référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1997-11/msg00009.html
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Jeu Bastien Sophie




Alain Vadeboncoeur se questionne sur un lien entre le jeu de l'enfant et 
le theatre, tout en identifiant le "manque": l'enfant ne joue pas pour 
autrui. La definition minimaliste du phenomene theatral que donne Eric 
Bentley: "A impersonates B while C looks on", montre la necessite de 
l'element "spectateur". Le jeu de l'enfant - "A impersonates B" - est 
donc d'une autre nature.

Il a fascine Andre Breton, et les premieres pages de son "Premier 
manifeste du surrealisme" s'en inspirent. Le surrealisme, en effet, est 
nostalgique de la liberte d'imagination propre a l'enfant, de sa capacite 
de jouer non encore endiguee par la raison. 

C'est pourquoi Breton s'interesse a l'oeuvre de Lewis Carroll (qu'il 
repertorie dans son Anthologie de l'humour noir). Pensez a "Alice au pays 
des merveilles": les scenarios que vit Alice baignent dans la surrealite, 
davantage que dans le theatre - d'autant plus qu'elle est en fait dans un 
etat de demi-sommeil, me repondrez-vous. Et voila qu'on etablit un autre 
rapprochement: avec l'activite onirique, ou les objets n'ont plus le 
meme signifie, encore moins le meme referent. Mais on se trouve encore dans 
l'experience surrealiste: le ventilateur n'est pas plus un ventilateur 
pour l'enfant de 4 ans que la pipe n'en est une dans le celebre tableau de 
Magritte. 

Le lien entre l'activite ludique de l'enfant et l'activite artistique de 
l'adulte a aussi ete exprime (entre autres) dans le poeme de Saint-Denys 
Garneau: "Le jeu". Le titre, eminemment polysemique, ramene a la 
question d'Alain Vadeboncoeur...

--  
Sophie Bastien 
Departement d'etudes francaises 
Universite de Montreal 
bastiens@ere.umontreal.ca