référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-11/msg00007.html
     Chronologie       
     Conversation       

Re:ET DE NOUVEAU TOUT N'EST PAS DANS TOUT Serge Ouaknine



Cher Anthony Watanabe,


Vous semblez proche du but. COMME vous comme vous l'indiquez vous
comnprenez que ( je vous cite):

>Je suis entierement d'accord avec M. Ouaknine quand il
>precise que theatre dans le theatre ne veut pas forcement
>dire repetition
=========>>>>
>Ce que je trouve problematique c'est la relation entre
>metatheatralite, theatre dans le theatre et repetition. J'ai
>toujours conceptualise le rapport entre ces trois phenomenes
>de la facon suivante :
>
>        metatheatralite
>                |
>        theatre dans le theatre
>                |
>        repetition
>
>ou repetition n'est qu'une forme du theatre dans le theatre
>et ou celui-ci n'est qu'une manifestation du metatheatre.
=============>>>>
ICI COMMENCE VOTRE "NON-DISCERNEMENT". IL ME SEMBLE QUE VOTRE SCHEMA
VERTICAL FONCTIONNE DE MANIERE MECANISTE ET LINEAIRE.

EN EFFET VOUS PRENEZ POUR ACQUIS QUE "REPETITION EN MARCHE IMPLIQUE THEATRE
DANS LE THEATRE ET QUE CE DERNIER ENGENDRE (VISION MECANISTE DE TYPE
POSITIVISTE)  LA METATHEATRALITE. TOUT L'EFFORT DE MON ARTICLE ETAIT DE
VOUS FAIRE ENTREVOIR QUE CELA NE FONCTIONNE PAS AINSI ET AUSSI SIMPLEMENT.
CAR VOTRE SCHEMA EGALISE TOUT.

ET JE COMPRENDS AUSSI POURQUOI LA FORMULATION DE VOTRE QUESTION A ENGENDRE
DE LA "CONFUSION" DANS LES REPONSES, CAR VOTRE FORMULATION EST
(PARDONNEZ-MOI) UN PEU  "TOTALITAIRE".
C'EST A DIRE QU'ELLE ME RESPIRE PAS. POURQUOI? SIMPLEMENT PARCE QUE VOUS
PRENEZ POUR ACQUIS QUE REPETITION IN CORPUS INTERNE = THEATRE DANS LE
THEATRE = METATHEATRE.
NON CHER AMI, VOUS FAITES UNE CONFUSION.

PERMETTEZ MOI DE PRENDRE UN EXEMPLE EMPRUNTE' A VOTRE PROPRE CULTURE.
DANS UN SPECTACLE DE NO. L'ACTEUR QUI ENTRE EN SCENE EST UN HOMME MAIS IL
EST MASQUE ET HABILLE EN FEMME (LES FEMMES LES PLUS GRACILES ET LES PLUS
INSONDABLES QUE J'AI RENCONTREES SONT DES... JAPONAIS). NOUS SAVONS QUE
C'EST UNE FEMME QUI EST REPRESENTEE ET NOUS SAVONS AUSSI QUE C'EST UN HOMME
QUI JOUE. CETTE FEMME/HOMME APPARAIT COMME EFFET DE REEL. COMME VIVANT.
POURTANT DANS LA CONVENTION DU NO NOUS SAVONS AUSSI QUE CETTE FEMME PEUT
ETRE L'INCARNATION D'UNE AME REVENANTE. IL Y A DES MOMENTS OU LE PUBLIC
SAIT QUE C'EST LA REVENANTE QUI CHANTE ET AGIT ET JUSTE APRES (CHANGEMENT
DE CONVENTION ET DE TEMPORALITE MAIS PAS D'APPARENCE) C'EST UNE FEMME DE
MAINTENANT MAIS PAR LE PRISME DE LA MEMEOIRE.
NOUS VOILA EN PRESENCE D'UN HOMME QUI FAIT ( DIVINEMENT ET SUBLIMEMENT) LE
SIMULACRE VRAI D'UNE FEMME QUI EST TANTOT VIVANTE ET TANTOT MORTE. IL S'
AGIT DONC D'UNE CONVENTION A L'INTERIEUR D'UNE CONVENTION A L'INTERIEUR
D'UNE CONVENTION. LE PROCESSUS DE METAMORPHOSE EST COHERENT AVEC LA VISION
SHINTOISTE QUI EGALISE LES VIVANTS ET LES MORTS A L'INTERIEUR DE LA
CONVENTION THEATRALE. CECI EST UN TRAIT DE GENIE DE VOTRE CULTURE. LE
CHANGEMENT EFFECTIF DE CONVENTION DEMEURE COHERENT  ET CE QUI SE JOUE
DEVANT NOUS EST UN **METATHEATRE** PAR LA DISTILLATION STYLISTIQUE DE  LA
FORME. CE QUI SE REPETE ET SE JOUE, A VUE, OFFRE LA MAITRISE EXCEPTIONNELLE
NON PAS DU "SIMULACRE" AU SENS OCCIDENTAL MAIS DU VRAI AU SEN -- OU POUR UN
JAPONAIS RAFINE' EST "VRAI" CE QUI DONNE L'EGALITE DU SENTIMENT DE LA VIE (
LA FEMINITE,) ET DE LA MORT ( SON PARFUM ET SA LENTEUR REELLE CAR LA MORT A
TOUT SON TEMPS).
LE THEATRE OCCIDENTAL EST PLUS DICHOTOMIQUE ET SE HEURTE TOUJOURS A UN
HIATUS ENTRE LE MOT ET LE CORPS, LE MORT/OBJET ET LE VIVANT/PAROLE. LE
PASSAGE DU REPRESENTE, SA REPETITION EST UN UN CHANGEMENT CONVENTIONEL A
TRAVERS LE MEME DOUTE DE L'APPARENCE.PARCE QUE LE VRAI PEUT NE PAS ETRE
DANS L'ELOCUTION,  LA SCENE SE **REPETE** POUR NOUS MONTRER LA PAROLE COMME
SOURCE POTENTIELLE DU FACTICE.  LE VRAI DE L'ELOCUTION ( LE FAMEUX PARADOXE
DE DIDEROT) DOIT PASSER A L'EPREUVE DU PARAITRE PAR KLA REPETITION. *****CE
N'EST PAS DU METATHEATRE****.

PLUTOT ET SIMPLEMENT UNE MISE EN DEFAUT. UN DOUTE CIVILISATIONNEL SUR LE
SENS. DONC EN OCCIDENT, UNE REPETITION A L'INTERIEUR D'UNE SCENE,NE SIGNIFE
PAS UN CHANGEMENT DE NATURE A L'ECHELE DU VRAI ( LE VIVANT/LE MORT DU NO)
MAIS TOUT SON CONTRAIRE: LA MISE EN DOUTE MANIFESTE DU REPRESENTE" D'OU
VOTRE CONCLUSION HATIVE: DE LA REPETITION DANS DU THEATRE C'EST DU
METATHEATRE. NON.
ÀLE METATHEATRE OCCIDENTAL S'ETABLIT EN TERME  DERUPTURE DE CONVENTION.
LE METATHEATRE JAPONAIS S'ETABLIT EN TERME  DE CONTINUITE.
LE JAPON NOUS INSTRUIT D'UNE EGALITE VERTICALE ( LE PASSAGE DES MORTS AUX
VIVANTS ET RECIPROQUEMENT).

L'OCCIDENT TOUT ENTIER NOUS INSTRUIT D'UNE INEGALITE HORIZONTALE: LE
PASSAGE DU VRAI A SON SIMULACRE ET DU SIMULACRE A SA MISE EN ABYME.

POUR <<CONCLURE>>:

AU JAPON IL Y A CONTINUITE LOGIQUE DANS LA CONVENTION PARCE QU'IL NE
VIENDRAIT A L'IDEE DE PERSONNE DE DOUTER DE LA REPRESENTATION (MEME DANS LE
COMIQUE) -- VOTRE CULTURE VOIT DANS LA MATIERE L'INVISIBLE PRESENCE DE SON
ESPRIT ALORS QU'EN OCCIDENT ( AVEC ET DEPUIS LA MODERNITE -- MAIS NI CHEZ
RACINE NI CHEZ BECKETT POUR DES RAISONS TROP COMPLEXES A DEVELOPPER ICI) LE
SIMULACRE EST LE CONTRAIRE DU VRAI, LA REPETITION N'INSTRUIT PAS LE
THEATRE, ELLE  LE MET EN DEFAUT.

ET LE THEATRE DANS LE THEATRE EST UN PROCEDE QUI EXPRIME LA CRISE DE LA
MATERIAILITE DE LA CONVENTION SCENIQUE. MATERIALITE ( LE VRAI APPARENT) AU
MYSTERE INSONDABLE DE L'ETRE, EN QUETE DE ROLE (GENET) D'AUTEUR
(PIRANDELLO) DONC DE LEGITIMITE EXISTENTIELLE.
SI JE PRENDS CE LONG DETOUR ANTROPOLOGIQUE ET AUX RESONANCES METAPHYSIQUE
C'EST QUE JE CROIS Y LIRE LA CLE DE NOTRE <<MALENTENDU>>.
ET POUR REVENIR A PRESENT A VOTRE INQUIETUDE:

=======>>
>Lorsqu'on parle de metatheatre, si "l'objet entier de la
>representation est de souligner son propre artifice" comme
>le dit M. Ouaknine, ne pourrait-on pas voir dans la
>repetition un processus d'auto-reflexivite qui sert
>justement a mettre a nu, pour ainsi dire, la creation
>theatrale elle-meme?

OUI.CM'ETS EXACTEMENT CELA. MAIS LES NUANCE SONT TRES NOMBREUSES. ET ET
L'AMALGAME QUE NOUS RISQUONS DE FAIRE AVEC VOUS EST ABUSIVEMENT REDUCTEUR.
========>>
>C'est donc le premier propos de M. Ouaknine (voir 1
>ci-dessous) que je ne comprends pas.
ALORS JE REPRENDS MA PROPRE PHRASE:
>1) Un spectacle qui enonce une repetition en marche n'est
>pas forcement du theatre dans du theatre ni du metatheatre.


CELA SIGNIGIE QUE L'ON DOIT LIRE L'APPARITION DE CET EFFET DANS SON
***CONTEXTE***. IL FAUT LIRE LE JEU DES PARADIGMES ENTRE EUX, LES UNIVERS
MIS OU NON EN ABYME, EN DERISION , EN DEFAUT D' ETRE, EN AUTO-REFLEXIVITE'
ETC...
C'EST LE **CONTEXTE*** ET NON PAS L'EFFET QUI OPERE. AUTREMENT TOUT NE
SERAIT QUE RECETTES...ET TOUS LES AUTEURS ECRIRAIENT DE LA MEME FACON....
POUR VOUS CLARIFIER CELA:

>"**Le defunt**" de Rene de Obaldia est un exemple parfait.
>Deux femmes (epouse et maitresse -- nous ne decouvrirons qu'a la fin
>qu'il s'agit de deux actrices) se rencontrent pour evoquer les prouesses,
>qui de  l'epoux, qui de l'amant defunt. On decouvre dans les deux dernieres
>repliques seulement qu'il s'agit d'une **repetition**,  ETC ETC ETC

DANS CE CAS CI LA MISE EN ABYME EST PAUVRE PARCE QUE TOUTE LA PIECE EST UNE
REPETITION A PART 2 REPLIQUES. ALORS QUE  MARAT-SADE DE PETER WEISS MET EN
JEU UNE PEPETITION DANS UN ASILE D'ALIENES AVEC DES PASSAGES DE SCENES
HISTORIQUES, A CES SCENES DE COMMENTAIRES A DES SCENES DE "REALITE
QUOTIDIENNE", A DES DELIRE ETC. DANS MARAT-SADE L'AUTEUR TENTE UN
METALANGAGE -- PAS A CAUSE DE L'EFFET DE REPETITION -- MAIS D'UN
QUESTIONNEMENT PAR INCIDENCES MULTIPLES OU LES SCENES CHERCHENT UN SENS A
L'HISTOIRE HUMAINE SELON DIFFERENTES CONVENTIONS INTERNES. LA REPETITION
EST UN --SEULEMENT--DES PROCEDES POSSIBLES.
LA REPETITION NE SIGNE PAS AUTOMATIQUEMENT LE METATHEATRE. EST-CE CLAIR?

GENET MET EN SCENE DES SIMULACRES (DANS LE BALCON ET DANS LES BONNES) AVEC
DES SIGNIFICATIONS TOUTES DIFFERENTES. JE VEUX SEULEMENT "CRIER" QUE VOUS
***N'AVEZ PAS LE <DROIT>*** (PARDONNEZ MOI) DE TOUT METTRE DANS LE MEME
SAC. C'EST INSENSE!!! PARCE QUIL Y A CONTRAIREMENT AUX CONVENTIONS
JAPONAISES UNE MULTITUDE DE MISE EN DEFAUT DU SENS ET DU PARAITRE DANS
CETET QUETE DU REEL QU'EST LE THEATRE EN OCCIDENT.
LE METATHEATRE, ME SEMBLE T-IL, ADVIENT PAR LES VERTUES DE LA
DECONSTRUCTION DES CONVENTIONS DE LA REPRESENTATION ET PAR LA MISE EN
DESORDRE DE LA LINEARITE DU RECIT -- UNE TENTATION HEROIQUE POUR GAGNER UNE
REPONSE METAPHYSIQUE QUI RECONCILIERAIT LES MOTS ET LES CHOSES, L'ETRE ET
SON DOUBLE, L'ETRE ET LE PARAITRE, LE CORPS ET LA MORT, L'ESPRIT ET LE
VIVANT...
CECI EST <MA> LECTURE. IL SE PEUT QUE MA LECTURE SOIT A SON TOUR OBLIQUE ET
GROSSIERE. ELLE EST AUSSI PARTIELLE  ET SUREMENT PARTIALE. INSTRUISEZ MOI.
C'EST LA BEAUTE DE CE RESEAU.

CHER AMI, DITES NOUS, JE VOUS PRIE, CE QUE VOUS ENTENDEZ PAR METATHEATRE.

BIEN A VOUS

              (1 + 1 = 3)
        /\_/\ o
        (@ @)
        (*)

+----oOO-----OOo----------+
Serge Ouaknine
e-mail : r34424@er.uqam.ca
Montreal (Quebec)  Canada
+-------------------------+