référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-11/msg00005.html
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Re: TOUT EST DANS TOUT MAIS PAS RECIPROQUEMENT. Anthony Makoto Watanabe



Bonjour tout le monde,

Permettez-moi tout d'abord de remercier ceux et celles qui 
ont repondu a mon appel en suggerant des pistes a suivre et 
des pieces a decouvrir. En particulier, je tiens a remercier 
Serge Ouaknine dont la fine reflexion et les precisions ont 
repondu a certaines questions tout en en posant d'autres. 
Que je m'explique.

Je suis entierement d'accord avec M. Ouaknine quand il 
precise que theatre dans le theatre ne veut pas forcement 
dire repetition. Dans ma question initiale, je cherchais 
tres specifiquement des pieces dont l'intrigue se compose 
(partiellement ou entierement) d'une (des) repetition(s), ce 
que j'ai cru avoir illustre a travers les pieces que j'ai 
mentionnees.

J'ai beaucoup apprecie la distinction faite par M. Ouaknine 
entre les deux sens de "repetition", a savoir le simulacre 
versus l'oeuvre en marche (voir 7 ci-dessous). Cette une 
opposition a laquelle je n'avais pas pense et qui me semble 
bien juste.

Ce que je trouve problematique c'est la relation entre 
metatheatralite, theatre dans le theatre et repetition. J'ai 
toujours conceptualise le rapport entre ces trois phenomenes 
de la facon suivante :

	metatheatralite

		|

	theatre dans le theatre

		|

	repetition

ou repetition n'est qu'une forme du theatre dans le theatre 
et ou celui-ci n'est qu'une manifestation du metatheatre.

Lorsqu'on parle de metatheatre, si "l'objet entier de la 
representation est de souligner son propre artifice" comme 
le dit M. Ouaknine, ne pourrait-on pas voir dans la 
repetition un processus d'auto-reflexivite qui sert 
justement a mettre a nu, pour ainsi dire, la creation 
theatrale elle-meme? 

C'est donc le premier propos de M. Ouaknine (voir 1 
ci-dessous) que je ne comprends pas.

Cordialement,

Anthony Watanabe



6 nov 96

Chers Collegues,

La question pos=E9e par  Anthony Watanabe etait la suivante:
<< Je suis a la recherche de pieces metatheatrales de toute 
epoque dont le
spectacle interne est une repetition.>>

Dans la liste des pieces qui ont ete donne'es ces jours-ci 
pour r=E9pondre a
cette question il me semble  lire une certaine imprecision 
voire une
confusion.
La notion de "spectacle interne" est vaste et ne signifie 
pas
automatiquement mettre en jeu une "repetition". Les deux 
concepts me
semblent disctincts et r=E9clament une clarification.

1) Un spectacle qui enonce une repetition en marche n'est 
pas forcement du
theatre dans du theatre ni du metatheatre.

2) Un spectacle ou' du theatre a lieu dans du theatre 
(Hamlet) n'est pas
forcement une repetition mais une actualisation d'une scene 
theatrale dans
du theatre.

3)Une piece mettant en jeu une repetition en marche met en 
jeu non pas la
representation mais son proces d'elaboration avec, 
generalement, au moins
un moment de decrochage. Cela ne garantit pas forcement la 
metatheatralite'
de cette internalisation.

4) L'auto-reflexivite, ( voir a ce sujet la brillante etude 
de W. Krisinski
dans son ouvrage Le paradigme inquiet - Pirandello)  est 
beaucoup plus
complexe que la simple enonciation d'une repetion dans une 
piece ne laisse
supposer.

5) La question du " metatheatral" est passionnante, car elle 
est interpelle
celle la meme de la *convention* qui regit une oeuvre et lui 
donne sa
coherence. Mais il faudrait rafiner la formulation et 
distinguer les
fonctionnements de  ces conventions que l'on ne peut pas 
toutes amalgamer
dans un meme recipient, au risque de generer  de serieuses 
confusions.

6) Pieces metatheatrales, repetition ( et son contexte), 
spectacle interne,
theatre dans le theatre, vie et theatre sur scene, simulacre 
, rituel du
repr=E9sente', theatre en marche, repetition en marche, 
mythe et histoire,
icone et reflet, vrai et illusion, imaginaire et fiction, 
presence et
vertige,  sont des concepts dont il faut de/epaissir la mise 
en scene.
Sinon:

TOUT EST DANS TOUT MAIS PAS RECIPROQUEMENT.

7) J'insiste: la repetition fut-elle interne,  n'est pas 
forcement le
metatheatral, le theatre dans le theatre n'est pas forcement 
une
repetition.
Repetition a , au moins, deux sens qu'il faudrait encore 
developper.
La repetion reele (le theatre qui se montren train de se 
faire pour edifier
le theatre)  et la repetition simulacre (le theatre qui 
s'elabore pour se
deconstruire, s'auto annuler) ...

Exemples ouverts et non-exhaustifs :

A)
Meme si dans Hamlet une scene de theatre vient s'actualiser 
par "une
catharsis" interne aux personnages (le rappel du meurtre) ce 
n'est pas
exactement une mise en abyme du theatre par lui-meme ( au 
sens
pirandellien) ni une mise en abyme de la vie par le 
simulacre de sa
repr=E9sentation ( les meilleurs pieces de Jean Genet). Ici 
la scene des
comediens est un authentique psychodrame et fonctionne comme 
tel. La
convention theatrale reste intacte, le reste de la piece 
n'est pas atteint,
en tant que procede', c'est seulement la vie qui est vise'e 
--  meme et
surtout -- si "the world is a stage"...... et sans doute 
cause de cela...
Hamlet n'entre pas dans  la categorie des repetitions  
"internes" a une
piece... Pour Shakespeare c'est la vie qui est 
methatheatrale -- pas le
spectacle.

Qu'est-ce qui est  a l'oeuvre ici par cette ide'e du 
metatheatral ( et qui
ne fonctionnerait pas comme Hamlet)  sinon la tentation de 
faire du sujet
meme de la representation un proces ( et non un usage) de sa 
convention.
L'objet entier de la representation est alors de souligner 
son propre
artifice. Le maitre inconteste' de cette operation  est 
Pirandello.

B)
Est-ce cela que vise la question de Anthony Watanabe? Dans 
ce cas la piece
"**Le defunt**" de Rene de Obaldia est un exemple parfait. 
Deux femmes
(epouse et maitresse -- nous ne decouvrirons qu'a la fin 
qu'il s'agit de
deux actrices) se rencontrent pour evoquer les prouesses, 
qui de  l'epoux,
qui de l'amant defunt. On decouvre dans les deux dernieres 
repliques
seulement qu'il s'agit d'une **repetition**, un rendez-vous 
regulier ( a
moins qu'il ne s'agisse d'une simple repetition)  que se 
font deux actrices
et qui semblent "comme" chez Genet mettre un place un rituel 
du revivre
par le simulacre du vivre vrai.
Et cela, dans le seul but de ""pieger"" l'Ide'e meme de ce 
vrai. C'est le
theatre qui triomphe et c'es la vie qui en patit.

C)
Mais Jean Genet est plus complexe et plus profond 
qu'Obaldia. Dans le  *Le
Balcon* meme si nous sommes les voyeurs distants des scenes 
du bordel ou le
citoyen (chacun de nous donc)  peut venir jouer le costume 
de son choix
(Juge, Eveque, General) . Il y une intrusion du vrai dans de 
la fiction (
Roger le revolutionnaire ou le Chef de la Police) sont des 
referents du
dehors pour devalider les simulacres du dedans. Ici il y une 
authentique et
magistrale "metatheatralite'" . Ainsi Genet est d'une 
categorie differente
d'Obaldia, de Shakespeare ou de Pirandello.

D)
Il y aurait encore le depot d'une parole comme 
auto-representation, comme
errance du sujet dans la convention du miroir pirandellien 
mais sans
remettre en question le medium theatral. C'est, il me 
semble, sur ce
creneau que s'inscrit le meilleur theatre quebecois 
contemporain.
Rene-Daniel Dubois et Normand Chaurette. Un theatre ou la 
repetition - sans
etre nomme'e - ne peut avoir lieu que comme fuite du sujet 
face a la
representation de son propre imaginaire. La scene est un 
voyage dont on
questionne l'issue. Ce theatre est le miroir parfait de sa 
situation
politique.

E)
Enfin il y a le metatheatral qui se donne comme une analogie 
au
fonctionnement du reve, et le reve se presente comme un 
mythe cache' qui
vient travailler l'Histoire.  Le reel et alors synonyme de 
fiction -- car
le passe' est visite' comme un mythe --comme l'inconscient 
du present --
qui engendre l'Histoire et eclaire le monstre dont il 
accouche.
Permettez-moi de faire allusion a mon propre travail. A 
quelques oeuvres de
montage de textes emprunte's  ou encore comme textes ecrits 
mais dans
l'ambiguit=E9 d'etre un discours =E9crit comme et pour de la 
mise en scene.

=46) La notion de repetition surgit aussi du procede' de la 
mise en scene et
non exclusivement du texte a jouer. J'ai constate' que les 
metteurs en
scene de type "peintre" fonctionne de cette maniere (Kantor 
en est le
maitre). Pour eux le mot a la meme fonction que l'objet. 
L'acteur est
introduit a valeur egale a l'un quelconque des accessoires. 
Ce qui se
repete c'est d'abord du fonctionement scenique et 
accessoirement de la
parole. Pour moi c'est une forme vitale de metatheatre -- 
celle qui a voulu
combler des textes qui ne venaient pas. C'est meme tout le 
plaisir et
toute "l'impurete'" du theatre moderne.

Conclusion ouverte:

Je crois que le mot piege de la question posee par Watanabe, 
est celui de
*repetition* dont on doit urgemment definir le contexte et 
la convention
suppose'e avant de faire appel a un inventaire.

On doit savoir si les oeuvres nomme'es  par nos collgues sur 
ce reseau
mettent en jeu des procede's (le simulacre) ou des processus 
( l'oeuvre en
marche) ce qui est bien different.
On ne peut pas amalgamer l'un a l'autre, meme si parfois ces 
deux modes de
la repetition se chevauchent, se cotoyent et de distancient 
comme
internalisation scenique du spectacle . Mais spectaclede 
quoi.? Et
repetition, oui,  mais dans quelle convention? Et encore 
faudra t-il
distinguer texte et mise en scene. Repetition et mise en 
abyme. Nous y
revoila....

Enfin allez jeter un coup d'oeil a Outrage au Public ou  au 
Marat-Sade de
Peter Weiss ( au Seuil), ou a tous les spectacles de feu 
Kantor... ou meme
a "Parade" de Potocki (XVIIIe siecle) publi=E9  a Actes Sud. 
La Trilogie du
Revoir de Botho Strauss ( avec des reserves) . 5 No modernes 
de Mishima.
Materiaux pour Mede'e de Hainer Muller.

Il me semble vital de replacer les pieces a travers une 
grille minimale qui
les distinguent . Nous avons la un magnifique sujet de 
recherche...

Bien a vous,


              (1 + 1 =3D 3)
        /\_/\ o
        (@ @)
        (*)

+----oOO-----OOo----------+
Serge Ouaknine
e-mail : r34424@er.uqam.ca
Montreal (Quebec)  Canada
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Anthony Makoto Watanabe	      Oui, croyez-moi, pour vivre 
3me cycle 	      	      dans la verite,
Etudes francaises      	      jouez la comedie! 
Universite de Toronto			  Albert Camus

University French  http://www.epas.utoronto.ca:8080/french

a.watanabe@utoronto.ca
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