référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1998-03/msg00018.html
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Marivaux-/"Epiphanie" Christiane P. Makward



Ce que j'ai a dire ne concerne guere Marivaux mais ...

Je me permets de suggerer que ce que cherche notre correspondant de Sarre,
Eric Negrel, ressemble fort a une categorie familiere aux apprentis
critiques litteraires anglo-saxons des annees '70, le concept 
d'"epiphany", c'est a dire de revelation fondamentale soudaine, propre a
determiner/ancrer la vision du sujet qui eprouve cette revelation (exemple:
celle de la materialite du langage[ou 'signifiant'] chez l'enfant dans
James Joyce: Portrait de l'artiste.., etc.).  C'est quelque chose de
comparable au "stade du miroir" lacanien, qui est limitrophe de
l'inconscient et constitutif de la conscience individuelle. Comparable
(l'epiphanie joycienne), mais posterieure, bien sur, dans le processus
d'individuation du sujet-enfant.. Comme si le sujet se constituait sur la
base d'un certain nombre de 'traumatismes' ou revelations merveilleuses,
aussi bien que sur celle d'une continuite emotionnelle (positive ou
negative, "grasse" ou "maigre" pour reprendre des metaphores cixoliennes
des annees 75).

Je pense que pour analyser la reaction subite (sexiste et primaire du
personnage de Marivaux), il vaudrait mieux passer par l'appareil lacanien
ou psychanalytique moderne du 'transfert massif', phobique dans ce cas
(l'inverse maniaque etant ce 'coup de foudre' dont on ne parle plus trop
:-).

Quant a la "scene primitive" au sens freudien, je ne pense pas que Freud la
situe dans l'inconscient. (Freudiens purs et durs... eclairez-nous!!!). En
effet, la "scene primitive" (comme dans l'histoire du petit Hans) est la
revelation -dans l'epouvante/etonnement/detonation - de la realite de la
sexualite humaine (celle du couple parental est ordinairement la revelation
originaire... dite 'scene primitive').

Au revoir, Christiane Makward  cjm9@pu.edu




>Bonjour,
>Votre question est tr s interressante en cela qu'elle concerne le
>libertinage du  XVIIIe. Ce passage explique une partie de la d sillusion,
>presque baroque, que recouvre le "marivaudage".
>Toutefois, il me semble que votre exemple m rite de faire remarquer une
>difference essentielle par rapport au concepts freudien de "sc ne
>primitive".
>Marivaux d crit un jeu *conscient:la mise en repr sentation apparemment
>"lucide" d'un personnage face   sa propre prepr sentation sociale de la/sa
>s duction. Je parlerais plut t d'un re-jeu ou d'une ritualisation, d'un
>"mimisme" (le mot est de Marcel Jousse)  des visages de la s duction. Un
>mimodrame intime. Un th  tre  gotique du moi.
>
>Le concept de "sc ne primitive" chez Freud se passe dans 'l'inconsicento et
>c'est cela qui sera re-joue' plus tard, au cours de reiterations
>symboliques de cette dite "premiere sc ne" qui en est, en quelque sorte,
>l'engrame ou l etrauma du sujet "agi" et "non agissant"....Il se peut que
>la jeune fille fasse ici un retour sur une sc ne primitive dont Marivaux ne
>parle pas. Mais il me semble que ce qui vous interresse c'est la saisie par
>le temoin de la cr ation d'un *simulacre et non d'une *sc ne premi re.
>
>Tout se passe dans le regard savant de la pose et non dans l'aveuglement du
>souvenir insconscient. Freud parle d'un passage de la petite enfance  
>l'age adulte. Ici cette jeune fille, d j  une adulte, savante, semblent
>s'exercer a l'apprentissage des masquse sociaux. A moins d'une pathologie
>dont le texte ne parle pas, cette jeune fille est dans le factice de
>l'effet et non dans le re-vivre d'une sc ne premi re inconsciente, dite
>"primitive" .
>Marivaux nous montre ici la part non innocente  de l'aspect social de nos
>repr sentations humaines et moins la psychologie des profondeurs qui lui
>semble  trang re mais non excluse.
>
>Toute sc ne "premi re" n'est pas automatiquement une "sc ne primitive". Et
>toute repr sentation de soi ou de l'autre n'est pas forc ment sous le sceau
>de la douleur. Le *simulacre est ce qui,tr s pr cis ment, nous prot ge de
>la douleur. Ce qui semble ici le cas. Cette jeune fille joue les gestes
>sociaux de l'amour pour que l'amour ne l'atteigne pas, pour... qu'elle n'en
>souffre pas. Elle imite pour ne pas  tre d nud e, d poss d e du don de soi
>que suppose l'amour. Elle re-joue pour se masquer de la construction du
>para tre, afin de *ne pas  tre.  Le "marivaudage" semble  tre l'art de
>savoir user du corps dans sa valeur de rep sentation ludique mais non
>engageante de l' tre en jeu.
>
>Que triomphe le facies performatif du transport amoureux, qu'il en devienne
>une science par la reproductibilit  de son savoir exp rimental, est ce que
>d crit cette sc ne admirable de Marivaux.  Le libertinage est une
>exp rience,il est   l'amour la r duction au ph nom ne, donc   la loi de ce
>que la science peut re-produire, c'est   dire re-jouer,   vue. Sans faille
>aucune, sans craindre se trahir... C'est un univers domin  par le regard
>chasseur qui isole l'autre comme proie et non par l'aveuglement amoureux
>qui  coute l'autre comme sujet.
>
>Il ne s'agit pas donc d'une sc ne primitive, au sens freudien, mais bien
>d'une sc ne seconde, au sens th  tral, d sillusionn e et mettant en place
>son propre discours repr sentatif au sens quasi "post-moderne".
>La s duction est ce qui reste du parfum amoureux dont repr sensation
>triomphe, quand l'amour se retire. La sc ne peint son vide et en rejoue la
>forme pour la d vider de toute potentielle  pleinitude.
>
>Bien   vous,
>serge
>
>>Bonjour!
>>
>>Je me permets de vous envoyer cette question qui n'a pas directement
>>trait au theatre, mais comme elle concerne un des plus savoureux
>>dramaturge du XVIIIe siecle, sans doute pourrais-je profiter des
>>lumieres de plusieurs...
>>
>>Quelqu'un saurait-il si l'expression "scene originelle" ou "scene primitive"
>>a deja ete employee par la critique a propos de la decouverte par le narrateur
>>du _Spectateur francais_ de Marivaux des "machines de l'opera", c'est-a-dire
>>la coquetterie feminine? Il s'agit de l'anecdote initiale (1e ou 2e feuille)
>>qui relate comment le narrateur revenant chez la jeune femme qu'il vient de
>>quitter parce qu'il a oublie quelque chose, la surprend en train de refaire
>>devant son miroir toutes les "mines naturelles" qui l'on seduit quelques
>>instants auparavant. A partir de ce moment-la il decide de ne plus regarder
>>ses contemporains qu'en spectateur detache se regalant de leurs comedies
>>particulieres qu'ils se jouent les uns aux autres.
>>Il me semble que le rapprochement avec la Urszene freudienne a deja ete fait,
>>et meme a plusieurs reprises (au moins au detour d'une phrase, par le recours
>>a l'expression).
>>Merci pour toutes vos indications,
>>Eric Negrel
>>UNiversitaet des Saarlandes
>>e.negrel@rz.uni-sb.de
>
>                   (1 + 1 = 3)
>            /\_/\ o
>            (@ @)
>            (*)
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>Serge Ouaknine
>e-mail : r34424@er.uqam.ca
>Montreal (Quebec)  Canada