référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-09/msg00002.html
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Re: *Les Feluettes* Narcisse sans Echo? Maurice Leboeuf



>Pour faire suite a la pertinete reflexion de J-C Godin peut-etre faut-il
>entendre dans cette violence du theatre gai plusieurs niveaux de
>symbolique:
>
>A) La "haine de soi" et donc l'allégorie homosexuelle du meurtre ou du
>suicide revelle une crise identaire quebecoise: la menace de disparition.
>Ici elle fonctionne  a triple niveaux:
>1) Le s Homosexuel "n'enfantent " pas donc mort apres soi.
>2)Metaphore allegorique, l'artiste gai quebecois symptomatise par ce jeu d
>emirir a mon sens ni une drame romantique , ni un masochisme mais un jeu du
>double auto-consommateur.
>3) Le sentiment d'enfermement et de victimisation collective generee par
>l'histoire.
>En conclusion ces oeuvres pourraient etre tragiques si elles avaient une
>forme de transcendance classique ( le destin  et les dieux).Ce qu'elles
>n'ont pas. Mais Il en reste quelque chose : la fatalité.
>Donc ni "masochisme, ni romantisme" mais absence precisement d'un ISMe
>possible. Tragedie par absence, meurtre par vacuite'. Mise en abyme
>tragique par impuissance a court-circuiter le jeu de l'image de soi en son
>propre reflet.
>
>B) Le miroir est sans fond quand l'autre reflete l'abime de soi.
>a) D'un point de vue freudien il serait sans doute trop banal de dire
>simplement que l'Eros ne confronte en l'autre "que" la possibilite' de
>Tanatos. Puisque dans le jeu de l'alterite amoureuse c'est le meme et son
>double noegatif qui se rencontrent. Narcisse depourvu d'Echo. Et donc en
>son miroir Narcisse meurt de vouloir saisir sa propre image en plongeant en
>cet autre qui n'est que lui-meme.
>Ce manque a un "autre Autre" est selon moi la cle' de ce "dead-end". Cela
>ne  prejuge pas que toutes les relations homosexuelles soient de cet ordre.
>Mais que la dramatisation de cette situation semble ici stigmatise'e,
>vecue comme exclusion, de la communaute des autres, et de tous les autres (
>le Quebec face au reste du Canada). La mort de soi egalise celle de
>l'autre, reflete un sentiment de double rejet. De crise mortifere ou il ne
>peut y avoir de gagnant.  Le heros gai se percoit negativement par le
>miroir de la mort pour la ou jouir est "ici" manifestation d'une double
>solitude.
>b) Mais il se peut aussi que l'horizon du sexuel ne soit que haine de
>l'autre, des l'instant que la relation a l'autre  n'advient que par celle
>d'objet. Jeu de  corps et non d'etres. Donc des corps qui ne sont que des
>outils a jouissance.  "Pas de supplement d'ame". Et donc pas de supplement
>a l'ame. Le contraire du corps alors c'est la mort.
>
>              (1 + 1 = 3)
>        /\_/\ o
>        (@ @)
>        (*)
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>+----oOO-----OOo----------+
>Serge Ouaknine
>e-mail : r34424@er.uqam.ca
>Montreal (Quebec)  Canada
>+-------------------------+
>
>
>       Je suis impressionné et fasciné par l'interprétation freudienne que
M.Serge Ouaknine fait en mettant en parallèle "Les feluettes" et les deux
nationalismes Canadian et Québécois qui s'affrontent depuis des décennies
dont le sommet dramatique fut atteint le soir du dernier référendum.

        Cette interprétation donnerait raison à René-Daniel Dubois qui pense
que le vrai problème canadian et québécois ne réside pas dans fédéralisme ou
souveraineté, mais dans la sérieuse possibilité que le Québec soit assimilé
par le Canada anglais et que ce dernier soit inexorablement annexé aux
U.S.A. Les deux peuples ont la même peur: celle de disparaître en tant que
culture et de perdre ainsi son identité. Chacun des peuples se regardent
dans les miroirs différents, mais il n'y a pas de reflet de sa propre image.
Chacun des peuples refusant à l'autre de lui renvoyer l'image qu'il a ou
aimerait avoir de lui-même.
>
        Mais dans ce jeu de miroirs, il me semble que le Canada est un
mauvais joueur. Il ne veut accepter aucune différence entre le Québec et le
Canada. Et pourtant, c'est un tel refus qui peut conduire à l'éclatement du
Canada, ce dernier a beaucoup plus à perdre sur les plans culturel et
identitaire que le Québec avec sa langue française qui le distingue non
seulement du Canada mais aussi des U.S.A. Autrement dit, si l'un(le Canada)
acceptait l'insérutité de l'autre comme faisant partie intégrante de son
image et que l'autre pouvait rassurer son vis-à-vis quant à sa capacité de
l'aider à rester différent de son voisin du Sud, l'issue de cette bataille
politique qui s'annonce pourrait éviter des plans B qui courrent le risquent
d'aboutir dans la violence.

        Il est donc intéressant que la dramatisation de  l'amour entre deux
êtres au théâtre devienne une dramatisation de ce qui pourrait arriver à
deux personnes morales que constituent deux collectivités ou deux peuples
dans le cas qui me préoccupe. Comme quoi, la culture est le reflet des
sortes de miroirs que les individus ou les groupes choisissent de se servir
pour les aider à percevoir des réalités exactes, déformées ou déformantes.

        Dans le cas du Canada et du Québec ce sont deux corps sociaux qui
veulent jouir l'un de l'autre (l'obsession économique) mais l'un ou aucun
des deux ne recherche le "supplément d'âme" pouvant les aider à transcender
leur dualité morbide. La vie réelle est une scène sur laquelle se tisse
quotidiennement de tristes comédies, se préparent des drames utiles? ou des
tragédies toujours inutiles! Mais heureusement que nous avons le théâtre de
ficition dans lequel l'imaginaire peut s'évader pour nous aider ensuite à
mieux nous voir dans des miroirs qui soient le moins déformants possible.
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Maurice Leboeuf,(mLeboeuf@rocler.qc.ca)
388, Jacques-Cartier
Valleyfield, Qc.
J6T 4T2