référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-05/msg00087.html
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Re: Serge O. a propos de Shoah, Mefisto et P.Levi Serge Ouaknine



>je n'ai lu qu'en diagonale le discours fourni de M. Ouaknine. Je voudrais
>juste reagir au propos suivant :
>
>>
>>Peut etre que Primo Levy se suicida apres une oeuvre qui toute entiere
>>temoigne de la fin de l'humanite', lui qui survecut a la Shoa. Le suicide
>>est alors sa derniere ecriture pour tracer au prix de sa propre vie de
>>temoin et de survivant, l'insupportable offense faite a la vie.
>>
>
>J' aime beaucoup Primo Levi, ecrivain dont on reduit parfois les oeuvres au
>(bouleversant) temoignage qu'il a ecrit sur les camps de concentration.
>Il me semble que son suicide reste une enigme pour tous ceux qui l'ont lu
>comme pour ceux qui lui etaient proches (on a meme parfois pense qu'il ne
>s'agissait pas d'un suicide mais d'un accident). Aussi je trouve dangereux
>qu'on  interprete sa mort d'une maniere ou d'une autre.
>
>Salutations
>
>PY Millot

Bonjour Pierre-Yves Millot,

21-5-96

REPONSE DE SERGE OUAKNIE A PIERRE-YVES MILLOT:

=ABPeut etre, que Primo Levy se suicida apres une oeuvre qui, toute entiere,
temoigne de la fin de l'humanite', lui qui survecut a la Shoa. Le suicide
est alors sa derniere ecriture pour tracer au prix de sa propre vie de
temoin et de survivant, l'insupportable offense faite a la vie.=BB SO.

Mon but n'etait pas de gloser sur la mort d'un homme, mais de regarder
cette mort ( que cette mort soit un suicide ou un accident, - elle prend
valeur de signe ) comme un signe parlant, et cette parole qui manque est a
dire, a recreer.

Ce qui est important ici n'est pas, accordez moi je vous prie ce credit, de
figer un destin mais -- j'ai pris le soin de commencer par **peut
etre**...comme un eallegorie et non comme une certitude...

Si vous avez lu ce qui precede en "diagonale" (ma reflexion sur l'art, le
nazisme, la shoah et la mise en abyme), vous n'avez donc pu percevoir la
coupe "verticale" du propos et qui concernait la mise en abyme non de l'art
par lui-meme mais le projet mem( divin?) de vivre.
La vie parfois  -- quand elle est manipulee par un Hitler -- comme une mise
en abyme ou c'est le tout qui meurt,  TOUT et qui ne laisse aucun souffle,
aucune forme possible...meme Hollywood a fini par s'y rendre...

Primo Levy, ic,i est une metaphore...Ai-je le droit de faire une metaphore
a partir d'un destin tragique, ou faut-il le cannoniser dans sa mort.
Le rendre intouchable ("dangereux" dites-vous?) mais ou est le danger, en
sa survie, son temoignage, l'atteinte de l'integrite' de votre lecture, la
metaphore chretienne et intouchable du sacrifice et du doute cartesien
(?)... Sa mort ce n'est " rien " a cote du silence des nations...

Aussi, ecrire par dela son ecriture et sa mort (suicide ou accident) c'est
dire que la vie vaut plus que l'art et que rien ne peut etre sacralise' pas
meme le remoignage de celui qui ecrit par-dela la mort dont il revient et
au-dela de l'humain...dont il ecrit.

Vous prenez ma reflexion , hors du contexte de la reflexion sur la mise en
abyme de l'Histoire que vous semblez ne pas avoir saisi. Alors oui, en
dehors d eson contexte toute mort est suspecte....Mais il ne s'agisait pas
de cela. Il importait de clore cette meditation sur la theatralite tragique
de l'Histoire bien reelle...
Ma petite phrase, je l'avais pose'e la =ABcomme un poeme=BB et vous l'avez l=
u
comme un manifeste...

Interdire toute metaphorisation c'est interdire la victoire et la
resurrection possible du langage par-dela le deuil de la Shoah... c'est
quitter le deuil pour reesperer la vie...mais vous semblez preferer
l'Histoire immobile... comme un spectacle ...( peut-etre ) --( j'ai encore
ecris  **peut-etre** car je me rends bien compte que nous marchons sur des
oeufs...). Repondre par une tournure poetique et non academique, c'est
*peut-etre* esperer  pouvoir abstraire la mort ( suicide ou accident) de
son poids de mort et preferer la vitalite' qui specule de son blaspheme (
non pour ce qu'elle est  mais de ce qu'on a voullu lui faire dire devant
D.ieu) -- exactement comme ce passage du medieval a la Renaissance  que je
retracais dans toutes les lignes qui precedaient. Je suis gene' d'avoir a
vous faire une lecon de texte de mon propre texte (pardonnez-moi) mais  ce
n'est pas que vous n'ayez pas lu qui me gene mais que vous rendiez
immuablement innaccesible la mort/survie d'un survivant... malgre le poids
des cadavres.

Mon but intime, etait un hommage a la  vieille sagesse talmudique qui
conseille de *bien considerer la mort* (la voir en face comme on dit de
facon sainement populaire)  -- car la vie lui est preferable...

On ne peut donc pas arreter le mouvenment de la pense'e ni la tentation de
mettre en relation des etres et des objets...car la se distingue la vie de
tout l'abyme qu'elle n'est pas... Nul ne peut arreter le temps en son
climax tragique, au nom de la verite (?) ou du doute qu'elle autorise.

Comprenez moi. Il ne s'agissait pas pour moi, dans cette phrase malheureuse
de recuperer un ecrivain mais, de vire par-dela.
La mise en abyme dont l'art occidental nous a trace' les procedes reste a
l'interieur du confort d'un monde rhetoriquement perdu ( le ciel par-dessus
les toits...) .

Primo Levy, a crie', par-dela, cet effacement du vivant -- je l'ai cite'
pas pour amoindrir la verite qui l'accompagne mais pour tracer les limites
de l'art.

La mort est une balise. Je prefere baliser la vie de l'exemple Primo Levy
que de celui de cette mise en abyme fatale ( et presque reussie) du projet
nazi. Vous avez pris la partie pour le tout quand ce tout la ( la vie et
les allegories plus ou moins spirituelles de l'art et des artistes qui se
mettent en theatre  dans un theatre, somme toute innofensif) vaut moins que
le peril d'une vie.

J'ai cite' Primo Levy, au sortir d'une reflexion sur le theatre et la mise
en abyme  parce que la question qu'il pose, l'enigme de sa mort ne peut pas
se mettre en abyme... parce que la Shoah etait le paysage, l'horizon de
fume'e de ce theatre final... Ou bien alors, je vous prie, dites moi c'est
quoi le "dangereux" que vous craigniez...?
Vous avez, il me semble, reagi "epidermiquement" sur un teritoire ou helas
rien ne se possede.

Bien amicalement,

PS.
Je voulais dire qu'apres la Shoah il n'y a pas d e mise en abyme possible
de l anostalgie de D.ieu, quand c'est "son peuple temoin entier" qui fut
atteint et le monde avec lui. Nous en sommes la.


(?!)
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(@ @)
(*)

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Serge Ouaknine
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End of QUEATRE Digest 257
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