référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1998-01/msg00044.html
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Re: Catherine Kintzler et oralite Claude Champagne



>Je me permets de vous signaler un ouvrage déjà ancien mais qui ne me semble
>pas assez cité sur la question de l'écriture alphabétique comme
>phonogramme:
>Eric A. Havelock, Aux origines de la civilisation écrite en Occident,
>Paris: Maspero, 1979.
>D'autre part, le débat oralité/écriture est aussi un débat philosophique :
>j'ai rencontré cette question en travaillant à la présentation et à
>l'annotation de l'Essai sur l'origine des langues de JJ Rousseau (éd.
>Garnier-Flammarion, Paris, 1993). C'est toujours délicat et un peu
>narcissique de renvoyer à quelque chose qu'on a écrit, mais enfinŠ Quand on
>regarde ce débat d'un peu près, et aussi ses prolongements pendant la
>Révolution française (débat sur le modèle de l'éloquence de plein-air avec
>souffle, énergie, enthousiasme, etc., opposé à celui de l'imprimerie), on
>s'aperçoit que l'oralité a un côté réactionnaire qui mériterait d'être
>souligné davantage. Avec une grande perspicacité, Rousseau situe d'ailleurs
>le théâtre du "mauvais" (selon lui) côté, celui de l'écriture, des
>alphabets, des séparations, des médiations, du littéraire, de l'articulé,
>et lui oppose le modèle de la vocalité pneumatique (fête fusionnelle et
>rustique, chants de la terre et du travail, etc.). J'espère qu'il a
>toujours raison, et que le théâtre s'agrippe bien ferme au littéraire !
>
>Cordialement à vous, CK
>
>Catherine Kintzler, professeur, UFR de philosophie, Université de Lille III,
>BP 149, F-59653 Villeneuve d'Ascq Cedex.
>Adresse personnelle : 55 Bd de la Villette, F-75010 Paris.


        Tout d'abord, merci beaucoup de votre généreux commentaire.  Une
première question : qu'entendez-vous par «l'oralité à un côté
réactionnaire»?  Est-ce au sens où une partie de la dramaturgie qui se
fondrait sur les bases d'une écriture plus orale serait en quelque sorte un
mouvement d'opposition au progrès (de la langue, du théâtre); et par
extension, viserait à rétablir quelques institutions antérieures (dont
j'ignore)? (Merci le Petit Robert...)

        Mon questionnement allait plutôt du côté du statut littéraire de
l'oralité, de cette écriture qui «transcrit» ce que l'auteur entend, en
arrivant à écrire précisément la façon qu'ont ses personnages de
s'exprimer.  Qu'il s'agisse autant de répétitions, de forme circulaire,
d'interruptions (David Mamet en est un bon exemple du côté américain); mais
tout autant jusque dans la graphie même, d'où là les quelques exemples de
contractions et parfois même d'inventions que je donnais dans mon précédent
message.  Parlons-nous encore de littérature à ce moment?  Et quelle valeur
alors lui accorder?


        Au plaisir de vous lire!

Claude Champagne