référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-11/msg00047.html
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AHAHohohobjet-referent/theatral (*texte long*) Serge Ouaknine



Essai de Serge Ouaknine pour Christiane Martin Gerson en reponse a la
question pose'e:

>Presentement je suis preoccupee par la question de l'objet et du referent
>comme etant les composantes responsables du demarrage du processus de
>signification chez le spectateur de theatre....
===>>>
... Je desire savoir si quelqu'un s'est deja arrete a la fonction de l'objet
>et du referent au theatre.
>Christiane Martin Gerson

=============

Semiologie du spectacle et refoulement du politique.

La grande mare'e de la semiologie theatrale, des le depart, s'est
embourbe'e dans une phagocytose des concepts de la linguistique. Avec tout
le respect qu'on lui doit et en dehors de sa recuperation du schema
actanciel de Greimas (celui des annees 60), **Lire le theatre** de Mm
Ubersfeld est platement ennuyeux -- un vulgaire transfert qui pretend
decouvrir un debut de typologie de discours scenique et qui ne se pointera
qu'avec un second ouvrage, "L'Ecole du spectateur" ou la le discours
s'anime et decouvre ses "limites" car c'est le theatre lui-meme qui
l'inspire..

On peut toujours s'inspirer des autres disciplines humaines -- tant qu'on
les nomme comme metaphore transistoire. Ce qui rend Bertolt Brecht
passionnant ce n'est pas sa rhetorique marxiste mais le fait que pour lui
donner un corps scenique il faille aller jusqu'en Chine, et la y trouver
les formes, referents et moteurs d'un discours social qui pose la notion de
referent, non dans des limites academiques, mais une perspective
revolutionnaire. Le macarthisme qui lui fit un proces lors de son passage a
Holywood ne s'était pas trompe' et avait bien decode' son discours. Le
genie de Brecht est d'avoir su mentir lors de son proce's pour sauver sa
liberte'. Lire sa vie et son oeuvre, est la plus belle lecon de theatre et
de semiotique qui soit pour comprendre les limites du social cette fois,
face a des referents trop efficacements enonce's.

Pour ma part, j'ai bien plus appris et compris du fonctionnement du
referent et de la lecture du discours en lisant des textes theoriques
d'artistes. Aucun de ces "fiefe's" semiologues n'arrivent a la cheville de
geants que furent les Eisenstein (toute son oeuvre est un monument a la
"fonction de l'objet et du referent"), et le Meyerhold des annees 20. Par
leurs analyses du signe cinematographique et du signe theatral, ils
demeurent des sources inepuisables de stimulation et de comprehension.
Quant a Brecht, sa vie entiere aura ete une brillante meditation sur "la
question de l'objet et du referent comme etant les composantes responsables
du demarrage du processus de signification chez le spectateur de theatre".
Tout y est. Dans l'humus fecond du geste et de ses strates
referentielles:lire non seulement "Le Petit Organon" ou "l'Achat du Cuivre"
mais tous les ecrits theoriques de B.B., edite's a l'Arche.

PLus pres de nous un petit ouvrage apparemment poetique, "Un barbare en
Asie" du peintre et poete Henri Michaux nous fera mieux comprendre les
impuissances organiques de l'Occident a se jeter dans "le signe" que toutes
les pirouettes rhetoriques de la dite semiologie. A mi-chemin entre
l'analyse litteraire et la lecture du discours en question le petit livre
sur Brecht de Georges Banu est une excellente introduction a cette cuisante
question.

Les gens de theatre ont un complexe devant les intellectuels (surtout au
Quebec) pour une simple raison:ils perdurent dans un discours fantasmatique
de l'effet, du corps, du deuil et parfois du cul, une semiotique de la
seduction sur la peau de chagrin d'un objet de desir toujours fuyant ou
obscure. Le spectacle a quitte' le politique pour le poil. Le corps n'y est
pas gestus ou signe mai seffet de lui-meme , redondance du transport de
l'auteur a son propre pouvoir autoreferentiel, solipsisme de la raison
desirante, evacue'e de la dite fonction sociale du discours. Le social a
perdu son referent sur les parois mercantiles du spectaculaire.
Aussi la semiologie apparait comme complice de cette tautologie apolitique
ou qui a reduit le politique a un verbe de la derive, a une choregraphie
d'un corps epuisable, d'un corps consommable mais pas d'un corps
combattant. Le carre de cette ultime retraite se fait complice d'une
delegitimisation de tout discours lumineux. L'etre dit etre obscur et
endeuille', violente' ou en fuite mais surtout pas miltant, ni oeuvrant et
si la lucidite le gagne elle le confine au tragique.
Le discours du spectaculaire veut l'ironie ou la mort. Les ruines se
vendent bien. Les derives ne peuvent arriver a bon port... Les figures
demeurent allusives mais jamais approfondies. Faire sens est pecher, mais
non-sens est sacrement.  La cite'e s'est hypocritement appele'e
post-moderne. Simulacre d'existence faite de citations, de forme, de
collures semiotique sur un fond d'inaccessibilite' onirique.
Canibalisme de la misere dans l'amnesie concerte'e des paradis artificiels.

A defaut d'une veritable reflexion sur la fonction politique de l'art  et
son urgence  metaphysique d'autre part, le corps devient  un effet de
corps.
Et la semiologie effet de saisie de son propre effet captateur. Miroir de
la science de l'objectivation dans le reflet extrapole'e d'une parole
desirante certes mais vide de tout projet.

Sans s'en rendre compte les semiologues sont devenus complices d'une
amnesie collective, alors que leur objet se voulait rappel et lecture en
marche du signe emergeant au sens. Si l'histoire n'a plus de sens, elle en
pert aussi l'ethique. Et le signe sans ethique surgit dan sl'ethnique, le
differencie', le connote' de la non appartenace mais consomme'e comme
telle, referent d'une structure morte et quasi decorative. Car l'analyse
n'avait pas d'objet createur. Les recuperations des discours de l'art (
dernier bastion de la resistance de l'etre au social et au metaphysique)
engendre alors une esthetique de l'effet.

A moins que ce soit l'economie marchande qui requiert des semiologues de
vendre la mecanique seulement mais pas le fonctionement du desir et moins
encore son projet. La post modernite a evince' la lecture sociale des
Lukatch et des Gramsci. Anna Arendt survie dans le miroir dejudaisant de
Heiddeger, son genie analytique des failles sociales advient parcequ'elle
traduit (trahit) la fuite de sa propre identite'. Elle est un effet de mode
analytique. Elle n'engendre pas  de proces.

Une etoile avait surgi de la brume, celle de Greimas. Car il posa, comme
Queneau, la semiotique comme une demarche utopie, un effort d e lecture
mais pas une thesaurisation, un exercice de style, moins qu'une science,
meme si son desir profond est de dominer tous les replis de la langue. Sa
demarche intuitive demeure vivante car elle fut ludique. Ce sont les
universitaires qui font ensuite de sa "poetique"  ecrivante/decodante, un
outil scientifique. En toute systematisation, il a du morbide.

Mais pourquoi ce detour? Simplement pour dire qu'une semiotique de la danse
ou du theatre est impossible. C'est la ou le corps se devide de son
controle surefere' qu'il commence a produire. Toute semiotique est un arret
de mort quiveut epingler un cheval indompte' a une amazone.

Les tentations d'une semiotique theatrale sont de surcroit encore plus
complexes car s'y ajoutent toutes les panoplies infinies du mot, de
l'interpretation qui ne le denote jamais entierement et ne finit jamais de
l'habiller. Ne touchons pas aux autres objets de la scene...

D'un aveu d'impuissance et d'un deuil la semiologie signe tout a la fois,
l'impossible saisie de la totalite' (le monde comme infini) et de la
globalite' (le signe comme finitude). Par le biais du langage, le balisage
semiotique pose par essence une limite dont l'objet est d'abord
metaphysique et secondairement social. Les "ideologemes' sont autant des
utopies sociales que des delires du desir. Mais comme le social est
refoule' aux limites de la langue, helas, tous les paradigmes economiques
sont evacue's, pour ne pas oser dire, en terme marxiste, ceux du partage
des classes.
Aussi articule'e soit-elle,l'entreprise demeure une bequille mais elle ne
constitue pas un pas instrument. Son but (inavoue'?) tend a cerner, voire
arreter la machinerie fabricatrice, a defaut du fonctionement reel de la
creation.
Et il serait temps de dire bien haut que dans ses strategies actuelles,
elle est sterile.

Pourquoi fecondite' du cote' de la linguistique et sterilite' du cote du
theatre? La question est bien vieille et remonte aux racines de la
constitution du discours en Occident. La coupure etablie dans la pense'e
greque, entre le Logos et le Corps, a engendre' la constitution de
l'alphabet phonetique dans lequel nous nous vehiculons et dont la linarite'
deconcertante oppose dans le recit, le temps a l'espace et le corps a la
pense'. La langue s'est ainsi oppose'e a la materialite' de son referent
objet c'esta dire l'opacite' du corps.

Une metaphysique se charge toujours de placer le langage (le Verbe) comme
source de la creation du monde ( La Bible, Les Vedas, Le Popol Vuh,les
Legendes des peuples Peules, Innuit, Guarani etc -- c'est quasiment
universel). Un semiotique du langage est donc uen interrogation de
l'origine du monde. C'est un effort pour rationaliser une cosmologie trahie
par la langue. Et des limites du langage et non comme encablure metalique
pour le maintenir. Il semble que l'ide'e d'inconscient, apres Freud, a su
inspirer les arts de la langue, tout comme un mythe ne se distingue pas de
la langue qui le propulse.  L'inconscient et sa soeur la semiologie tentent
donc de cerner les propulsions signifiantes de la langue car il arrive (
par effet de metonymie) que l alangue du corps se mette a fourcher, et l
aforche du diable de faire lapsus et jeu de mot...de produire du sens
derivant, expression cache'e des desirs, detours du corp ssocial tout en
tier et qui s'exprime par une derive, un debride'. LA langue enfourche le
cheval de la deraison et exprime son refoule'...
Quand les linguistes et grammairiens se sont empare' de cette question, au
debut du siecle, derriere Saussure, Einstein mettait a jour la Loi de la
Relativite et un peu plus tard dans les annes 20,le mathematicien Poincare'
etablissait la double nature de la lumiere: a la fois corpusculaire et
ondulatoire.
C'est dire que TOUT referent est a la foi fait de cette double et coherente
nature. Lumiere et donc matiere sont d'une double nature et non de nature
oppose'e. Et donc a l'affut de cette mouvance, les linguistes ont donc
cherche' la nature de cette epaisseur signifiante constituante du sens
apparent et du sens relatif ou cache'.
Et ce qui a fonctionne' admirablement pour l'etude des langues ne pouvait
fonctionner que la.

Car a la langue est faite de cette double realite du sonore et de son
corpus, comme la lumiere, d'une onde et d'une corpuscule -- d'ou une
voyellisation de type ondulatoire et une materialite consonantique de type
corpusculaire. Simultane'ment. En ajoutant, figeant les voyelles entre les
consonnes ( qui anterieurement chez les hebraico-pheniciens n'etaient pas
ecrityes) les Grecs ont arretes pour lew besoin de la clarte des messages
dans le negoce,fige' toute interpretation possible et que permettait le
fait qu'anterieurement les voyelles n'etaient pas ecrite et dechiffreable
qu epar le contexte. D'ou le passage d'une pense'e synhetique et
globalisante a une pense'e lineaire et totalisante.

Ainsi commenca le principe du schisme actuel. Mais comme le principe meme
de la langue ( qu'elle soit parle'e ou ecrite) demeure une symbolisation du
reel et non son objet (le concept de chien n'aboie ps), la demarche
scientifique des linguistes ( ancetres legimitimes des semiologues) est
demeure'e coherente car a l'interieur d'un meme medium,  celui de l'ecrit.
L'analyse va donc nous faire croire que le sens nomme' est le sens claire
et a retenir.

Parce que le theatre postule la mise en espace et dure'e de cette ecriture,
la coupure entre corps portant --l'acteur, ses accessoires et les millions
d'interpreations possibles -- et texte inscrit ne cessera jamais de
deporter la question du sens et du desir et donc toute semiotique de cette
fuite est certes possible mais condamne'e d'avance a constituer une
mythologie certes mais pas une science et moins encore une science
interpretative, et moins encore une science du decogade par le public des
referents investis.
Voila pourquoi, il semblerait plus rigoureux de s'en tenir aux discours des
poetes et des artistes de la scene et de douter des constructions
semiologiques.

Tout fait defaut au theatre. Au theatre occidental.  La realite du corps
comme coupure du mot. L'ephemerite de la presence comme tentation du corps.
Et de fait toute la culture occidentale cherche dans son discours theatral
le depassement obsessionnel du pasage oblige' de l'ecrit a la materialite
du parler.

Le referent alors se trouve a son tour scinde' en deux, les discours de
l'objet -- corps qui va de fait mieux avec decor et accessoire qu'avec
texte --, car texte et mot achoppent sur la fracture originelle. D'ou au
theatre,  ce retour recurrent des modes qui va de la quete des grands
textes a la quete des grands effets sceniques ( les metteurs en scene). Et
en danse, du desir d'un corps parlant ou dramatise' a un corps objet, rompu
au desir de l'envol ou aneanti dans l'hysterie de la gestuelle repetitive
et de son acceleration. Et chaque fois que le texte se replie, le corps
triomphe et chaque fois que le corps montre ses limites le decor, la
seduction scenographique prend la releve...
Le formel vient se substituer au politique. Et le discours semiotique s'en
contente.

Le formidable levier des fondateurs de l'esthetique scenique de notre
siecle ne cesse d'etre avorte' et rejete' dans le formel. Parce que ces
precurseurs courageux avaient bien senti et compris qu'il n'y a pas de
discours vital de la representation sans une perspective politique et, pas
d'art sans defi metaphysique et, pas de technique de l'art qui n'inscrive
le signe ou le corps dans un double discours: l'incarnation d'une part et
la dematerialite' du referent d'autre part. La lecon de Cezanne encore et
toujours.

Ainsi la question du referent s'inscrit autant dans une maitrise du medium
qui le porte que dans le questionnemnt critique du reel. L'art advient de
cette tension refere'e et mise en perspective. C'est le propre de l'oeuvre
d'art de poser son enigme et le propre su semioticien de tenter de resoudre
cette contradiction, l'ecart entre ces deux polarites. Entre la pulsion du
desir qui veut jouissance et sa reventilation sociale que veut reparation.
C'est l'art et lui seul qui est interpelle' dans cette operation. La
semiotique venat du dehors fait des prouesses mais advenant l'oeuvre n'y
peut presque rien.

Le discours sur l'art tente au mieux de rationaliser ce changement
inevitable de niveau,  entre l'objet et son immaterialite'. Si la
semiologie se pose ouvertement comne poetique ( le Roland Barthes de la
fin) elle devient creation destructurante du logos et lecture des
intervales, des interstices, arpantage des nuages du discours. Celui ou
celle qui emprunent ce chemin doit savoir au depart qu'l n'y a pas de
satifaction autre que celle de tenter saisir un fragment de l'ephemere
quand l'art s'offre en partage toute l'eternite'.

C'est la creation qui repare -- operation energetique et poietique.
L'analyse, en retard sur le reel, intervient pour un moment de pouvoir,
elle projette un desir d'appropriation dont la rhetorique bourgeoise se
satisfait, car elle thesaurise du sens qu'elle ne cree point.
La forme reve'e d'un poete mettra toujours en echec la Republique des
semiologues. D'ou l'interet grandissant accord'e aux journeaux d'artistes.


Et pour revenir a present au spectacle l'engouement des artistes et des
intellectuels pour l'utopie semiotique s'est developpe' pendant cet
entre-deux qui assiste au ratage et mise aux limites du texte (la
dramaturgie absurde des anne'es cinquante) suivi d'une revolution du corps
conte le magister des auteurs (les années soixante) suivi des discours
sceniques comme projection insulaire de la societe de spectacle (les
anne'es soixante dix) puis  de  l'autonomie du discours scenique comme
effet apolitique de reel (les anness quatre-vingt) et  comme  exasperation
de la fonction rituelle de l'art, decontextualise'e dans le virtuel et le
simulacre du vrai  ( les anne'es quatre-vingt dix) enfin repetitrice des
fonctions extatiques du corps pour effacer cette szchizo des origines (la
compulsion actuelle de cete fin de siecle). La suite sera peut-etre une
redemption spirituelle ouverra le triomphe irrecuperable du fonctionnement
abysmal d'Hollywood.

Comme par hazard les discours d'avant guerre et de juste apres guerre (de
Eiseinstein a Artaud et de Brecht a Grotowski) ont pose les vraies
questions, sans qu'un changement social n'aie vraiment eu lieu, sinon
d'Assister au retour des tribalismes ethniques et religieux et d'Assister
le fonctionement feodal des systeme de croyance. Il n'est par consequent
pas aise' dans un tel contexte d'etablir un discours critiquequi s etienne
longtemps, ni meme de faire une evaluation sense'e des impactes de ces
discours.

Pour Eiseinstein, Meyerhold, Piscator, Brecht la question de la lecture
sociale d'un discours et de sa transformation passe par des signes du corps
tres precis (le gestus) face a du texte -- utlise' comme vehicule utopique
d'une conscience en marche, parce qu'elle se confronte a un objet scenique.

La scene est un tout signifiant capable de faire bouger le spectateur selon
un mode epique (l'impacte secondaire de Marx).

D'Artaud a Grotowski, la quete d'un lien entre le sujet et sa tribu
s'actualise dans les demarches socio-mythologisantes du Living, de Brook et
de Mnouchkine, de Kantor meme, parallelement a toutes les violences
lyriques de la danse contemporaine (ou les impacts  de Freud et de Jung
sont plus francs).
Ces tentations, toutefois pietinent dans un  formalisme  de la depense
energetique -- car si elle devient trop "parlante" la danse glisse au
drame, et si trop choregraphique,  le corps theatral achoppe a la tres
difficile integration (pour un occidental) des discours sceniques de
l'Orient.
D'ou ces glissements constants et ambigues entre corps fige's et voix de la
blancheur,entre l'anonymat raisonne' et l'absence pasione'e ( Marguerite
Duras par exemple). De ces replis donc sur des un effets de corps,
representatif de reflets d'eux-meme, le corps brut du travail pert
identite' et triomphe le corps oisif de la fatalite'.

La semiologie que l'on a plaque' sur ces demarches affiche une pauvrete et
une senilite' navrante. Elle aide a comprendre plus exactement ce
qu'introduit dans sa question Christiane Gerson, je cite: "Je crois que
j'arriverai a demontrer les limites et les possibilites de la semiologie
saussurienne et de la semiotique peirceenne, du moins en ce qui concerne
l'objet, le referent et la representation/l'objet theatral.". Ce n'est pas
la science qui est limite'e mais son objet.

Il me semble que le veritable travail de lecture des codes, des referents
et  des engendrements des discours et de leur lecture sociale se ferait
plus efficacement -- non sur les frontieres de la linguistique et de
l'objet theatral -- mais de la poetique comme musique et rythme inspirant
une grammaire propre au theatre et seulement genere'e par lui.

Il me parait plus sage et lucidement plus generateur de discours, de
reflechir a la theatralite de Rodin face a la musicalite des chroniques de
Rilke, a la poetique de Meschonnic ou de Derrida face aux limites du
discours que pose des poetes comme Holderlin, Michaux, Guilvic et Artaud.
Un discours intra-muros, entre art et anthropologie fera avancer et
depasser les limites du discours semiotique et de plus enfantera d'autres
poetes et d'autre betes de scene et dramatureges. Que l'art se nourrisse et
s'abreuve aux sources, sans cesse regenere'es, de ce qu'il est et devient
plus que la ou il ne peut pas etre cerne', moins encore saisi. Il n'y a pas
de lecture possible d'un referent sans un projet createur. Sinon le
referent devient dogme. Car celui qui pretendrait connaitre tous les
rebondissemnts du public devant le referent (l'entreprise hitlerienne ou
stalinienne) croira encore pouvoir "arreter" l'histoire ou pire
"l'achever". Chaque fois que cette tentation est apparue, elle a ete'
immediatement annonciatrice (ou suivie)  d'un regime politique totaliaire.

Il me semble, mais je n'en suis pas vraiment certain, que la
post-modernite' recouvre cette tentation de cacher le vide totalitaire
implicite ambiant par le surplein de'vid'e des signes de l'etre. Alors, oh
ironie des temps, l'intertextualite', la mise en abyme, l'autoreflexivite',
le theatre dans le theatre sont les masque d'une pense'e de l'absence et de
la non responsabilite'. Pense'e de la fatalite' tragique et dont lusage du
referent est de pouvoir mieux manipuler le social vers la consommation ou
le sacrifce guerrier. La logo/machine semiotique est alors secretement
hante'e d'une tentation abusive ou castratrice.

On n'a jamais aussi bien appris a lire un discours que depuis qu'on a
appris la science policiere de son desoeuvrement. Le culte du "didactisme"
et du "semiotisme" ou encore des "technologies educatives" procedent de ce
desir de traquer le sens au lieu de le permettre... Pour assainir une doxa
academique qui veille a promouvoir l'ide'e que l'art est une "technique"
qui s'apprend, ou qu'il existe,  ou bat son corps,  une "science de
l'education", comme une science du discours, permettez moi d'y opposer ces
reflexions d'Einstein:

        « La science est une tentative visant a faire correspondre la
diversite'
chaotique de l'experience de nos sens a un systeme de pense'e
logique et uniforme. L'experience des sens est le sujet donne', mais la
theorie qui l'interprete est le fait de l'homme. Des le debut, on a
toujours tente' de donner a toutes ces experiences distinctes une base
theorique unifiante.» (Albert Einstein, The fundaments of Theoretic
Physics, 1940).
«LA physique est un systeme de pense'e logique en devenir, dont les
fondements ne peuvent etres obtenus par aucune methode d'induction a partir
des experiences vecues, mais uniquement par le jeu de l'nvention.» ( Albert
Enstein, "Out of my later years", "Physics and Reality", 1936).

Bien a vous,


>
>.

              (1 + 1 = 3)
        /\_/\ o
        (@ @)
        (*)

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Serge Ouaknine
e-mail : r34424@er.uqam.ca
Montreal (Quebec)  Canada
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