référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-11/msg00002.html
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TOUT EST DANS TOUT MAIS PAS RECIPROQUEMENT. Serge Ouaknine



6 nov 96

Chers Collegues,

La question posée par  Anthony Watanabe etait la suivante:
<< Je suis a la recherche de pieces metatheatrales de toute epoque dont le
spectacle interne est une repetition.>>

Dans la liste des pieces qui ont ete donne'es ces jours-ci pour répondre a
cette question il me semble  lire une certaine imprecision voire une
confusion.
La notion de "spectacle interne" est vaste et ne signifie pas
automatiquement mettre en jeu une "repetition". Les deux concepts me
semblent disctincts et réclament une clarification.

1) Un spectacle qui enonce une repetition en marche n'est pas forcement du
theatre dans du theatre ni du metatheatre.

2) Un spectacle ou' du theatre a lieu dans du theatre (Hamlet) n'est pas
forcement une repetition mais une actualisation d'une scene theatrale dans
du theatre.

3)Une piece mettant en jeu une repetition en marche met en jeu non pas la
representation mais son proces d'elaboration avec, generalement, au moins
un moment de decrochage. Cela ne garantit pas forcement la metatheatralite'
de cette internalisation.

4) L'auto-reflexivite, ( voir a ce sujet la brillante etude de W. Krisinski
dans son ouvrage Le paradigme inquiet - Pirandello)  est beaucoup plus
complexe que la simple enonciation d'une repetion dans une piece ne laisse
supposer.

5) La question du " metatheatral" est passionnante, car elle est interpelle
celle la meme de la *convention* qui regit une oeuvre et lui donne sa
coherence. Mais il faudrait rafiner la formulation et distinguer les
fonctionnements de  ces conventions que l'on ne peut pas toutes amalgamer
dans un meme recipient, au risque de generer  de serieuses confusions.

6) Pieces metatheatrales, repetition ( et son contexte), spectacle interne,
theatre dans le theatre, vie et theatre sur scene, simulacre , rituel du
représente', theatre en marche, repetition en marche, mythe et histoire,
icone et reflet, vrai et illusion, imaginaire et fiction, presence et
vertige,  sont des concepts dont il faut de/epaissir la mise en scene.
Sinon:

TOUT EST DANS TOUT MAIS PAS RECIPROQUEMENT.

7) J'insiste: la repetition fut-elle interne,  n'est pas forcement le
metatheatral, le theatre dans le theatre n'est pas forcement une
repetition.
Repetition a , au moins, deux sens qu'il faudrait encore developper.
La repetion reele (le theatre qui se montren train de se faire pour edifier
le theatre)  et la repetition simulacre (le theatre qui s'elabore pour se
deconstruire, s'auto annuler) ...

Exemples ouverts et non-exhaustifs :

A)
Meme si dans Hamlet une scene de theatre vient s'actualiser par "une
catharsis" interne aux personnages (le rappel du meurtre) ce n'est pas
exactement une mise en abyme du theatre par lui-meme ( au sens
pirandellien) ni une mise en abyme de la vie par le simulacre de sa
représentation ( les meilleurs pieces de Jean Genet). Ici la scene des
comediens est un authentique psychodrame et fonctionne comme tel. La
convention theatrale reste intacte, le reste de la piece n'est pas atteint,
en tant que procede', c'est seulement la vie qui est vise'e --  meme et
surtout -- si "the world is a stage"...... et sans doute cause de cela...
Hamlet n'entre pas dans  la categorie des repetitions  "internes" a une
piece... Pour Shakespeare c'est la vie qui est methatheatrale -- pas le
spectacle.

Qu'est-ce qui est  a l'oeuvre ici par cette ide'e du metatheatral ( et qui
ne fonctionnerait pas comme Hamlet)  sinon la tentation de faire du sujet
meme de la representation un proces ( et non un usage) de sa convention.
L'objet entier de la representation est alors de souligner son propre
artifice. Le maitre inconteste' de cette operation  est Pirandello.

B)
Est-ce cela que vise la question de Anthony Watanabe? Dans ce cas la piece
"**Le defunt**" de Rene de Obaldia est un exemple parfait. Deux femmes
(epouse et maitresse -- nous ne decouvrirons qu'a la fin qu'il s'agit de
deux actrices) se rencontrent pour evoquer les prouesses, qui de  l'epoux,
qui de l'amant defunt. On decouvre dans les deux dernieres repliques
seulement qu'il s'agit d'une **repetition**, un rendez-vous regulier ( a
moins qu'il ne s'agisse d'une simple repetition)  que se font deux actrices
et qui semblent "comme" chez Genet mettre un place un rituel du revivre
par le simulacre du vivre vrai.
Et cela, dans le seul but de ""pieger"" l'Ide'e meme de ce vrai. C'est le
theatre qui triomphe et c'es la vie qui en patit.

C)
Mais Jean Genet est plus complexe et plus profond qu'Obaldia. Dans le  *Le
Balcon* meme si nous sommes les voyeurs distants des scenes du bordel ou le
citoyen (chacun de nous donc)  peut venir jouer le costume de son choix
(Juge, Eveque, General) . Il y une intrusion du vrai dans de la fiction (
Roger le revolutionnaire ou le Chef de la Police) sont des referents du
dehors pour devalider les simulacres du dedans. Ici il y une authentique et
magistrale "metatheatralite'" . Ainsi Genet est d'une categorie differente
d'Obaldia, de Shakespeare ou de Pirandello.

D)
Il y aurait encore le depot d'une parole comme auto-representation, comme
errance du sujet dans la convention du miroir pirandellien mais sans
remettre en question le medium theatral. C'est, il me semble, sur ce
creneau que s'inscrit le meilleur theatre quebecois contemporain.
Rene-Daniel Dubois et Normand Chaurette. Un theatre ou la repetition - sans
etre nomme'e - ne peut avoir lieu que comme fuite du sujet face a la
representation de son propre imaginaire. La scene est un voyage dont on
questionne l'issue. Ce theatre est le miroir parfait de sa situation
politique.

E)
Enfin il y a le metatheatral qui se donne comme une analogie au
fonctionnement du reve, et le reve se presente comme un mythe cache' qui
vient travailler l'Histoire.  Le reel et alors synonyme de fiction -- car
le passe' est visite' comme un mythe --comme l'inconscient du present --
qui engendre l'Histoire et eclaire le monstre dont il accouche.
Permettez-moi de faire allusion a mon propre travail. A quelques oeuvres de
montage de textes emprunte's  ou encore comme textes ecrits mais dans
l'ambiguité d'etre un discours écrit comme et pour de la mise en scene.

F) La notion de repetition surgit aussi du procede' de la mise en scene et
non exclusivement du texte a jouer. J'ai constate' que les metteurs en
scene de type "peintre" fonctionne de cette maniere (Kantor en est le
maitre). Pour eux le mot a la meme fonction que l'objet. L'acteur est
introduit a valeur egale a l'un quelconque des accessoires. Ce qui se
repete c'est d'abord du fonctionement scenique et accessoirement de la
parole. Pour moi c'est une forme vitale de metatheatre -- celle qui a voulu
combler des textes qui ne venaient pas. C'est meme tout le plaisir et
toute "l'impurete'" du theatre moderne.

Conclusion ouverte:

Je crois que le mot piege de la question posee par Watanabe, est celui de
*repetition* dont on doit urgemment definir le contexte et la convention
suppose'e avant de faire appel a un inventaire.

On doit savoir si les oeuvres nomme'es  par nos collgues sur ce reseau
mettent en jeu des procede's (le simulacre) ou des processus ( l'oeuvre en
marche) ce qui est bien different.
On ne peut pas amalgamer l'un a l'autre, meme si parfois ces deux modes de
la repetition se chevauchent, se cotoyent et de distancient comme
internalisation scenique du spectacle . Mais spectaclede quoi.? Et
repetition, oui,  mais dans quelle convention? Et encore faudra t-il
distinguer texte et mise en scene. Repetition et mise en abyme. Nous y
revoila....

Enfin allez jeter un coup d'oeil a Outrage au Public ou  au Marat-Sade de
Peter Weiss ( au Seuil), ou a tous les spectacles de feu Kantor... ou meme
a "Parade" de Potocki (XVIIIe siecle) publié  a Actes Sud. La Trilogie du
Revoir de Botho Strauss ( avec des reserves) . 5 No modernes de Mishima.
Materiaux pour Mede'e de Hainer Muller.

Il me semble vital de replacer les pieces a travers une grille minimale qui
les distinguent . Nous avons la un magnifique sujet de recherche...

Bien a vous,


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Serge Ouaknine
e-mail : r34424@er.uqam.ca
Montreal (Quebec)  Canada
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