référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1997-05/msg00034.html
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Lanoue: theatre au Quebec au XVIIIe s. Andre G. Bourassa



Cher Pierre-Yves,
Il se peut que l'information que tu nous a fournie sur Jean-Baptiste
Sauvé de Lanoue (voir ci-dessous) permette de résoudre une inconnue de
l'histoire du théâtre du XVIIIe s. au Canada. Quant à moi, je devrai
peut-être reviser ce que j'ai écrit sur l'identification d'un auteur
évoqué dans une annonce de théâtre parue dans _La Gazette de Québec_ le
24 octobre 1765 où on peut lire: "Les paroles de la Comédie [_Les Fêtes
Villageoises_] sont composées par le Sieur Lanoux, célèbre poëte du
Canada". Le seul personnage de ce nom au Canada à l'époque qui soit
susceptible d'une culture appropriée est le jeune seigneur et officier
militaire Joachim Robutel de Lanoue. Mais il n'est aucunement connu
comme poète ni dramaturge; il aurait tout au plus, en toute hypothèse,
adapté un texte existant pour le rendre de circonstance. Par ailleurs,
celui que tu viens de nous dénicher possède la célébrité voulue en ce
domaine, mais il n'est pas canadien; il peut cependant s'agir d'une
erreur de la _Gazette_, erreur qui pourrait s'expliquer par le fait
qu'elle est nouvellement fondée par des immigrants anglophones en
provenance de Philadelphie, et que ces derniers auraient erronnément
présumé que l'auteur, dont tu nous rappelles qu'il est décédé à Paris en
1761, avait appartenu à la famille seigneuriale de Chateauguay.

J'aimerais bien que nos spécialistes du théâtre au XVIIIe s. voient s'il
y a lieu de corriger mon texte, qu'on trouve sur le web à
         http://www.er.uqam.ca/nobel/c2545/situatio.html
et dont je transcris ici le passage concerné:

"À la suite du Traité de Paris en 1763 et de l'offre faite aux
ressortissants français de regagner la Métropole dans les dix-huit mois,
la dramaturgie française en Amérique du Nord est apparemment condamnée à
disparaître. Cependant, dès l'ouverture de la navigation, en avril 1765,
on annonce une arlequinade, _le Festin de pierre_, qui avait été créée à
Paris par l'Arlequin Domenico Biancolelli dit Dominique, devenu membre
de la Comédie-Italienne en 1661 (Corvin 1991, 109). La pièce était
produite par Pierre Chartier dit Lavictoire(1), dans une auberge de la
Basse-Ville dite "À l'enseigne de Québec", rue Saint-Pierre, chez Jean
Roy ( la Gazette de Québec, 11 avril 1765). 

Le journal ne mentionne de nouveau la troupe que lors du spectacle
d'adieu patronné non plus par Pierre Chartier mais par les dames d'une
côte voisine de Québec. C'est le 18 novembre, juste avant la fermeture
de la navigation. Le directeur est probablement cet Arlequin originaire
de Berne, acteur et acrobate connu pour ses performances sous le nom de
"Mr. Dominique" à Londres, à Bristol et à Glasgow, entre 1742 et 1751,
et faisant pour lors en "Amérique Septentrionale" ( la Gazette de
Québec, 24 octobre 1765) une tournée dont les débuts avaient sans doute
pour fins de fêter le centenaire de la prise de New York par les
Britanniques. Ses gens revendiquent les citoyennetés britannique,
milanaise, néerlandaise et suisse (Highfill et al.1973-, vol. IV, 451);
l'affiche de Québec nous en fournit les noms : la demoiselle Niña, les
"sieurs" Colin (2), Grivois, Silva et Zeliot. 

Dominique présenta une danse tirée d'une arlequinade - peut-être encore
_Don Juan_ - une comédie intitulée _les Fêtes villageoises_ et un
extrait de l'opéra _Vénus et Adonis_. L'opéra, de même que les
intermèdes d'arias et de ballets qui étaient tirés des _Matelots
hollandais_ et des _Noces chinoises_, avaient été créés à l'origine par
un danseur wallon qui était originaire de La Haye et se produisait à la
Comédie Italienne de Paris, Jean-François de Hesse dit Deshayes (D'Amico
1975). Quant au "sieur Lanoux", ce prétendu "célèbre Poëte du Canada" à
qui le journal attribue les _Fêtes villageoises_, il s'agit
vraisemblablement de Joachim Robutel de Lanoue, écuyer, officier
d'infanterie et seigneur de Chateauguay (3); son travail aura consisté à
écrire une adaptation locale de _la Soirée villageoise_ des mêmes
Desbrosses et Deshayes." 

Merci encore,
André G. Bourassa.

On Thu, 15 May 1997, Pierre-Yves Millot wrote:
> http://www.wp.com/70535
> 
> _Nouveau Larousse illustré_ (1897-1904) : "Lanoue (Jean-Baptiste     > Sauvé, dit de), auteur dramatique et comédien français, né à Meaux en > 1701, mort à Paris en 1761. Il débuta, en 1722, au théâtre comme     > acteur au théâtre de Lyon, se rendit à Strasbourg, où il fit         > représenter la comédie les Deux Bals, puis à Paris, où il fit jouer, > en 1735, à la Comédie-Italienne, le Retour de Mars. Occupé à         > organiser une troupe à Rouen, il n'en donna pas moins à la Comédie-  > Française la tragédie de Mahomet II (1739), qui eut un grand succès. > De retour à Paris en 1752, il composa, pour les fêtes du mariage du  > Dauphin, la comédie-ballet de Zélisca [musique de Jeliotte] (1746).  > Sa meilleure œuvre est la Coquette corrigée, comédie, qu'il fit jouer > à la Comédie-Française en 1756."
> 
> _Gidel et Loliée_ (1898) : "Outre une heureuse comédie en cinq actes > en vers, la Coquette corrigée (1756), vit accueilir avec grande      > faveur la tragédie de Mahomet II, qui, sans être un chef-d'œuvre, a  > des caractères bien saisis et une couleur dramatique parfois très     > vive."
>