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Re: Jeu, enfance, realism et politique Serge Ouaknine



Date: 7 Nov 1997

Réponse de S.O. à Alain Vadeboncoeur:

Bonjour,

Vous trouverez  des réponses à votre question dans les oeuvres de Piaget et
Anzieu. Voici toutefois la méditation que m'a inspiré votre question.

Jeu, enfance, realism et politique

A l'age de 7 ans, environs, ce miracle que vous observez chez votre enfant
de 4 ans, hélas, disparait avec une "socialisation" qui identifie la vérité
à une rationalisation de l'apparent. La "mimési"s est ainsi une simple
convention, selon le contexte normatif de la la culture locale ( l'école et
l'alphabétisation y jouent pour beaucoup en Occident).
Les jeux imaginatifs de votre enfant, et que vous décrivez si bien,
relèvent de la "transformation métaphorique" qui, effectivement, est
analogue a celle de l'imaginaire créatif d'un artiste.
Les artistes sont ceux qui précisément contestent cette codification et
linéarisation qui nous fait prendre la copie de l'apparent pour de
"l'imaginaire".

Le poétique, nous le savons tous, n'est pas la mimésis "au premier degré".
L'imaginaire fonctione par association symbolique et par effet de sensation
qui permettent de croire qu'un simple cube de bois est un lit nuptial, ou
une chaussure un téléphone cellulaire. L'idée ne ment pas, elle fonctionne
"librement" par analogie de "gestalt" ( la "forme" mais sans le contexte
habituel qui lui est attaché).

Le "poiéique" nous surprend, travaillant du symbolique, tout en étant
travaillé par de l'associatif, alors que le "réalisme" fonctionne par
simple effet de réduction à la chose, à sa fonction usuelle marchande ou
opérationelle.
Le réalisme est donc une réduction, (un tronquage de la tanscendance
poétique) à de  l'"ordre".

Tous les régimes politiques fascisant ne tolèrent que de "l'art réaliste"
-- car l'imaginaire est une déviance. Les fondamentalismes actuels sont des
formes de fascisme qui ne supportent pas le déréglement des sens (on voile
les femmes, on tue les artistes) et pas davantage le cognitif des
journaliste qui qui risquent de nommer ce qui  échappe à la doxa.
L'artiste, comme l'enfant, est l'ennemi de loi canon qui veut s'instituer
et qui ne supporte pas d'Alternative à son autorité. Par essence, le
réalisme définit par la "doxa. Il n'y a pas d'altérité au pouvoir donc pas
d'altération de ce qui plausible et logique dans l'Ordre de la successivité
événementielle qui s'empart du réel et identifie une situation, un sujet,
un espace à une fonction précise, "immuable".
Le poètique résiste à cette prise de pouvoir ( la raison des adultes sur le
peuple enfant) parce que le poiétique transgresse "par nature" toute forme
de réduction du "dedans" par du "dehors".  L'artise est un être "libre"
parce que "désaliené" de cette espace ou les choses sont figées. L'artiste
n'est artiste que parce qu'il circule dans du temps transformable.
Exactement comme votre enfant de 4 ans. Il voyage dans le temps et donc
change le sens des espaces et des objets.

La question que je me pose à mon tour est la suivante:

1) Comment l'art vient aux adultes? Est-ce la conscience d'un moi
"distinct", donc détaché des figures parentales qui objectivise le
percevant face au "percu" et donc fruit d'une certaine "mort" de soi face à
la fusion parentale originelle? Si tel est le cas, l'art est une révolte
face à la doxa, un désir de rendre autre l'autorité qui nous a donné
naissance.

2) Pourquoi l'art "innove" en changeant la lecture du  réel? L'artiste
change les critières du réel et donc altère le "réalisme" de la doxa
socio-parentale antérieure. L'artiste se pose en s'opposant à la doxa
d'alors et constate que la norme qui prévallait ne coincide pas aux
"déviances de son imaginaire qui lui fabriques des liens , fait de
l'associatif poétique que le "rationnel" voudrait bien occulter.

3) Pourquoi le pouvoir est associé au réalisme?  Pour le "réaliste", les
êtres et les choses doivent entrer dans du pragmatique, etre
"objectivement" opérationels. Le réel est ainsi acculé à une fonction de
l'espace ou les choses et les etres qui y circulent apparaissent comme
distincts dans un temps plausible ( d'où la règle des 3 unités fixée par
Boileau). Reconstituer le réel selon le model de l'apparent et du plausible
(entreprise réductioniste de la Renaissance) serait une lutte contre cette
"mort", cette perte de l,intemporalité des jeux de l'enfance. La Renaisance
est une phase adulte face au  "primitivisme" infantile du Médiéval.  D'ou
passge d'une société qui fonctionne dans le fusionel ( l'Hommes est à
l'image de Dieu) à une socicété pré-scientifique te pré-industriel ( Dieu
est une projection archaique de l'homme). Le réalisme ordonné de la
Renaisance consacre la mort du fusionnel, la fin de l'enfance ludique
médiévale.

4) La mort parentale de Dieu permet-elle un nouveau ludisme de l'imaginaire?
Le passage de l'art médiéval à l'art de la Renaissance (mutation d'un art
où le temps est sans limite a une société qui met de l'ordre dans les
horloges mécaniques, et donc la mortalité trouve sa limite. Le ludique
intemporel entre dans le sérieux du périssable (tempus fugit).
Le réalisme est donc un constat. Un aveu que nous ne sommes plus
identifiés, fusionnés au ciel ( notre première famille), Nous avons perdu
l'enfant insconscient de son état de objet/sujet mais passe à un
sujet/objet.
Le ludisme de l'espace débridé passe au plaisir de l'organisation.

5) Le modernisme commence t-il avec la perte d ecette enfance de l'humanité?
Au moment ou l'être de l'oralité médiévale se détache du tout et devient
une personne solitaire de l'écriture, l'infini de la voix passe à "l'ombre"
d'un réel qui s'imprime....et se limite. Rigoureusement , au mëme moment
apparait l acosntruction de l aperspective qui met ne place les objets. Et
donc s'en est fini de la cisculation dans l,Intemporel. Il faudra attendre
Freud, l'invention de l'inconscient  et les surréalistes pour retrouver le
chaos médiéval ( malgré des percées lumineuss comme les peintures de Goya
ou de Bosh par exemple) .

6) Je constate que cette "perte" historique  va de paire avec
l'industrialisation des sociétés. C'est à dire le passage d'un mode
artisanal (de fusion à la matière -- mater=mère) où on a tout le temps à un
monde ou le temps est rationalisé dans une production qui ne relève plus de
cet artisanat fusionnel.Avec la Renaissance votre enfant "médiéval" de 4
ans passe du rêve imaginatif et associciatif à une distance qui perd le
poiétique et gagne en distance critique. D'où ce mythe persistant de
l'objectivité exalté au XIX e siècle et que dément enfin la sciences
phsysiques contemporaines...

7) Pour résumer:
L'artiste est celui qui entend prolonger cet état poiétique de l'enfance.
Au théâtre, la poietique consiste a retrouver cet imaginaire de votre
enfant de 4 ans mais avec la conscience d'un adulte. D'ou le travail pour
décoder, déconstruire,dépasser les résistances du quotidien...

8) Proximité et distance:
L'artiste est un enfant qui sait qu'il n'est plus un enfant. Il oeuvre
contre la mort, avec des moments de  distance critique qui ne sont
possibles que parce qu'ils coexistent avec les autres moments délicieux et
fusionnels du processus imaginatif. Les crises d'artiste adviennent au
moment ou le travail et le sujet à l'oeuvre doivent se distancier pour
rendre apparent l'autonomie du langage. L'artiste doit se détacher de son
langage, il est dedans oeuvrant dans l'intemporalité du moment créateur et
dehors par un retour du sujet à la lecture de ses traces et de ses signes.
Ceci est certes plus "difficile" encore pour les acteurs que pour les
peintres. Car le peintre est face à sa toile, mais l'acteur, lui, ne se
voit pas, il se sait seulement de l'intérieur, jusqu'à ce qu'il puisse
objectiver les effets de son imaginaire. Ce passge  a un "dehors" fait
souvent problème.

9) Aussi, pour faire vite, le réalisme que vous dénoncez à juste raison,
est un acte qui généré par l'acceptation de cette perte, cettte distance.
Le réalisme assume le "deuil" de l'imaginaire. Les "adultes" sont donc trop
souvent des enfants "endeuillés" mais qui se réconfortent dans le constat
que le "rêve" est perdu (passage à la re-naissance).
Le réalisme est ainsi la maladie infantile des adultes.

10) Les aborigènes d'Australie appellent "terre du rêve", donc lieu
mythique de linvisible, le lieu où se crée l'univers visible. Comme les
artistes, ils savent que le réel est une construction de l'imaginaire. Une
organisation. Tout dépend de ce que le langage prend pour réel.
L'artiste travaille dans la métaphore (l'imaginaire utopique). Le
politicien, sur le factuel des objets (il est "réaliste").

11) Notre époque est sublime et triste en même temps.
Nous sommes les orphelins de Cervantes et de Kafka, mais libres. L'art et
les discours de/sur l'art sont le lieu où précisément de nouvelles familles
se reconstruisent. Face à la "vacuité" du politique, je suis convaincu que
ce sont les artistes qui dessineront le prochain siècle. Je ne crois pas
que le virtuel soit la panacée salvatrice du réalisme défunt. Il est le
soubressaut d'une crise qui veut achever le solipsisme philosophique du
siècle dernier.

Les jeux virtuels poursuivent une fuite en avant amorcée par la Renaissance
(Don Quichotte et Don Nitendo contre des moulins à vents...), une
métaphysique d'enfants à la triste figure, l'agomie d'un réalisme
matérialiste.
Je vois plutôt advenir, un triomphe du poiétique sur la matière. Une
enfance adulte mais avec la liberté d'une autre métaphysique où arts et
sciences se rencontrent pour réécrire le social. Certes, il faut s'attendre
à des tensions.

12) Ayez du bonheur avec votre enfant. Ce miracle est bref, sauf si sa
révolte fera de lui un imaginatif turbulant qui prendra une pantoufle pour
un téléphone, dans une classe de jeu, par-delà son adolescence.

Smiling.
Serge

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>>Je me suis d'abord dit qu'il était assez extraordinaire de pouvoir ainsi
>>jouer, car il s'agit bien de cela, continuellement, dans l'improvisation la
>>plus complète (et souvent de manière assez décousue) sans perdre aucunement
>>le fil "dramatique" de la situation, en s'adaptant totalement quoique
>>imparfaitement au contexte narratif et sans perte de cohérence.
>
>>La question est donc: y a-t-il une relation entre le "jeu" social
>>(particulièrement celui des enfants) et le "jeu" théatral?  Est-ce un
>>processus similaire?  L'imaginaire y joue-t-il un rôle similaire?  Est-ce
>>comparable, tout simplement?
Alain Vadeboncoeur
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Serge Ouaknine
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