référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-10/msg00057.html
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Re: Gaies et Lesbiennes au theatre Canadien Godin Jean-Cleo



	Merci de m'avoir fait decouvrir cet exemple homoerotique d'une autre 
epoque, alors que l'on n'avait pas encore decouvert l'inconscient... Le 
Triomphe de la croix de Julien Daoust, piece edifiante creee vers 1920, 
en fournit un autre exemple. La version jouee sur scene presente deux 
chretiens de l'epoque romaine enfermes dans deux cellules voisines. Un 
jeune homme et une jeune fille, le premier demandant a l'autre ce qui lui 
donne la force de resister. Elle lui repond «mon ange gardien», dont elle 
donne une description physique tres amoureuse qui ressemble evidemment 
.. a son voisin de cellule. Or, lorsqu'il s'est agi de publier ce texte 
(chez Garand), il semble qu'une censure soit intervenue pour juger cette 
scene inconvenante: pensez donc, peindre un ange sous les traits d'un 
amoureux! Donc, dans la version publiee, la jeune fille (Nygidia) est 
tout simplement devenu un jeune homme (Nygidius), mais le texte n'a pas 
change. A l'epoque, cela semblait plus sain; de nos jours, je crains 
qu'un eventuel censeur clerical y verrait un discours beaucoup plus 
compromettant, alors qu'il serait plutot soulage de voir un amour 
heterosexuel en «soustexte» du doscours religieux!

			Jean Cleo  GODIN
 On Mon, 21 Oct 1996, 
Louis Godbout wrote:

> Date: Mon, 21 Oct 1996 16:55:46 -0400 (EDT)
> From: Louis Godbout <LouisG@Pulpaper.McGill.Ca>
> To: godinjc@ere.umontreal.ca
> Subject: Re: Gaies et Lesbiennes au theatre Canadien
> 
> Une des premieres pieces du theatre de college Quebecois est on ne
> peut plus homoerotique. Il s'agit de "Jonathas et David ou le
> triomphe de l'amitie" du pere Brumoy, jouee a Montreal en 1776.
> 
> Voici une petite presentation de cette piece que j'avais ecrite pour
> l'exposition "Histoire de nos vies" des Archives gaies du Quebec.
> 
> 
> JONATHAS ET DAVID
> 
> "Goute a ton gre les fruits d'une tendre amitie", Acte I, scene 1.
> 
> En 1776, Fleury Mesplet, ami de Benjamin Franklin et, comme lui,
> imprimeur et admirateur des Philosophes, fait paraitre Jonathas et
> David ou Le Triomphe de l'amitie, tragedie en trois actes.  C'est
> peut-etre le premier ou sinon le second livre imprime a Montreal.  Le
> sujet, un des plus populaires du theatre de college puisqu'il n'y a
> aucun role feminin, est tire de la Bible.  C'est l'histoire de
> l'amour ?plus grand que l'amour des femmes? de Jonathas, fils du roi
> Saul et heritier du trone d'Israel, et du berger David, vainqueur de
> Goliath.  La publication en est commandee par les Sulpiciens qui font
> jouer la piece par leurs eleves du College de Montreal, probablement
> au mois d'aout, lors de la distribution des prix.
> 
> Le lecteur moderne a peine a croire que ce texte, qui peint tantot
> avec charme et tantot avec fougue une passion homoerotique, ait pu
> etre interprete en toute innocence a la fois par les acteurs et par
> le public.  Sans oublier que le langage de l'amitie la plus chaste
> peut, a cette epoque, ressembler au langage de l'amour, certains vers
> ont certainement du emouvoir les jeunes comediens et troubler leurs
> parents.  L'auteur, l'erudit jesuite Pierre Brumoy, se croit meme
> oblige en son prologue de nous avertir qu'il s'agit ici de ?L'Amitie
> tendre, Amitie sainte? et non de celle qui ?reside dans les coeurs au
> crime soumis?. Mais les soins qu'il prend ont plutot pour effet
> d'eveiller nos soup?ons que de nous convaincre qu'une amitie si
> ardente puisse etre tout a fait pure.  Les tirades amoureuses des
> protagonistes, les risques qu'ils prennent pour se rencontrer, les
> sacrifices qu'ils font l'un pour l'autre ont pu paraitre des actions
> edifiantes pour certains, mais tres suspectes pour d'autres. 
> D'ailleurs, le XVIIIe siecle abonde en ouvrages qui, d'une part,
> denoncent les effets corrupteurs du theatre sur la jeunesse ou,
> d'autre part, chantent les louanges de ces exercices amusants qui
> donnent aux jeunes de l'aplomb et l'habitude de parler en public.
> 
> Aucune trace ne subsiste qui puisse indiquer que la representation de
> Jonathas et David suscite quelque controverse ou condamnation. 
> Pourtant les pouvoirs religieux se sont deja maintes fois montres
> hostiles au theatre et il n'est pas surprenant que cette tragedie
> soit la seule qu'imprime Mesplet.  On ignore aussi si d'autres pieces
> aussi morales, comme Le jeune homme ? l'?preuve, Hermenegilde martyr
> et Le jeune voluptueux seront jouees par la suite au College de
> Montreal.
> 
> 
> 
> Louis Godbout
> 
> 
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> 
> 
> 

Jean Cleo Godin                           godinjc@ere.umontreal.ca
Departement d'etudes francaises           (514) 343-5918
Universite de Montreal                    (514) 343-2256 (telecopieur)