référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1997-03/msg00080.html
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Textes dramatiques sur Internet Emile Lansman



Bonjour !

Puisqu'on interroge les editeurs a propos de la mise sur le "net" de textes
complets, j'avoue ne pas avoir d'avis definitif a ce sujet.

Je trouve plutot sympathique qu'un texte puisse etre cree dans un autre
contexte -imprevu- parce que quelqu'un l'a decouvert en consultant son ecran
d'ordinateur. Et peut-etre apres tout les editeurs sont-ils inutiles... si
l'on considere qu'ils sont simplement des imprimeurs/diffuseurs/vendeurs.

J'ai une autre conception de l'edition. Je n'imprime pas, je mets en livre.
Je travaille avec mes auteurs sur base de mes competences de
"spectateur/lecteur professionnel" et des remarques de mon equipe de
lecteurs ; je sert de "premier" lecteur aux auteurs et les pousse a aller
plus loin si necessaire. 

Quand le livre est sorti, commence un tout autre travail de sensibilisation
ciblee. Ce n'est pas pour rien que le surnom de "Pere Noel du theatre
contemporain" m'a ete amicalement donne recemment en France. Avec ma hotte
sur le dos remplie de pieces auxquelles je crois et qui ont chacune leur
histoire dans mon parcours editorial, je ma balade de conference en
colloque, de congres en debat, de classe en librairie, ou de centre culturel
en festival.

Et ce n'est pas tout. J'essaie d'impliquer mes auteurs dans des projets
d'ecriture, des residences, des rencontres qui les promotionnent eux autant
que leurs oeuvres. C'est ca, pour moi, etre editeur

L'edition theatrale francophone est precaire. Les grandes maisons
commerciales ont renonce a publier du theatre contemporain non seulement
parce que les risques sont trop importants et les rentrees financieres trop
maigres mais aussi parce que, en cas de creation, le "retour" pour l'editeur
est quasi nul - 5 pour cent des droits reçus par l'auteur suivant les regles
de la S.A.C.D. et encore dans des cas tres precis. Ce qui n'est pas du tout
le cas pour l'adaptation de romans a la scene ou pour les oeuvres en traduction.

Pour ma part, je pousse la folie jusqu'au bout ; je continue non seulement a
publier des inedits a la scene (au moins 30 %) mais je donne leur chance a
de tres jeunes auteurs sur un pied d'egalite avec des auteurs chevronnes et
confirmes. A condition de maitriser les droits ecrits sur leurs textes - je
suis fous et mecene, mais pas tout a fait stupide.

Si j'estime que c'est dans l'interet de l'auteur, je crois que j'accepterais
de ceder ces droits - a des conditions minimales a definir - pour la
reprise, pendant une duree bien delimitee, sur un site internet dont les
objectifs sont clairement definis.

Mais dans l'anarchie relative qui regne sur internet, ces droits ne sont pas
respectes. J'apprends ainsi incidemment grace a notre groupe de discussion
que Clicnet propose "Lettres indiennes" de Gerty Dambury alors que je
possede avec cet auteur un contrat en bonne et due forme sur les droits
ecrits. Tant mieux si cela aide a faire remonter le texte... mais je ne
trouve pas cela regulier.

Je crois en tout cas qu'il y a mieux a faire en developpant un systeme de
fiches avec des extraits significatifs des pieces contemporaines (quelques
pages), un resume, une presentation de l'auteur, les renseignements
techniques (nombre et profil des personnages), les references de creation,
la repartition des droits, les adresses de contacts, etc.

Par ailleurs, j'ai le sentiment - mais le cas ne s'est pas encore presente -
que je ne publierais sans doute pas en priorite un texte qui a deja
largement circule sur internet. J'hesiterais en tout cas et choisirais
plutôt un des quelque 1.350 manuscrits que je recois chaque annee.

Voici une premiere reflexion tres spontanee et non definitive. J'y
reviendrai si necessaire. 

Emile Lansman
Editeur-diffuseur (essentiellement de theatre)

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Association theatre-education" Promotion Theatre
Editions-diffusions Lansman
63 rue Royale à B-7141 Carnieres (Belgique)
<lansman.promthea@gate71.be>