référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1997-10/msg00055.html
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Une clé pour: theatre/rituel/anthropologie/theatre (texte long) Serge Ouaknine



Chers Andre G. Bourassa & Boris Karnikowski,

Vous touchez ce qui, essentielement, me préoccupe dans la pratique du
théâtre et les études -des- théâtres.

Un long chemin dans les arts visuels et la mise en scène m'a conduit à une
certitude: pour dépasser cet essoufflement de la réflexion qui enveloppe
theatre/rituel et anthropologie/theatre, aujourd'hui,il convient de
suspendre, pour un temps, les approches historiques et "spatialistes" des
discours scéniques" et méditer sur le temps.
Le temps, sa nature, ses conceptions, son rapport à la mort, à l'éthique,
les rites qui lui sont associés, les oralités et les façons dont la parole
est travestie. Deuil et perte face à -l'intemporel- sont d'autres clés pour
entendre ce qui bruisse dans les rites -- cette éphémère victoire sur
l'évanouissement du temps...

Lire la dite mimesis aristotélicienne par le filtre du temp (il serait
grand temps !) permet de  quitter l'anthropocentrisme de la culture
occidentale, son paganisme larvé et de percevoir le réel comme travaillé
par le temps et non parasité par lui. Toute oeuvre ests tissées de
temporalités multiples qui circonstencient l'histoire, et, ce qu'elle n'est
pas.
C'est notre entendement diversifié du temps qui habite,traverse et
texturise les oeuvres d'art. Cette approche est enfin possible alors,
qu'effectivement,la société occidentale en son entier, par ses outils
conceptuels et technologiques s'étonne qu'il en soit, ailleurs, autrement
que d'une linéarité fabulatrice.

Une humanité plurielle peut enfin parler (maintenant que l'Occident a
découvert l'Orient!) alors que par une irrépressible contagion (
globalisation des économies oblige) le reste du monde se précipite vers les
technologies de l'immédiateté. Le "tekné" est généré par une coupre entre
le "logos" et le "pragmatika'. Cette division ontologique, nous la devons
aux Grecs (non pas "inventeurs" de la tragédie mais formalisateurs d'un
rapport théâtralisé à la mort, par des mises à distance du Voir et de
l'Entendre, du Pouvoir contre ses déviances,précisément par là ou passe la
gestion de la mor, voir: Creon/Antigone etc). MAi sles Égyptiens
efectivement avaient déjà architecturé cette relation à la mort, dans tous
les moindres détails de sa société. Les Romains ont accentué encore
davantage cette coupre, en faisant passer le "person" ( e sujet masqué) a à
un visage nu (le personnage).
Ainsi, en Occident,  toute "construction de personnage" implique un rapport
à une mort symbolique (de soi) qui prend le corps pour objet, afin que du
"transcendé"  vienne habiter celui qui parle à visage découvert.... D'où
cette surdité, cette coupure toujours mal domptée, en Occident, entre texte
et corps.
Il faut attendre les années soixante, sur la perte de vitesse du credo
chrétien, pour voir se poser la question d'un discours du corps qui échappe
aux "terrorismes" classiques du verbe/logos.

L'anthropologie et la recherche des rites et des théâtres des origines a
pour fondement cette béance permise par le retrait du texte et le retour
d'un corps refoulé sur plusieurs siecles...Mais faute d'Avoir su
domestiquer ce trvail du corps et de son i nconscient, les années
quatre-vingt et quatre vingt-dix ont réinstauré le primat du texte comme
matrice des discours scéniques... pour un temps seulement, car voilà que
l'Internet est devenu cette scène ou "du corps" se prononce, face a un
fantasme de l'autre, anonyme et globalement planétaire.

Internet et le multimédia consacre un nouveau voilde la mort, par un accès
immédiat à de l'autre qui pourrait l'effacer. D'où cette drogue solipsiste
que représente les écrans... comme autant de rideaux de scène qui s'ouvrent
sur un monde  en dérive et fuite constante.
La mémoire est là, blottie, en chaque étandard que représente chaque site,
par le clavier d'antiques acteurs tragiques sur la skéna d'un Epidaure
électronique.
L'écran est ce nouveau persona qui nous permet de convoquer la foule, en
avançant masqué.


Ma thèse de doctorat d'État, commencée en 1971 et soutenue en 1986,fut,je
crois,la toute première a avoir poser cette équation.
L'art est travaillé par le temps et il ne lui survit que de le
"transcender", de l'abstraire pour le lire par une série de ruptures, de
renoncements et de "ritualisastions".

Em art, ce qui constitue une oeuvre ce n'est pas "ce qu'elle dit" mais la
façon dont sa spatialité rencontre l'intemporel.
Les vieux "savoirs du temps" des cultures non occidentales ( à l'exception
des pré-socratiques) ont été agressés, chosifiés et pliés sous les assauts
de différents impérialismes. Car il s'agit toujours de "médiatise"r la
mort, de la filtre,r car à travers sa ritualisation c'est le temps qu'on
croit déjouer.
En la colportant, en la transmuant (voir cette relation duelle dans les
tous les mythes, Isis/Osiris, Ra/Anubis, Orphée/Euridyce, Cronos/Gaia,
Narcisse/Echo, Eros/Psyché, Jésus/Marie, et le mythe  des jumeaux
fondateurs et oppositionnels dans toutes les civilisations  etc) et de là
les divers attitudes et relations à la forme et au sens qui signifient
toujours la mort et le temps dans son rapport à l'autre, un passage obligé
dont le théatre est l'une des manifestations ...
Si l'autre est miroir de la mort (fin apparente du temps...) il faut qu'il
entre en scène, qu'il devienne chose et non être, soit travesti,
carnavalisé, il faut le re-présenter pour en évacuer la mortalité que
recouvre l'intangibilité du temps .
Tout visage est un autre qui rappelle du temps.

Ce qui se dit entre les êtres c'est encore du temps et, secondairement, de
l'espace.  A partir de la, le théâtre et ses sources s'entendent autrement.
Telle est la clé qui me guide. Mais ceci ne dit past de quoi sont
texturtées ces temporalités multiples, divergentes, co-axiales, ou encore
critalisées en une galaxie de Panthéons, à géométrie variable...
La mémoire parce qu'elle travaille le travestissement du temps porte en creux
aussi son amnésie....
La mémoire travaille le temps et l'altère (altérer c'est rendre autre) ce
qui parlent par les corps, selon les climats et des rites. Tel est le
théâtre.
Il est l'ombre du temps. C'est donc sa source qu'il faut éclairer.

A suivre...
amitié
serge

22-10-97

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>Au moment, je suis en train de finir mes etudes de "Theatrologie"
>(a en suivre Prof. Patrice Pavis, qui a passe un semestre a notre
>universite a Bochum en 1994) avec une these (je manque le mot - pas
>une dissertation) au sujet du theatre et Internet (comme tous les
>autres:)).>Boris Karnikowski
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