référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1998-03/msg00026.html
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Re: reference MArivaux didier plassard



Bonjour,

je n'ajouterai pas grand-chose à la longue et pertinente mise au point
de Serge Ouakine, à laquelle je souscris entièrement. Seulement deux ou
trois petites choses, peut-être :
- que la "scène primitive", chez Freud, désigne plus précisément
(d'après mes souvenirs, et sous réserve de vérification) le rapport
sexuel des parents, tel que fantasmé ou deviné par l'enfant. Pas grand
chose à voir, donc, avec les minauderies de notre coquette.
- mais qu'en revanche le concept freudien de "blessure narcissique" -
pour le narrateur - semble mieux s'appliquer dans ce cas.
- enfin, qu'une comparaison pourrait être établie avec l'article de
Kleist, "Sur le théâtre de marionnettes", où l'éphèbe qui s'efforce de
retrouver devant un miroir la grâce de son geste premier ne peut plus
que le singer. Certes, le dispositif narratif est différent : c'est chez
Marivaux le regard à présent informé du narrateur qui ne peut plus
percevoir une grâce "naturelle" parce qu'il ne croit plus à son
existence, tandis que chez Kleist la répétition consciente du geste a
pour conséquence de mettre fin à cette grâce. Néanmoins, les deux scènes
fonctionnent sur la même incompatibilité entre grâce naturelle et
conscience : la conscience fait cesser d'exister la grâce (soit pour
l'observateur, soit dans l'absolu). Et l'on pourrait beaucoup rêver sur
l'esthétique du théâtre qui en découle : soit comme art du faux, au
prétexte que le faux mine déjà le réel ; soit comme quête du vrai, à
travers le détour du simulacre (mais l'interprétation du texte de Kleist
est, comme on sait, un terrain particulièrement piégé...).

Amicalement,

Didier Plassard
Université Rennes 2 - Haute Bretagne