référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-05/msg00052.html
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     Conversation       

Peinture Guy Spielmann




L'experience passionante relatee par Serge Ouaknine nous ramene a cet
obstacle---ou blocage, devrait-on dire---majeur qui est la reduction de
la theatralite, des theatralites potentielles a la narrativite, a une
syntaxe psycho-linguistique confondante qui amalgamme l'acteur, la
*persona* (le masque, donc) a la personne, et la piece a une "tranche de
vie". Ce que voulait faire Serge Ouaknine et qu'ont rejete les acteurs
rejoint pourtant le projet origienl de la commedia dell'arte, ou la
performance se developpe paradigmatiquement plutot que
syntaxiquement---projet naturellement fustige par les censeurs et
critiques defendant l'orthodoxie syntaxique aristotelicienne. Cette
critique, lorsqu'elle veut denoncer ce genre de theatre, affirme
d'habitude qu'il n'y a pas de piece a proprement parler, mais une serie
de "tableaux" juxtaposes ou plus ou moins bien ficeles par une
pseudo-intrigue. Mais quelle loi transcendentale nous impose de voir la
la "vraie" theatralite? Aucune, bien sur, et je donne raison a Ouaknine
peintre devenu metteur en scene contre les acteurs qui veulent se
raccrocher a une signifiance mimetique, voire iconique. Je note egalement
que Ouaknine esquisse a l'occasion un distinguo deja familier entre
"professionnels" et... tous les autres, les premiers devant assurer la
production d'un spectacle dans les temps impartis, et sans trop risquer
le fonds de commerce a provoquer le reflexe aristotelicien des acteurs,
et a fortiori des spectateurs.(Mais souvenons-nous qu'Ionesco, avant
d'etre encense, fut joue devant des salles pratiquement vides...)
L'amateurisme constiturait-il des lors le refuge des autres theatralites?
Celles des peintres et des danseurs? La reference aux theatres orientaux
nous a souvent force a repenser notre occidentalite: car la tradition
occidentale n'a pas toujours ete aussi monolithique qu'il n'y parait, et
l'on y trouve aussi l'acteur jouant de son corps sans ancrage mimetique,
la performance qui n'est pas une re-presentation, la recherche d'une
plastique purement signifiante, a travers la danse ou l'acrobatie
notamment. Ce que je trouve extraordinaire, c'est que ces traditions
(foire, bateleurs, farceurs, commedia, funambules, pantomime) sont pour
la plupart ancrees dans le domaine populaire, mais qu'elles sont
aujourd'hui aprement defendues surtout par des intellectuels, alors que
le public populaire veut qu'on lui "raconte une histoire" avec des
personnages "vrais", et regarde toute infraction a ces principes comme
des elucubrations avant-gardistes de fumistes pretentieux---ironie supreme!

G.S.

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End of QUEATRE Digest 248
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