référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-09/msg00029.html
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Re: *Les Feluettes*: masochisme ou suicide? Shawn Huffman



On Mon, 2 Sep 1996, Larry Steele wrote:

>     Le masochism est un theme majeur dans *Les Feluettes* de 
> Michel Marc Bouchard: le martyr de Saint-Sabastien, le desir des 
> amoureux Simon et Vallier de mourir ensemble, le crime de Bilodeau 
> d'avoir sauve la vie de Simon (pour ensuite mentir devant le juge, 
> acte de trahison qui a condomne Simon a des annees de prison) et les 
> derniers mots: "Je te deteste au point de te laisser vivre". Or, ce 
> qui me laisse perplexe, c'est l'equivalence entre le suicide et la 
> douleur. S'agit-il enfin de vouloir mourir ou de vouloir disparaitre 
> dans un reve? Est-ce enfin suicide ou masochisme? Valorisation du 
> reve (mais lequel?)?
>     On voit un peu le meme probleme avec une autre piece "Being at 
> home with Claude" ou on assassine l'amant pour lui epargner la 
> deception de la vie reelle. Ici, les roles sont renverses: sadisme ou 
> meurtre?    
>     Qu'est-ce que vous en pensez? 
> 
> Larry Steele


Bonjour Larry,

	En effet, le rapport entre la mort et l'amour est tres troublant 
dans ces deux pieces.  Par contre, a mon avis, il ne s'agit pas de 
masochisme dans _Les Feluettes_.  Il me semble que Simon et Vallier 
decident de se suicider pour sublimer leur amour.  Le lien avec la piece 
dans la piece est tres important ici.  Justement, dans _Le Martyre de St. 
Sebastien_, Sebastien est immole par ceux qui l'aiment.  Le fait qu'ils 
habient un Roberval de 1912 rend encore plus comprehensible, je pense, 
cette decision de suivre l'exemple de Sebastien.  Il y a meme une sorte 
de legitimation -- ils entrent dans un paradigme de saints martyrs.  Je 
pense que tout ca nous amene loin du plaisir de la souffrance.

Quant a Yves dans _Being at home with Claude_, il est loin d'etre 
sadique.  Il n'inflige pas la peine par plaisir.  Au contraire, c'est un 
personnage avec beaucoup de sensiblite.  Je pense qu'il s'agit encore une 
fois de la sublimation de l'amour.  Je voudrais preciser que, quand je 
dis sublimation, je l'entends de facon purement descriptive.  Je ne 
l'investis pas de connotations positives ou ideales.  Justement, pour 
moi, ces sublimations sont fortement dysphoriques parce qu'elles 
finissent par la mort, par une "impasse" erigee entre la mort et 
l'amour.  Je pense aussi que Larry le dit bien quand il affirme qu'Yves 
tue Claude pour lui "epargner la realite".  La realite c'est non 
seulement le 
monde exterieur (Roberval ou Montreal 1967), c'est aussi la realite des 
personnages, si differents les uns des autres (Claude, etudiant, 
politiquement engage; Yves, prostitue, indifferent au monde officiel).

Bon, ces deux pieces me preoccupent beaucoup.  J'espere qu'elles 
susciteront beaucoup de discussion -- aussi a la conference au mois 
d'octobre Larry.

Shawn Huffman