référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1996-11/msg00065.html
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Scrutons a la loupe nos confrontations Jean-Claude Boudreault



Queatre a 325 dents et 24 quoi? (dentiers?) amasses en seulement deux années.

Moi, j'en fais partie depuis quoi? presque deux ans ou moins que deux ans;
je suis de ceux qui se taisent et qui ecoutent sagement, malheureusement
sans avoir beaucoup a offrir, sauf leur presence silencieuse et effacee.
J'appartiens à ceux qui n'ont presque rien dit pendant deux bonnes annees
et qui ont garde et suivi ceux qui informent comme ceux qui raisonnent bien
haut...

Oui, il faut en remercier notre moderateur non emasculant (terme que je
voudrais non sexiste) qui a su et qui sait ajouter, rappeler le ton qui
bifurque, nous montrer regulierement notre croissance, notre sante...

Monsieur Andre Bourassa
merci pour moi et pour tous les silencieux qui gravement laissent la parole
a d'autres.

C'est peut-être-sans-doute l'occasion revee de reflechir au groupe que nous
formons. Sommes-nous d'abord un groupe de references partagees ou un groupe
de references discutees ou les deux? (Moi, je tiens aux deux, pas vous?)

Le premier type saute aux yeux, le second moins. Si ce dernier l'est ou
l'est devenu ou le reste encore, c'est grace a quelques interventions
souvent plus que genereuses sur plusieurs facettes de la theatralite qui
nous font reflechir sur elle pour mieux nous situer honnetement et nous
comprendre avec plus de justesse.

Vous savez tous desquelles je parle, celles de Serge Ouaknine, qui est
(meme dur a definir) a mes yeux UN maitre de reflexion a cause
problablement de son sens de la provocation et de sa culture vaste qui sait
fouiller et globaliser a peu pres partout ou son nez de
questionneur-curieux de toutes les bonnes reponses l'a pousse.

Suis-je le seul a avoir conserve et a conserver ses interventions depuis
que je suis inscrit a Queatre?

C'est une question que je pose et j'aimerais qu'on me repondre sans penser
qu'ainsi on fardera les joues de maitre Ouaknine (qu'on me comprendre bien
quand j'emploie le mot "maitre" je ne veux pas dire qu'il est ou qu'il sera
"mon" maitre, je tiens trop a mon autonomie pour la sacrifier a qui que ce
soit, meme au plus grand. Je suis de ceux qui ont compris que la sante
-tant du penser que du manger- passe par l'autonomie, que personne malgre
son bavardage lucide et intelligent ne reussira a s'immiscer la et a
fragiliser ce qui fait que par un hasard bizarre j'ai connu le jour).

Quand j'ai exprime il y a peu de temps -un mois peut-etre?- ma difficulte
de saisir Pirandello dans tout ce qu'il pouvait m'offrir, il s'est leve
pour nourrir mon discours et le provoquer... Je l'en remercie. Ca m'a aide
et ca m'aide encore, un petit peu.

Maintenant, il donne sa vision encore plus genereusement que de coutune
sous forme d'essai dont le titre est "Semiologie du spectacle et
refoulement du politique" dans lequel il demontre le farfouillage
semiologique-linguistique si loin de l'acte createur, ou il denonce -et
demontre- le parasisme intellectuel devant les libertes creatives et ses
brulantes necessites (si j'ai bien compris, bien sur, car pour moi
-d'intelligence limitee sans doute- je ne le saisis jamais parfaitement,
mettons que je l'assimile -je refere a son discours bien sur- a 75 et
parfois 60 pour cent).

Le question -le choix- que je (me) pose pour nourrir ce debat, je me
demande s'il n'est pas entre deux hermetismes: l'hermetisme
linguo-semiologique de l'acte createur theatral et l'hermetisme
poetico-fragilisation du comedien en etat de creation.

Qu'on le veuille ou non, ces deux hermetismes sont des discours de
prehension de la realite et tres loin d'elle. Ce qu'il faut evaluer dans
l'un et l'autre, c'est comment ils se traduisent dans le reel de
l'imaginaire creatif qui s'exprime avec toutes ses modesties. C'est la que
les deux ont raison ou les deux ont tort.

Niveau hermetisme linguo-semiologique loin du creatif et du createur.
Pendant des annees j'ai cherche a le comprendre, a voir ce qu'il pouvait
m'apporter dans mon ecriture, pour etre plus precis dans ma pretention
d'ecrire sans necessairement etre lu. Je pensais la partie perdue, l'echec
historique et incontournable jusqu'a ce que je tombe il y a un an sur
"Elements de linguistique pour le texte litteraire" de Dominique
Maingueneau (c'est vrai que c'est de la linguistique sans semiologie, mais
moi jusqu'a preuve du contraire je les mets tous deux dans le meme panier)
qui est devenu un livre qui m'accompagne et me suit; je l'ai lu deux fois
et je vais continuer a le lire aussi souvent qu'il faudra tout aussi
longtemps que je pretendrai m'adonner aux mots et aux affres-plaisir de la
creation litteraire. J'y trouve la une stimulation creative que je ne
trouve pas ailleurs.

Tout cela pour dire qu'en fait je crois qu'il est peut-etre possible dans
certains cas de creer et de se faire accompagner du discours linguistique
(et sans doute egalement semiologique) sans sentir que l'on met ses deux
pieds dans la meme bottine.

Je vous ai donne une experience concrete personnelle qui est tres porteuse
et signifiance pour moi, peut-etre qu'il y a de par le vaste monde d'autre
experiences semblables ou le creatif aime se faire acommpagner du
linguistique et du semiologique (a vous de m'nous le dire; oh la! je vous
donne la parole, la!!)

Mais le fond de mon intervention n'est pas la, il est au niveau du point de
vue du createur lui-meme qui entend deux discours hermetiques et qui doit
choisir celui qu'il considere comme le moins dommageable pour sa sante
creative, pour son autonomie sous toutes les formes qu'elle doit etre
vecue, theatralement ou autre.

L'hermetisme linguo-semiologique propose a sa raison des aspects qu'il n'a
pas vus, dont le createur va nourrir sa pratique ou au contraire l'eloigner
presque automatiquement en fermant les yeux et en ne voulant pas comprendre
(c'est ma reaction d'autruche devant le semiotique que vous connaissez
deja). Il ne se sentira jamais menace par cet hermetisme purement
intellectuel, si loin de sa vie de createur qui bosse tous les jours.

Par contre, "l'hermetisme poetico-fragilisation de l'acteur en etat de
creation" agit directement sur l'humain, sans doute provoque des fissure
creative qu'il ne verra pas et qu'il ne distinguera jamais, en pretextant
peut-etre que s'il ne reste rien dans le jeu du comedien apres que le
formateur aura passe, c'est qu'il n'y avait rien de vraiment createur chez
cet individu. C'est comme si avec un train on fonçait dans un mur pour voir
si le mur allait resister ou pas. Est-ce qu'en formant ainsi on n'affirme
pas que la creation doit passer par l'autonomie qui resiste a toutes les
sortes d'eraflures?

Le danger pour le createur-acteur c'est de se livrer totalement, de se
mettre entre les mains de son formateur en lui donnant pour mission -plus
ou moins consciemment- de le reconstruire dans l'excellence de son metier.
Le createur devient un dependant dans lequel l'hermetisme
poetico-fragilisation va installer l'autonomie telle qu'il va la definir
apres avoir jauge sa resistance aux coups.

Combien de jeunes commediens doivent vivre cet eclatement interieur
presentement dans nos ecoles de theatre? Combien d'ecoles capitalisent sur
cette dynamique de dependance sous pretexte de formation?

Recemment, je posais la question a un jeune comedien en formation que j'ai
bien connu avant qu'il entre dans une ecole de theatre (que je nommerai pas
bien sur): "Dis-moi es-tu en train de capoter, la?" Sa reponse fut claire
et particulierement significative: "Actuellement, j'ai l'air de ca, mais
sitôt que j'aurai fini mes etudes en theatre je vais devenir ce que j'etais
avant." Comment se fait-il que dans cette ecole de formation le comedien
sente que son autonomie est fortement menace, qu'elle n'a pas sa place,
pense qu'il doit la sacrifier a ses formateurs en armure et armes autour de
lui?

Je ne veux pas lancer la pierre a tout le monde ni a monsieur Ouaknine en
particulier, que je respecte comme maitre et que je vais continuer a
respecter, sauf que je me questionne: est-ce qu'un discours poetique juste
par l'hermetisme qu'il installe ne cree pas fortement cet etat de
dependance dont certains comediens (les plus faibles et les plus fragiles)
ne se debarrasseront pas de leur vie?

En lisant l'essai de monsieur Ouaknine, l'un des derniers paragraphes m'a
fait tiquer. J'ai eu l'impression (mais je peux tromper) qu'a partir d'un
lapsus (traquer) on se permettait de juger toutes les technologies
educatives et du meme elan les sciences de l'education. Voici le paragraphe
dont je parle. Si mon analyse est vraie, j'ai peur du doute  trop grand qui
prendra place en moi.

>On n'a jamais aussi bien appris a lire un discours que depuis qu'on a
>appris la science policiere de son desoeuvrement. Le culte du "didactisme"
>et du "semiotisme" ou encore des "technologies educatives" procedent de ce
>desir de traquer le sens au lieu de le permettre... Pour assainir une doxa
>academique qui veille a promouvoir l'ide'e que l'art est une "technique"
>qui s'apprend, ou qu'il existe,  ou bat son corps,  une "science de
>l'education"...

Bon j'ai assez perdu de temps (oui!!! c'est une blague, vous lisez dans mes
pensees?) a discourir, je retourne glaisifier mes 37 "contes philosophiques
drolatiques pour adultes restes enfants" sur lesquels je cuisine
presentement et qui devraient paraitre l'annee prochaine (c'etait ma
publicite maison pour respecter le createur que je pretends etre ou que je
suis. Vous distinguez deja comme moi ma fragilite??).

J'espere qu'on a bien compris que mon intervention n'avait qu'un seul but:
provoquer le debat (et donner la chance a TOUS de me demontrer les torts
que j'ai de penser comme je le fais).

Profitez de ma prose, c'est peut-être la seule que je vous offrirai cette
année, car elle devient de plus en plus rare sur le marche (pub du createur
autonome tout autant que travailleur autonome que je suis!!! ou pretends
l'etre... ou ne serai jamais... ou... quoi? ou se camoufle l'ecrivain en
moi a cours d'idees et de mots?).


Jean-Claude Boudreault
simple universitaire