référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1997-10/msg00027.html
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Re: Huis clos de Sartre Pierre-Yves Millot




>>
>>Il m'intéresserait de savoir à quels auteurs vous pensez en particulier.
>>Merci
>de bien vouloir donner quelques détails supplémentaires.
>Patricia Duquenet-Kraemer

Je ne vais pas vous communiquer une liste de noms ! J'ai simplement
l'habitude de n'avoir aucun a priori lorsque je lis un auteur et n'ai pas
plus confiance en l'opinion d'une armada de savants qu'en celle d'une
cohorte de concierges.
Peut-être que ma façon peu dos-de-la-cuilleriste d'émettre une opinion sur
Sartre a agacé certains colistiers, habitués à des jugements moins "bruts
de coffrage". J'ai aussi noté avec amusement que les défenseurs dudit
Jean-Paul soulignait la "construction" de ses pièces pour venir à son
secours.
Je suis d'accord : les pièces de Sartre sont "construites" . Dans chaque
phrase on peut même entendre le gargouillement des grumeaux, le crissement
des truelles et le fracas des blocs de ciment (sans parler des
marteaux-piqueurs). Bref, en lisant une pièce de Sartre, on a l'impression
de voir l'auteur peiner en train de l'écrire, comme un apprenti maçon qui
construirait un... mur.
Prenez maintenant une pièce de Ionesco. Jamais on ne pensera à dire qu'elle
est bien construite parce qu'elle semble avoir jailli presque
naturellement, sans le moindre effort. Alors que Ionesco respire, Sartre
éternue. D'un côté, la musique, de l'autre, la cimenterie. (Je sais bien,
vous me direz : il est absurde de comparer Ionesco à Sartre. Mais bon ! ça
m'est venu comme ça, à brûle-parpaing, et je ne prétends pas faire une
démonstration...)
Je ne suis ni professeur de théâtre ou de français, ni critique. Mon
opinion est celle d'un simple lecteur qui a ingurgité beaucoup de Sartre
quand il était lycéen et souhaiterait que tout le monde ne subisse pas le
même sort.

Bien amicalement.

Pierre-Yves Millot

PS : lisez Raymond Cousse. Vous aurez certes plus de mal à trouver des
exégèses de son oeuvre que pour l'apôtre de l'existentialosaint-germanisme
(ou comment vivre quand on est écrivain à Saint-Germain-des-Prés, coincé
entre son en-soi parisien et son pour-soi sorbonnien).