référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-05/msg00050.html
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Peinture et «Immolation de la Serge Ouaknine




Christiane Gerson wrote:
>Sans porter atteinte a la reputation de Serge Ouaknine, Alice Ronfard a
>realise une magnifique mise en scene de =ABProvincetown Play=8A=BB de N.
>Chaurette ...........etc,,,,,,,,,,,, =ABl'immolation de la beaute=BB et aus=
si
>celle de la representation theatrale.


Correctif de S.O. + reflexions sur Peinture et Theatre:

Je crois  qu'il y a un "malentendu". Je n'ai jamais monte' =ABProvincetown
Play=8A=BB de Chaurette, il me semble que Mariel O'Neill-Karch a exprime' so=
n
emotion d'avoir pu associer le theme du "sacrifice de la beaute'" de la
piece de Chaurette avec l'idee du sacrifice que j'ai developpe' recemment,
et je crois avoir compris que, touche'e par mon analyse, elle souhaitait me
voir monter cette piece... d=E9duisant que si j'ai entendu ce "soupir eterne=
l
du theatre", je devais pouvoir aussi le transposer  a la scene...par le
texte de Chaurette.
Je suis touche' par cette invitation.

A present je tourne vers les questions de Volker Schroeder et Henri Barras.

*** LE METTEUR EN SCENE EN MOI ETAIT UN PEINTRE ***


Je n'ai jamais vraiment ose' monter des textes quebecois (en dehors de
l'universite') car il me semblait que je n'avais pas fini de faire le tour
de "ma maison interieure", celle d'une memoire anterieure a mon choix de
vivre ici, au Quebec. Aussi ai-je ete davantage travaille' par une memoire
moins immediate (des textes polonais, bibliques ou fragments de poemes, de
romans etc). J'ai plonge' dans des mises en scene de montage de textes
dramatiques ou encore j'ai ecrit mes propres textes.

J'explique cela dans JEU N0 53 ( fev,90) , a propos des "Textes
empruntes'".  C'est qu'en fait j'ai longtemps travaille' comme un
**peintre** ( ma formation de base) et donc pour repondre a ce debat, le
dessin et la peinture ont ete mes guides plus que les "grands textes". J'ai
longtemps concu mon travail comme une construction d'icones, et les textes
s'y inscrivaient  dans des deplacements du spectateur selon divers
agencements de l' espace et perturbations de la relation frontale
acteur/spectateur. Et meme mes textes sont des suites de tableaux, pas des
cheminements "psychologiques" avec continuite' des personnages mais des
moments de sens entre la quete quasi choregraphique du jeu et le desir
d'une continuite' donne'e plus par le visuel que la trame dramaturgique...
Cela a sa force mais aussi ses limites.

J'ai, de la sorte,  helas,  beaucoup perturbe' les acteurs qui, a priori,
veulent s'identifier ou trouver une "continuite'" logique a leur
"presence'" sur scene. Je comprends cette necessite mais elle m'ennuie. Les
acteurs ont ete des signes, a force egale aux autres elements du travail
scenique. Je travaille donc par collage. Et les etres humains resistent a
s'eclipser dans la vision iconique des fragments que reconstituent la
lumiere et les jeux nomades de quelques accessoires, les acteurs ne sont
pas pour mo les proprietaires de la parole.
J'ai accepte' "tardivement" ce besoin des gens de theatre de deglutir des
mots... pour s'identifier a un personnage, car je traitais le personnage
comme un moment du tableau-- pour soutenir un moment des mots.

C'est moins la continuite' d'une epaisseur humaine qu'une serie de
paradigmes dans une texture faite secondairement de textes et premierement
du mouvement architectural des interpretes en tant que corps signifiants.

Je revais d'un acteur calligraphique et non d'un acteur mimetique.

Actuellement je collabore avec Jane Mappin, une choregraphe j'eprouve un
immense bonheur. Les danseurs vous foutent la paix avec ce qu'ils
"representent", je peux plus veritablement me concenter sur la texture
dramatique du corps ( et c'est le peintre qui qui fraternel de la danse  -
pas l'homme d e theatre meme si ce dernier me permet de faire la "lecture"
du corps).  Ceci veut  que de nombreux acteurs de theatre acteur se voient
de "l'exterieur" comme du cinema vivant. Aussi il s'Accroche a la parole
car il n'ont pas comme les danseur un discours articule' et metaphorique du
coros. Il veulent ressembler a la "varie vie". Et la je meure ... Il veule
s'approprier une presence dont ils ne sont pas les createurs.

Les danseurs, par difference, sont des "peintres" du corps et c'est ainsi
que j'ai (a tort?) considere' les acteurs au theatre.

La continuite' pour moi est tenue par le fil du travail de l'espace enfoui
dans le sous-texte des mots et non dans les aspects representatifs ou
illustratifs des situations. Mon sous texte est donc visuel et le texte
vient s'y incruster comme un surcroit et sursis du sens.  Le discours d'une
oeuvre theatrale pour moi doit etre musical ( j'ai une passion a avoir de
vrais musiciens parmis les acteurs et des musiciens/acteurs, pas de la
musique de scene)...Mais cette demarche ne ressemble pas pour autant a de
la "performance".

Les grands textes qui ne sont pas "metamorphose's" me font dormir, car
(comme peintre et melomane), je suis assomme' par cette identification,
cette redondance du sujet acteur qui vole des paroles pour son compte...
C'est terrible n'est-ce-pas...!

En fait, cette enorme difficulte', cette resistance me fut tres
instructive. J'ai compris que les Orientaux vivent la parole de maniere
legitime aussi leurs efforts vont a la domestication sensible du corps (
leur ecriture est calligraphique, les "lettres" sont des pictogrammes
danse's) alors que l'Occident considere la parole comme illegitime ( elle
est une prise de sens et de pouvoir) aussi tous les efforts sont place's a
domestiquer le rapport du personnage  (image emotionnelle et sociale) a la
parole. Les corps esaient de devenir du texte. Alors qu'en Orient le corps
est un deja un texteil n'A pas a rejoindre son corps.

Je me suis donc battu comme un "barbare oriental" egare' dans le discours
lineaire et alphabetise' de l'Occident. J'ai "perdu" mon combat. Quelques
marginaux ont accepte' ce travail de traduction de soi en l'allegorie de
soi, entendu ce que signifie "traduire" le corps cache' et non se fondre
dans le texte apparent...Dans cette quete d'une calligraphie des corps et
cette symphonie des espaces transformes j'ai eu aussi des joies sublime.
Des moments de lumiere des etres. Mais si contraire a la culture ambiante
que tout etait a refaire... car tout si fragile...

A present, je ne me bat plus. Je m'infiltre a mon tour dans le grain sonore
des paroles. Le peintre a bascule du cote' des mots. Et depuis,  ma
direction d'acteur est plus paisible, moins "a priori", spatiale ou
iconique. J'ai "integre'" le bonheur des acteurs a vouloir de devenir
quelqu'un, alors que le peintre voulait qu'ils soient quelque chose...

Mes acteurs, dans des "eclairages" que je mettais plusieurs journe'es a
construire m'ont fait une reputation legendaire ( car je travaille la
lumiere depuis le debut de chaque nouvelle  mise en scene et non pas a la
fin quand "tout est fini"). Le peintre  a cherche' une dimension
symphonique de l'espace et de la lumiere, la musique souvent etant le chant
emotionnel des acteurs qui venaient  par dessus ce lac glace' vociferer des
paroles et s'agiter compulsivement pour transgresser la "conventionalite'
signifie'e" du texte...

Je me suis battu en vain avec la langue. Aujourd'hui j'ai fait la paix...
et je comprends la fascination et le malaise des acteurs a circuler dans un
monde de peintre melomane... Ils n'y ont pas leur compte. Je les comprends.


Dans un monde ou le theatre lutte avec la mise en place de la parole, la
vision orientale d'un acteur "iconique" ne peut fonctionner que dans un
laboratoire ou un groupe "permanent". Pas dans le systeme de production
professionel ( d'un spectacle a pondre en six semaines).

Au fond les artistes visuels qui font du theatre se trompent de medium,
c'est du cinema qu'il devrait faire ou de l'opera regenere'... Je l'ai
compris "trop" tard, a un moment ou a present, ce sont les "grands textes"
qui me touchent car j'ai davantage la ...tentation de l'ecriture.

Voila comment j'ai vecu le combat de la peinture et du theatre.






(?!)
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(@ @)
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Serge Ouaknine
e-mail : r34424@er.uqam.ca
Montreal (Quebec)  Canada
tel:(1-514)2880418
fax:(1-514)2883514
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End of QUEATRE Digest 247
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