre les palmiers de la plage, de la musique retro et
>pleine d'allant des annees cinquante, des boissons a volonte pour tous les
>passants. Certains couples meme tenterent de danser sur le gazon qui
>jouxtait la greve.
>Mais il y avait un je ne sais quoi , une sorte de parfum de mort entre les
>etres. Je n'etais qu'un passant. Un invite'. Je n'ai pas immediatement
>compris. Une lenteur triste et preignnte dominait les danseurs. C'est que
>la tristesse et le deuil l'emportait sur les intentions formelle d'un "rite
>pour Lui faire plaisir". La memoire invisible du defunt faisait son
>indicible travail dans la voix et le geste des amis.
>
>Cette ambiguite entre les signes apparents de la fete et le soupir
>informule' des acteurs, la lenteur inconsciente des temoins soudain aux
>arr=EAts d'une presence de la mort plus forte que le desir de fete. Tout ce=
la
>relevait du theatre. Un theatre a meme le quotidien, en cette Californie
>heureuse, ou on se perd si vite dans le kitch , dans l'erzatz de reel.
>C'est qu'on ne force pas les signes, pas plus qu'on ne fait dire a un texte
>ce que l'on veut. Les textes portent la memoire de l'imaginaire du moment
>de leur naissance, d'un vecu d'avant les mots et qui arrivent a
>destination, meme apres plusieurs siecles.
>
>On peut trahir un texte mais ca se voit et ca s'entend. Le proces par
>lequel il est possible de transgresser les signes premiers de la memoire en
>des signes seconds est le veritable et permanent defi de la la mise en
>scene au XXe siecle. Lui seul explique le pouvoir triomphant des metteurs
>en scene sur celui second des auteurs, face au relachement de liens qui
>s'est lentement renforce' entre la conscience de la mort et le procede
>mecanique de reproduction de l'ecrit. L'ecrit imprime' repete une mort de
>la parole qui survivait aux mots parle's dans la lettre manuscrite.
>L'informatisation qui multiplie a l'infini, en des echos binaires des
>lettres et des signes, vide definitivement la parole de son souvenir de la
>mort.
>Parler reitere l'existence que la vie nous confirme. Comme la lettre nous
>survit dans la lecture de l'autre.
>
>Ce qui meurt universellement pour notre planete, c'est le lien du signe a
>sa source. Comme sur cette plage de Californie, la f=EAte reculait sur
>l'ecriture de la mer qui egalisait le sable -- laissant en transparence la
>memoire du disparu.
>
>Ce clivage a commence' a la Renaissance et n'a cesse' de s'accelerer...
>Internet evacue la mort par une acceleration exponentielle de l'amnesie,
>conjointe a une urgence du vivre "immediatement" en etat d'ubiquite'. Comme
>si la vitesse des messages pouvait nous restituer le sentiment universel
>des ames des deux cotes de la mort.
>
>C'est peut etre ici que se trace la frontiere entre le pre-classisisme et
>le modernisme ou post-modernisme. Avant, La vie prenait sens dans et par la
>mort. Aujourd'hui la mort ne fait plus sens, aussi peut-on la rejoindre
>plus facilement par la perte des contrainte que necessitait le quotidien du
>vvre et la vie en deuil de ce qui la reflechissait se trouve n'avoir pas
>plus de sens que les mots pour le dire.
>
>Et la syntaxe du theatre a echappe aux litterateurs et c'est "tant mieux".
>Pour l'heure. Les auteurs qui sauront traverser cette epreuve du feu seront
>les dramaturge du prochain siecle. La mort a une epaissaeur qui transparait
>dans le savoir des vivants et meme si nous accelerons nos protheses
>technologiques pour faire comme si la fete etait joyeuse, une partie de
>nous se souvient et reclame du theatre l'ecriture de nouveaux rites. Tout
>comme un acteur doit "mourir a lui meme" pour renaitre a ce qu'il fait dans
>sa presence a ce qu'il dit.
>
>Culturellement donc a partir d'ici, il n'y a apparemment aucune
>universalite possible, car la vison de la mort et de la vie ne procede pas
>de la meme metaphysique selon que vous etes de ce cote ci ou ce cote la de
>votre memoire. Tous les fondamentalismes religieux, toutes les sectes ont
>pour "fondement" la peur de mourir, de ne pas survivre a notre temps ou de
>regretter ce qui fut et qui se projette comme du pour toujours predu (
>c'est meconnaitre la force de la vie...) et pour laquelle on peut meme
>risquer sa vie.
>
>Le but alors, N'EST PAS QUE L'OEUVRE EXPRIME UNE VERITE "UNIVERSELLE" POUR
>TOUS ET QUI SERAIT IDENTIQUEMENT COMPRISE ( le fascisme latent des
>religions prise en otage politique a des fins de pouvoir).
>
>LE BUT EST QUE L' OEUVRE D'ART ( son ethique et sa forme) OPERE UN TRAVAIL
>SUR L'ETRE ET SUR LA LANGUE QUI NE RELEVE PAS DU SIGNIFIE' MAIS DES
>SIGNIFIANCES QU'ELLE EVEILLE.
>CE QUI EST UNIVERSEL CE N'EST PAS CE QUE DIT L'OEUVRE MAIS L'EFFET
>REPARATEUR QU'ELLE PERMET.
>
>Ceci est la quete d'universalite de l'art de notre siecle.
>
>UNIVERSEL 7
>
>La mort au theatre ne se partage pas, elle permet une reconnaissance a
>l'interieur seulement d'un meme systeme de signes et que la vie, elle, dans
>son eprouvante diversite, donne a Aristophane ou a Moliere, ou a un griot
>africain,ou a un conteur arabe, des mecanismes de deconstruction des signes
>sociaux et de perpetuations de signes vitaux. C'est la deconstruction des
>signes qui est universelle dans le comique ( comme la chute, comme le bon
>tour joue' au mechant, comme au cocu ignorant sa condition) et non l'aspect
>culurellement particulier qu'il va emprunter.
>De cela il decoule que le rire est plus universel que la mort. Meme si le
>rire use ici et la de conventions dissemblables.
>
>C'est vite dit de souligner que "l'Avare" de Moliere est universel. Ce
>n'est pas le trait de caractere qui rend cette piece universelle, comme on
>l'apprenait au college... En fait "l'Avare" est une tragedie qui finit
>bien. C'est une relation de tension qui veille a l'inversion des depossedes
>en repossedants, et dont l'argent est le signe tangible de la transaction :
>la materialite' de l'operation amoureuse salvatrice. par le bon coup du
>travestissement. C'est le triomphe de la jeunesse, celui de la beaute de
>l'union des jeunes face a la mort du vieux... Un sacrifice reussi du
>"capital" plus qu'une peinture de caractere. L'inversion de la condition
>est universelle pas le gilet, la crinoline, le parler parisien ou
>montrealais.
>
>***Il y a donc une universalite thematique et une universalite des
>strategies***
>
>Je ne parelerai pas ici de l'universalite des types de jeu ou de l'usage de
>l'espace (le proche et le lointain par exemple) la lateralite des entrees
>et sorties, la mise en abyme detous c equi rentre et sort par la
>carnavalisation des roles. Cette discussion nous menerait trop loin pour
>cette premiere ebauche.
>
>On semble confondre particularisme de la langue ( l'intraduisible, le non
>universel) et codification des conventions sceniques. On semble preferer
>regarder le vallon linguistique ou s'accumulent toutes les brumes
>ethno-centristes ou nationalistes quand il y a tant de soleil sur les
>pentes universelles des formes qui sont au-dessus... C'est la marge, la
>transgression de la norme qui justifie le theatre des minorites , des
>femmes, des gays et lesbiennes et de toutes les ideologies nationales ou
>religieuses qui justifint l'image collective de son propre corps, et fait
>de ce corps collectif une identite personnelle. Cela peut se dire par les
>mots car la langue est un paradigme puissant de la theatralite, mais doit
>se dire par le rite qui accompagne la langue, autremement la parole n'est
>qu'un plaidoyer ideologique, un ennui didactique...
>
>****La necessite d'une convention et d'une grammaire scenique et le
>septieme et ultime universel du theatre POUR FAIRE LE TRAVAIL DE
>L'OEUVRE****
>
>La recherche de l'autonomie du langage scenique est le plus vaste defi
>porte' aux langues parle'es et ecrites. L'artiste bouleverse notre
>perception, il fait un travail contre la mort et contre le "fascisation du
>sens et des signes", il travaille au-dela des donne'es immediates de la
>langue, il force ce qu'elle devient. Plus il s'affranchit de toutes
>recuperations politiques, plus la production creative, depuis un siecle,
>indique non une fonction normative mais intuitive d'un changement des
>formes et des valeurs.
>
>*** L'artiste ne cesse de "faire du mort". Le theatre -- comme tous les
>arts -- se demarque d'une semantique hypotheque'e par les figures
>propulsives de la litterature. Il quitte le reseau de la parole mythifie'e
>pour celui de "la parole errante", selon l'expression du dramaturge Armand
>Gatti.
>
>Selon mon entendement, *** l'universalite' ceN'EST PAS l'entendement d'une
>particularite devenue identique pour tous ***, (reponse a Alvina
>Ruprecht... enfin).
>
>L'UNIVERSEL N'EST PAS L'IDENTIQUE ( CAR l'IDENTIQUE C'EST LE TOTALITARISME)
>ET TROP D'ETRES SEMBLENT FAIRE CETTE TRAGIQUE CONFUSION.
>
>L'UNIVERSEL C'EST L'ACCESSION A TOUS D'UNE PARTICULARITE ACCESSIBLE ET
>INTELLIGIBLE SELON L'ENTENDEMENT DE CHACUN. Ce qui devient lisible c'est
>notre condition ante-mortem. L'Art de notre temps est un defi lance' a la
>mort, avec cett seule difference que les figures qui la detournent changent
>plus vite.
>
>Ainsi les japonais adorent Moliere qu'il comprennent par une forme
>d'analogie avec leur Kiogen. Mais j'ai constate' que dans les pays arabes
>Moliere faisait rire de la base au sommet toutes les populations. Peter
>Brook lors de son voyage au Mali, pour la preparation des "Iks" d'apres
>Tornbull (en 1971) decouvrit des techniques communes aux africains, aux
>conteurs arabes et aux acteurs de toutes les grammaires du monde.
>
>Le defi pour notre generation n'est pas de mettre en place des discours
>sceniques, mais des ecritures dramaturgiques capables de leurs resister.
>
>Et je repete encore non pas pour conclure mais ouvrir:
>
>TOUTE OEUVRE D'ART OPERE UN TRAVAIL SUR L'ETRE ET SUR LA LANGUE QUI NE
>RELEVE PAS DU SIGNIFIE' MAIS DES SIGNIFIANCES QU' ELLE EVEILLE. CE QUI EST
>UNIVERSEL CE N'EST PAS CE QUE DIT L'OEUVRE MAIS L'EFFET REPARATEUR QU'ELLE
>PERMET.
>
>La langue sans cesse recr=E9ee assiste au sacrifice de ce qui lui est le pl=
us
>cher sur l'autel des signes et du sens. Non pour le non-sens, mais
>l'universelle quete du sens par-dela le travail de la mort.
>
>
>Fin provisoire.
>Merci de votre courage
>
>Bien a vous,
>
>
>
>
>              (?!)
>        /_/ o
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>        (*)
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>Serge Ouaknine
>e-mail : r34424@er.uqam.ca
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End of QUEATRE Digest 244
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