référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1997-03/msg00113.html
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Re: Lire le théâtre... Andre G. Bourassa



Bonjour!
Vous trouverez ci-dessous copie d'un échange avec le dramaturge et éditeur
Claude Champagne sur le statut du texte dramatique. De sa réponse, c'est
surtout le passage suivant qui fait pour moi difficulté, et j'aimerais bien
savoir ce que d'autres en pensent:

>La représentation publique est le prolongement du texte. Une interprétation
>tridimensionnelle de l'oeuvre.  Le metteur en scène et les comédiens ne
>«créent» pas le texte; ils «interprètent» l'oeuvre.  D'une interprétation
>créatrice, il va sans dire, mais ils ne créent pas la pièce.  Parce que
>créer veut dire tirer du néant, réaliser une chose qui n'existait pas
>encore.  Le texte existait avant eux.

Il ne faut pas, me semble-t-il prendre au pied de la lettre la métaphore du
dramaturge "créateur", tirant tout de rien. Le texte dramatique n'est pas
le "blue print" de l'architecte confiant la construction de son oeuvre à un
entrepreneur artisan. Pour moi, lire un texte dramatique dans un fauteuil,
tout comme assister à la production d'un texte scénique dans un fauteuil,
c'est faire acte de réception, ce n'est pas faire oeuvre d'art... avec
cette différence que le spectateur réagit au travail des acteurs, les
soutient ou les écrase en temps direct, alors que le lecteur ne réagit
qu'en différé.

Je reviendrai plus tard sur cette question du texte lu par rapport au texte
joué, question qui ouvrait jadis mon mémoire de maîtrise. En attendant,
voici la reponse reçue privément et sur laquelle, avec la permission de
Claude Champagne, j'aimerais bien un vrai débat (autrement dit, je n'ai pas
la  prétention de posséder à ce sujet LA vérité et je souhaite vraiment que
la question soit éclairée par plusieurs sources de lumière).
Amitiés, André G. Bourassa.

>
>Voilà, vous avez réussi à titiller ma fibre d'auteur et d'éditeur...
>Je vous recopie ici en partie le discours qu'Yvan [Bienvenue] et
>moi avons fait lors du premier lancement de Dramaturges Éditeurs.
>Il explique en clair notre position sur la lecture du théâtre.
>
>                         DICOURS DU TRONE
>
>Claude : Avant Dramaturges Éditeurs, il n'y avait pas de maison spécialisée
>en dramaturgie au Québec.
>
>Yvan : Nous tenons premièrement à souligner l'important travail accompli
>jusqu'ici par tous les éditeurs qui publient, ou ont publié, des oeuvres
>dramatiques.  Nous les en remercions grandement, tout comme nous remercions
>les directeurs de collection qui se sont appliqués à garder la dramaturgie
>vivante.
>
>C : Le Québec compte plus d'une centaine de dramaturges et nombre d'oeuvres
>pas encore publiées, de titres épuisés.  Un éditeur spécialisé avait sa
>place depuis longtemps dans le paysage québécois.  Le besoin existait déjà.
>Aujourd'hui, la dramaturgie se publiant de moins en moins, il nous semble
>important d'occuper cette place.
>
>Y : Notre but chez Dramaturges Éditeurs, est, évidemment, de publier le
>plus grand nombre d'oeuvres dramatiques et en rendre la diffusion efficace
>en ciblant mieux la clientèle.  Que les textes soient disponibles dès leur
>première représentation publique... ou avant.  Que les théâtres deviennent
>des lieux de diffusion du livre; pour que les oeuvres de nos auteurs
>puissent avoir une vie autonome en dehors de la scène et qu'elles
>retrouvent leur statut d'oeuvre littéraire.  L'oeuvre dramatique est la
>seule, sinon peut-être quelque fois la poésie, à être écrite pour être lue,
>vue et entendue.
>
>C : Il nous semble important de rappeler que le dramaturge est un écrivain.
>Ce qui ne semble pas toujours une évidence.  Nous croyons que l'écriture
>dramatique n'est pas un sous-genre littéraire. Le dramaturge écrit, comme
>le romancier, le nouvelliste ou le poète.  Il mérite donc qu'on publie son
>oeuvre sans avoir besoin d'en vérifier l'effet sur un public au préalable.
>Est-ce qu'un éditeur de livres de cuisine goûte chaque recette avant de les
>publier?  Nous en doutons fort!  Le dramaturge est un écrivain.  Et c'est
>cette place qu'on voudrait lui redonner.
>
>Y : Chez Dramaturges Éditeurs, nous considérons que le texte se suffit à
>lui-même; que l'oeuvre existe avant sa diffusion sur scène.  La
>représentation publique est le prolongement du texte.  Une interprétation
>tridimensionnelle de l'oeuvre.  Le metteur en scène et les comédiens ne
>«créent» pas le texte; ils «interprètent» l'oeuvre.  D'une interprétation
>créatrice, il va sans dire, mais ils ne créent pas la pièce.  Parce que
>créer veut dire tirer du néant, réaliser une chose qui n'existait pas
>encore.  Le texte existait avant eux.  Ceci dit, nous convenons qu'il peut
>y avoir théâtre sans texte; qu'il n'y a, de toute façon, théâtre que
>lorsqu'il y a rencontre entre un public et un comédien.  Tout le reste
>n'est que formes et esthétismes.
>
>C : Chez Dramaturges Éditeurs, nous privilégions la publication du texte de
>l'auteur à l'écriture du spectacle.  Notre préoccupation est littéraire.
>Les dramaturges seront cependant libres de choisir la version qu'ils
>voudront bien publier : le texte initial, c'est à dire celui remis au
>metteur en scène, ou celui arrêté en répétition et établli pour la première
>représentation publique, c'est à dire celui du spectacle.
>
>Y : Le dramaturges est le gardien de la parole, le livre en est son témoin,
>notre mémoire.  Avec l'édition (...) nous croyons participer à l'émergence
>de nouvelles voix.  Des voix qui chantent, qui rient, qui hurlent.  Des
>voix qui brûlent d'être entendues, des mots qui soupirent d'être lus.  Par
>le livre, nous voulons rendre le théâtre vivant, prolonger l'imaginaire.  À
>la fois comme objet de lecture pour les spectateurs que comme outil pour
>les praticiens
>
>C : [...] nous avons respecté la façon qu'ont chacun des auteurs de
>transcrire l'oralité.  C'est à la vision de l'écrivain, le regard de
>l'auteur que vous aurez accès par la lecture.  Libre à vous de faire votre
>propre représentation.  Le livre devient le lieu de rencontre, le choc
>entre l'univers du dramaturge et le vôtre.  [...]
>
>        Voilà, si la chose vous dit, je vous permets de publier ce message
>dans le groupe de discussion.
>
>        Au plaisir,
>
>Claude Champagne
>dd791818@er.uqam.ca