référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1997-03/msg00098.html
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Re: Textes dramatiques sur Internet Pierre-Yves Millot




Bonjour,

quelques remarques a propos de l'intervention d'Emile Lansmann :

>Je trouve plutot sympathique qu'un texte puisse etre cree dans un autre
>contexte -imprevu- parce que quelqu'un l'a decouvert en consultant son ecran
>d'ordinateur. Et peut-etre apres tout les editeurs sont-ils inutiles... si
>l'on considere qu'ils sont simplement des imprimeurs/diffuseurs/vendeurs.

Les trois fonctions que vous citez ne relevent pas en effet de la mission
d'un editeur. Mais certains editeurs (vous-même, si je ne me trompe)
assurent parfois ces fonctions connexes. (a part l'imprimerie, me
semble-t-il)

>
>J'ai une autre conception de l'edition. Je n'imprime pas, je mets en livre.
>Je travaille avec mes auteurs sur base de mes competences de
>"spectateur/lecteur professionnel" et des remarques de mon equipe de
>lecteurs ; je sert de "premier" lecteur aux auteurs et les pousse a aller
>plus loin si necessaire.


De la meme facon, j'ai tenu compte de remarques de lecteurs avant d'editer
mes pieces (amis, editeurs, directeurs de theatre qui ont eu l'amabilite de
me repondre et m'ont incite a publier mes textes).


>
>Quand le livre est sorti, commence un tout autre travail de sensibilisation
>ciblee. Ce n'est pas pour rien que le surnom de "Pere Noel du theatre
>contemporain" m'a ete amicalement donne recemment en France. Avec ma hotte
>sur le dos remplie de pieces auxquelles je crois et qui ont chacune leur
>histoire dans mon parcours editorial, je ma balade de conference en
>colloque, de congres en debat, de classe en librairie, ou de centre culturel
>en festival.
>


Bravo de promouvoir ainsi les auteurs que vous publiez. Un autoediteur n'a
pas la possibilite de le faire de la meme facon, ni parfois le credit (ni
les credits !).



>Et ce n'est pas tout. J'essaie d'impliquer mes auteurs dans des projets
>d'ecriture, des residences, des rencontres qui les promotionnent eux autant
>que leurs oeuvres. C'est ca, pour moi, etre editeur
>


Tache sans doute ardue. En tant qu'auteur, j'aurais peine a me soumettre a
ces obligations, meme si elles peuvent remplir quelques lignes d'un cv dont
certaines personnes sont parfois friandes... Mais bon ! une bourse, un
sejour en residence, c'est du serieux tout ca ! Et avec un frais tampon du
ministere de la culture, c'est forcement un gage de qualite !...


>L'edition theatrale francophone est precaire. Les grandes maisons
>commerciales ont renonce a publier du theatre contemporain non seulement
>parce que les risques sont trop importants et les rentrees financieres trop
>maigres mais aussi parce que, en cas de creation, le "retour" pour l'editeur
>est quasi nul - 5 pour cent des droits reçus par l'auteur suivant les regles
>de la S.A.C.D. et encore dans des cas tres precis. Ce qui n'est pas du tout
>le cas pour l'adaptation de romans a la scene ou pour les oeuvres en
>traduction.
>


Exact. Pourtant, on voit apparaitre nombre de nouveaux editeurs, petits
editeurs, autoediteurs, associations culturelles, etc.
J'ignore si le nombre de publications de pieces de theatre contemporaines
est en augmentation ou non. Quelqu'un possede-t-il des chiffres a ce sujet
?
(5% : c'est aussi le pourcentage - en general - que percoivent les auteurs
sur le montant des ventes de ses livres. En tout cas, cela excede rarement
10%)


>Pour ma part, je pousse la folie jusqu'au bout ; je continue non seulement a
>publier des inedits a la scene (au moins 30 %) mais je donne leur chance a
>de tres jeunes auteurs sur un pied d'egalite avec des auteurs chevronnes et
>confirmes. A condition de maitriser les droits ecrits sur leurs textes - je
>suis fous et mecene, mais pas tout a fait stupide.
>
>Si j'estime que c'est dans l'interet de l'auteur, je crois que j'accepterais
>de ceder ces droits - a des conditions minimales a definir - pour la
>reprise, pendant une duree bien delimitee, sur un site internet dont les
>objectifs sont clairement definis.


Il me semble que vous n'avez rien a perdre en laissant un auteur publier
des extraits de ses pieces sur le "net", a partir du moment ou la reference
de l'editeur est clairement precisee.
Par ailleurs, je vous felicite de publier des inedits a la scene ; les
editeurs sont nettement reticents a cet egard, ce qui est dommage, car un
auteur dramatique n'a pas toujours les relations dans le milieu du theatre
qui lui permettraient de faire jouer ses pieces. Il existe en effet des
auteurs qui ne sont ni des metteurs en scene en mal d'ecriture, ni des
comediens en mal de
creation !
(cela etant dit sans aucun mepris pour ceux-ci... des comediens-auteurs de
qualite, il y en a eu, et non des moindres !...)


>
>Mais dans l'anarchie relative qui regne sur internet, ces droits ne sont pas
>respectes. J'apprends ainsi incidemment grace a notre groupe de discussion
>que Clicnet propose "Lettres indiennes" de Gerty Dambury alors que je
>possede avec cet auteur un contrat en bonne et due forme sur les droits
>ecrits. Tant mieux si cela aide a faire remonter le texte... mais je ne
>trouve pas cela regulier.


Vous avez effectivement le droit d'interdire la publication sur internet de
pieces que vous avez publiees, si vous en detenez les droits.
Mais qui y gagnerait dans l'histoire ? Certainement pas l'auteur, qui s'est
d'ailleurs sans doute deja engage a publier ses prochains textes chez le
meme editeur (clause habituelle des contrats d'editeurs).
Je trouve desolant qu'un auteur puisse perdre les droits qu'il a sur ses
propres textes (par "droits", je n'entends pas "argent", mais droits
d'utiliser son texte comme bon lui semble).



>
>Par ailleurs, j'ai le sentiment - mais le cas ne s'est pas encore presente -
>que je ne publierais sans doute pas en priorite un texte qui a deja
>largement circule sur internet.


Vous avez raison ! Un texte qui a deja circule sur internet : quelle horreur !
Peut-etre aura-t-il attrape quelque cybermaladie dans cette gigantesque
foire aux virus internationale !
En tout cas, les auteurs sont prevenus : ne laissez pas vos textes trainer
sur la toile, sous peine d'un boycott en bonne et due forme !


En vous remerciant d'avoir donne votre avis d'editeur et en vous priant de
m'excuser si le sarcasme de certains de mes propos vous a agace.

Cordialement.


Pierre-Yves Millot
http://www.wp.com/70535