référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-10/msg00069.html
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Le succes du Capitaine Horribifabulo Jean-Claude Boudreault



Qu'est ce qui provoque le succès de la pièce "La grande oeuvre du Capitaine
Horribifabulo" que j'ai vue à Montréal en août dernier en supplémentaire à
la grande Licorne ?

J'ai appris qu'il y aura six (?) autres représentations à la fin décembre,
début janvier au même endroit.

Peut-être le fait que c'est très drolatique, qu'on y retrouve le comique
naïvement absurde de "La petite vie"... comme renouvelé ou rafraichi par la
jeunesse...

Peut-être parce que de la comedia del arte à la québécoise ne peut faire
autrement qu'attirer les curieux qui comme moi aiment le théâtre dans ce
qu'il a de plus primitif, de plus rabelaisien parce qu'on aime boire,
s'amuser, rire en choeur sans trop se poser de question sauf de garder
vivace et intensif le goût de vivre et de respirer.

Peut-être à cause de ses personnages aux noms si évocateurs (Fureto,
Malouna, Loump, Bermuda, Desdémone, Gésine, Victorine... Horribifabulo, qui
tient autant de l'horrible que de la fabulation) et aux attitudes trop
carrément et volontairement humaines qu'ils montrent.

Peut-être que certaines trouvailles qui frisent l'éclair de "génie" y sont
pour quelque chose: entendre Loump, le
valet-souffre-douleur-à-la-réserve-débordante, nous expliquer son
comportement général en disant: "Je suis sans doute victime d'un excès de
logique" s'est gravé dans mon cervelle pour bien longtemps; entendre
Horribifabulo répondre à Gésine prête à lui sacrifier illico ses charmes
(parce qu'elle lui a plongé la tête dans la rigole de ses seins): "Je sais
reconnaître une insinuation quand j'en rencontre une..." tient du mélange
automatisme-originalité; voir le Capitaine d'un geste qu'il veut tendre
pousser le menton d'une prétendante au premier rôle avec les jointures de
la main gauche nous rappelle combien certains gestes entre hommes sont
perfidement inconvenables entre personnes de sexes opposés.

Moi, je sais ce qui m'a saisi-conquis le plus, c'est la découverte de 8
comédiens non connus de grands talents. Cela m'a rappelé mon réel plaisir
quand pour la première fois j'ai vu Gérard Depardieu au cinéma ou Paul
Buissonneau dans sa Roulotte ou Yves Sauvageau (l'auteur-comédien) au
Centre d'essai des auteurs dramatiques. Je suis de ceux qui saturent à
suivre des carrières malgré lui quand il revoit les plus populaires un peu
partout où il pose le regard, comme si cela cachait une agression voulue et
inconsciente. Enfin, des visages neufs qui ne sont pas piqués des vers,
j'en avais grand besoin.

Le plus bizarre avec cette pièce c'est que la mise en scène est plus
qu'acceptable (sans faille, dirais-je quasiment) alors que le metteur en
scène est l'homme ou la femme-invisible. Ce qui étonne également, c'est que
l'on peut voir 8 premiers rôles à l'oeuvre sans que cela soit des
monologues, c'est-à-dire 8 comédiens à plein régime... C'est ce qui
justifie les commentaires spontanés de l'intermission: "Ils sont tous bons.
Ils pètent... de talent. Font-ils du théâtre de performance ou quoi, là?"
On se demande réellement qui sont ces Ventrebleus. Des extra-terrestres ou
des comédiens-extra?

Je ne sais pas si je ne piquerai pas une autre petite visite au Capitaine
dans la période de Noël, semaine où le remède contre "les" cafards est de
plus en plus difficile à trouver.

J'espère que La Licorne ne sera pas victime de son succès; à la
supplémentaire du 24 août, le cassier s'ébaudissait devant la quantité de
billets vendus alors que la salle n'était pas archicomble, il restait 15
sièges vides. Avec ses 50 ou 100 places, La Licorne montre des signes de
débordement quand ça marche trop, non?

C'est le cadeau des fêtes que je vous fais en espérant que quelqu'un me
laissera une petite place sur ses genoux si jamais je décide d'y retourner
et que le caissier trop joyeux me dise "niet".

Pour que l'on me reconnaisse avant que l'on m'exclut de l'entrée j'aurai
une casquette de capitaine de bâteau et svp ne me laissez pas sortir, parce
que ma présence sur les lieux signifiera que Noël aura été particulièrement
nocif pour moi cette année et que je viens chercher-quêter un petit
remontant.

Jean-Claude Boudreault