référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1997-05/msg00101.html
     Chronologie       
     Conversation       

Re: catharsis and co... wweiss



Cher Serge,

J'ai bien aime ta lettre puisque tu decris ce que tu crois. Il est
important de savoir ce que l'on croit puisque nos actions, nos creations
et nos communications en decoulent. 

Si catharsis est purification il est important de determiner ce que nous
cherchons a purifier. La reponse n'est pas difficile. Nous voulons
purifier ce que nous ressentons comme etant impur: nos fautes, nos
regrets,  notre culpabilite, nos craintes, notre colere, notre tristesse,
notre sens de victimisation.

Si par exemple tu ressentais une enorme colere contre moi et que tu
eprouvais l'envie de m'assassiner, tu serais envahi par la crainte, ton
auto-controle (un produit de la civilisation) t'en dissuadrait. Tu
pourrais choisir, dans ces circonstances, un autre moyen de te soulager.
Peut-etre en m'ecrivant une
lettre terriblement insultante dans Queatre. Cependant, en envoyant la
lettre tu pourrait ressentir des regrets. ("Apres tout, c'est un pauvre
con, et ce n'est pas une bonne raison de l'attaquer ainsi".) La tu
ressentirais de la pitie. En ressentant ainsi la crainte et la pitie tu te
sentirais un peu soulage, pas autant qu'avec l'assassinat, mais ce serait
une solution de rechange qui eviterai les terribles consequences du
veritable but de ta colere.
Si tu avais envie de coucher avec ta mere et de tuer ton pere tu pourrais
passer par un processus analogue en ecrivant une piece dans le genre
Oedipe-Roi.
L'important dans ces exemples ce que ce sont des moyens d'eviter le pire
en faisant des actions substitues. Mais il n'y a pas une vrai
purification puisque les mechanismes sous-jacents sont toujours en place,
et l'histoire peut toujours recommencer. Donc, dans la vie nos faisons
constamment des actions cathartiques sans jamais eliminer l'impur. Et dans
ce sens Aristote avait raison de voir l'essai da la catharsis dans la
tragedie, mais il n'a pas remarque que ca ne marche jamais.

J'ai ete intrigue par ton point de vue que le but du theatre et de l'art
n'est pas la communication. Si tu jouais des pieces sans jamais les
montrer a un public (il me semble que dans ce cas cela ne serait pas
defini comme theatre) je verrai bien que le but ne serait pas la
communication mais l'art pour l'art. Et meme dans ce cas il me semblerait
important de connaitre ton but. N'y a-t-il une raison ou un but pour faire 
"l'art pour
l'art"? 

Si tu ne faisais que du theatre je comprendrais que tu ne serais pas
necessairement conscient de tes buts de createur. Mais puisque tu
t'exprime par ecrit sur le theatre je penserais que cette reflection
serait pertinente.

Lorsque tu ecrit a Queatre, par exemple, tu peut t'attendre qu'une partie
des lecteurs soit d'accord avec ce que tu prones, qu'une autre partie
soit en desaccord, et que les autres soient indifferents. Avec quelle
partie de ces lecteurs veux-tu communiquer? Ta reponse t'indiquerait tes
buts. Il en va de meme avec les spectateurs, lequels veux-tu? Si le but du
theatre n'est pas communication je suppose que la reaction des spectateurs
te soit egale et que le succes t'importerait peu ainsi que l'echec. Mais
comment saurai-tu si c'etait "une experience qui actualise le passage d'un
savoir potentiel a un savoir vecu"?

Je me suis egalement demande pourquoi "l'art est une prophetie"? Qu'y
a-t-il de prophetique dans Macbeth, L'avare ou La Dame aux camelias? Dans
le theatre de Brecht on prone effectivement un age d'or potentiel, mais on
montre la realite crue du quotidien, du social et du politique. Cette age
d'or n'est pas une prophetie mais une utopie, ou du proselitisme, je ne
crois pas que Brecht serait d'accord avec l'art pour l'art. 
En tout cas je ne vois pas comment "les etres vont au theatre pour
entendre et voir ce qui n'est pas connu". Que pouvons- nous montrer avec
nos corps et nos paroles d'inconnu? Qu'est-ce que les gens de theatre
connaissent que les spectateurs ne connaissent pas? Qu'est-ce que nous
montre "la voyance" du theatre?

Je suis d'accord avec toi qu'on interpelle toujours le Dieux.  Mais cela
demanderait une continuation du dialogue que   tu as
annonce ne pas vouloir continuer.  Ce qui, comme
la presumee catharsis, serait une combustion incomplete.

Bien a toi,

William