référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-11/msg00004.html
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Re: TOUT EST DANS TOUT MAIS PAS RECIPROQUEMENT. BOURASSA ANDRE G



Chers collegues,
Je n'ai pas pris le temps encore d'examiner en details les diverses
nuances que soumet Serge ci-dessous, mais je suis d'accord avec son
intervention. Sans oser jusqu'a maintenant intervenir moi-meme,
j'esperais que Anthony Watanabe nous rappelle son sujet de facon precise,
car on passait insensiblement de la repetition a la specularite. Il y a un
bout de repetition dans _Hamlet_, quand ce dernier aide les comediens a
modifier les modalites d'assassinat, passage qui est un jeu dans le jeu
mais qu'il ne faut pas confondre sans distinction avec la piece dans la
piece. Je pense par ailleurs qu'on peut parler de repetition et de piece
dans la piece, pour des moments differents, dans _Mephisto_ d'Ariane
Mnouchkine. Vous trouverez certaines references dans les archives de
Queatre, a <mise_en_abyme>, en faisant, entre les differents titres
suggeres, les distinctions qui s'imposent.
Amities, Andre G. Bourassa.

On Wed, 6 Nov 1996, Serge Ouaknine wrote:

> 6 nov 96
> 
> Chers Collegues,
> 
> La question posée par  Anthony Watanabe etait la suivante:
> << Je suis a la recherche de pieces metatheatrales de toute epoque dont le
> spectacle interne est une repetition.>>
> 
> Dans la liste des pieces qui ont ete donne'es ces jours-ci pour répondre a
> cette question il me semble  lire une certaine imprecision voire une
> confusion.
> La notion de "spectacle interne" est vaste et ne signifie pas
> automatiquement mettre en jeu une "repetition". Les deux concepts me
> semblent disctincts et réclament une clarification.
> 
> 1) Un spectacle qui enonce une repetition en marche n'est pas forcement du
> theatre dans du theatre ni du metatheatre.
> 
> 2) Un spectacle ou' du theatre a lieu dans du theatre (Hamlet) n'est pas
> forcement une repetition mais une actualisation d'une scene theatrale dans
> du theatre.
> 
> 3)Une piece mettant en jeu une repetition en marche met en jeu non pas la
> representation mais son proces d'elaboration avec, generalement, au moins
> un moment de decrochage. Cela ne garantit pas forcement la metatheatralite'
> de cette internalisation.
> 
> 4) L'auto-reflexivite, ( voir a ce sujet la brillante etude de W. Krisinski
> dans son ouvrage Le paradigme inquiet - Pirandello)  est beaucoup plus
> complexe que la simple enonciation d'une repetion dans une piece ne laisse
> supposer.
> 
> 5) La question du " metatheatral" est passionnante, car elle est interpelle
> celle la meme de la *convention* qui regit une oeuvre et lui donne sa
> coherence. Mais il faudrait rafiner la formulation et distinguer les
> fonctionnements de  ces conventions que l'on ne peut pas toutes amalgamer
> dans un meme recipient, au risque de generer  de serieuses confusions.
> 
> 6) Pieces metatheatrales, repetition ( et son contexte), spectacle interne,
> theatre dans le theatre, vie et theatre sur scene, simulacre , rituel du
> représente', theatre en marche, repetition en marche, mythe et histoire,
> icone et reflet, vrai et illusion, imaginaire et fiction, presence et
> vertige,  sont des concepts dont il faut de/epaissir la mise en scene.
> Sinon:
> 
> TOUT EST DANS TOUT MAIS PAS RECIPROQUEMENT.
> 
> 7) J'insiste: la repetition fut-elle interne,  n'est pas forcement le
> metatheatral, le theatre dans le theatre n'est pas forcement une
> repetition.
> Repetition a , au moins, deux sens qu'il faudrait encore developper.
> La repetion reele (le theatre qui se montren train de se faire pour edifier
> le theatre)  et la repetition simulacre (le theatre qui s'elabore pour se
> deconstruire, s'auto annuler) ...
> 
> Exemples ouverts et non-exhaustifs :
> 
> A)
> Meme si dans Hamlet une scene de theatre vient s'actualiser par "une
> catharsis" interne aux personnages (le rappel du meurtre) ce n'est pas
> exactement une mise en abyme du theatre par lui-meme ( au sens
> pirandellien) ni une mise en abyme de la vie par le simulacre de sa
> représentation ( les meilleurs pieces de Jean Genet). Ici la scene des
> comediens est un authentique psychodrame et fonctionne comme tel. La
> convention theatrale reste intacte, le reste de la piece n'est pas atteint,
> en tant que procede', c'est seulement la vie qui est vise'e --  meme et
> surtout -- si "the world is a stage"...... et sans doute cause de cela...
> Hamlet n'entre pas dans  la categorie des repetitions  "internes" a une
> piece... Pour Shakespeare c'est la vie qui est methatheatrale -- pas le
> spectacle.
> 
> Qu'est-ce qui est  a l'oeuvre ici par cette ide'e du metatheatral ( et qui
> ne fonctionnerait pas comme Hamlet)  sinon la tentation de faire du sujet
> meme de la representation un proces ( et non un usage) de sa convention.
> L'objet entier de la representation est alors de souligner son propre
> artifice. Le maitre inconteste' de cette operation  est Pirandello.
> 
> B)
> Est-ce cela que vise la question de Anthony Watanabe? Dans ce cas la piece
> "**Le defunt**" de Rene de Obaldia est un exemple parfait. Deux femmes
> (epouse et maitresse -- nous ne decouvrirons qu'a la fin qu'il s'agit de
> deux actrices) se rencontrent pour evoquer les prouesses, qui de  l'epoux,
> qui de l'amant defunt. On decouvre dans les deux dernieres repliques
> seulement qu'il s'agit d'une **repetition**, un rendez-vous regulier ( a
> moins qu'il ne s'agisse d'une simple repetition)  que se font deux actrices
> et qui semblent "comme" chez Genet mettre un place un rituel du revivre
> par le simulacre du vivre vrai.
> Et cela, dans le seul but de ""pieger"" l'Ide'e meme de ce vrai. C'est le
> theatre qui triomphe et c'es la vie qui en patit.
> 
> C)
> Mais Jean Genet est plus complexe et plus profond qu'Obaldia. Dans le  *Le
> Balcon* meme si nous sommes les voyeurs distants des scenes du bordel ou le
> citoyen (chacun de nous donc)  peut venir jouer le costume de son choix
> (Juge, Eveque, General) . Il y une intrusion du vrai dans de la fiction (
> Roger le revolutionnaire ou le Chef de la Police) sont des referents du
> dehors pour devalider les simulacres du dedans. Ici il y une authentique et
> magistrale "metatheatralite'" . Ainsi Genet est d'une categorie differente
> d'Obaldia, de Shakespeare ou de Pirandello.
> 
> D)
> Il y aurait encore le depot d'une parole comme auto-representation, comme
> errance du sujet dans la convention du miroir pirandellien mais sans
> remettre en question le medium theatral. C'est, il me semble, sur ce
> creneau que s'inscrit le meilleur theatre quebecois contemporain.
> Rene-Daniel Dubois et Normand Chaurette. Un theatre ou la repetition - sans
> etre nomme'e - ne peut avoir lieu que comme fuite du sujet face a la
> representation de son propre imaginaire. La scene est un voyage dont on
> questionne l'issue. Ce theatre est le miroir parfait de sa situation
> politique.
> 
> E)
> Enfin il y a le metatheatral qui se donne comme une analogie au
> fonctionnement du reve, et le reve se presente comme un mythe cache' qui
> vient travailler l'Histoire.  Le reel et alors synonyme de fiction -- car
> le passe' est visite' comme un mythe --comme l'inconscient du present --
> qui engendre l'Histoire et eclaire le monstre dont il accouche.
> Permettez-moi de faire allusion a mon propre travail. A quelques oeuvres de
> montage de textes emprunte's  ou encore comme textes ecrits mais dans
> l'ambiguité d'etre un discours écrit comme et pour de la mise en scene.
> 
> F) La notion de repetition surgit aussi du procede' de la mise en scene et
> non exclusivement du texte a jouer. J'ai constate' que les metteurs en
> scene de type "peintre" fonctionne de cette maniere (Kantor en est le
> maitre). Pour eux le mot a la meme fonction que l'objet. L'acteur est
> introduit a valeur egale a l'un quelconque des accessoires. Ce qui se
> repete c'est d'abord du fonctionement scenique et accessoirement de la
> parole. Pour moi c'est une forme vitale de metatheatre -- celle qui a voulu
> combler des textes qui ne venaient pas. C'est meme tout le plaisir et
> toute "l'impurete'" du theatre moderne.
> 
> Conclusion ouverte:
> 
> Je crois que le mot piege de la question posee par Watanabe, est celui de
> *repetition* dont on doit urgemment definir le contexte et la convention
> suppose'e avant de faire appel a un inventaire.
> 
> On doit savoir si les oeuvres nomme'es  par nos collgues sur ce reseau
> mettent en jeu des procede's (le simulacre) ou des processus ( l'oeuvre en
> marche) ce qui est bien different.
> On ne peut pas amalgamer l'un a l'autre, meme si parfois ces deux modes de
> la repetition se chevauchent, se cotoyent et de distancient comme
> internalisation scenique du spectacle . Mais spectaclede quoi.? Et
> repetition, oui,  mais dans quelle convention? Et encore faudra t-il
> distinguer texte et mise en scene. Repetition et mise en abyme. Nous y
> revoila....
> 
> Enfin allez jeter un coup d'oeil a Outrage au Public ou  au Marat-Sade de
> Peter Weiss ( au Seuil), ou a tous les spectacles de feu Kantor... ou meme
> a "Parade" de Potocki (XVIIIe siecle) publié  a Actes Sud. La Trilogie du
> Revoir de Botho Strauss ( avec des reserves) . 5 No modernes de Mishima.
> Materiaux pour Mede'e de Hainer Muller.
> 
> Il me semble vital de replacer les pieces a travers une grille minimale qui
> les distinguent . Nous avons la un magnifique sujet de recherche...
> 
> Bien a vous,
> 
> 
>               (1 + 1 = 3)
>         /\_/\ o
>         (@ @)
>         (*)
> 
> +----oOO-----OOo----------+
> Serge Ouaknine
> e-mail : r34424@er.uqam.ca
> Montreal (Quebec)  Canada
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