référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1998-04/msg00000.html
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Mise au point Yvonne et Gombrowicz Serge Ouaknine



Esquisse de reponse a Remy Charest:

>Ceci dit, la reponse de Serge Ouaknine est pour le moins peremptoire et
>comporte quelques erreurs de faits - sans compter que l'auteur semble
>intervenir pour juger une production qu'il n'a pas vue.

Bonjour,
Une reponse a vos remarques sur Yvonne. Sur le plan, epoque et lieu de la
redaction de l'oeuvre, stricto sensu,...vous avez tout a fait raison.

Toutefois, Gombrowicz a traine'  longtemps ses pieces, il les poursuivait
de lectures a la petite societe' polonaise de ses amis de Buenos Aires, de
traductions sans succes en espagnol et de petites corrections ... Voir a ce
sujet le beau livre ecrit par sa compagne Rita Gombrowicz (une quebecoise):
"Gombrowicz en Argentine".
Mais vous avez raison l'oeuvre etait deja faite...
Dans ma note, je parlais, vous vous en doutez bien, d'une lecture
dramatique du texte -- une esquisse plus allegorique que critique--, et non
de la piece, et non du decodage impossible a faire d'une mise en scene que
je n'ai pas vue.

J'ai avec certains textes et auteurs une relation passionnelle ( j'ai fait
mes etudes de theatre de Pologne et c'est la que j'y ai decouvert, entre
autre,  Witkiewicz et, fortuitement, les critiques acerbes de la presse
marxiste officielle du regime d'alors a l'egard de Gombrowicz...  Son
humour acide et son individualisme aristocratique  genaient les prudences
du realisme de l'epoque.
Permettez moi une breve allusion personnelle. Ma vie a bascule'e apres
avoir ete' temoin de la representation de sa piece "Le Mariage", monte'e a
Paris par Lavelli en 1964. Ce fut un triomphe, un eclat qui allait gagner
l'Europe. Je dois a Gombrowicz (que je n'ai jamais autrement croise' que
par son oeuvre) ma rencontre indirecte avec Grotowski et mon depart pour la
Pologne.
La dramaturgie polonaise collent a ma peau (je n'ai pourtant pas a un de'
de sang polonais)... Aussi je ne peux en parler avec le ton et la logique
que vous auriez souhaite's.

Enfin, oui, je crois en la synchronicite' mysterieuse qui inspire des
poetes, des philosophes ou scientifiques bien qu'en des lieux differents...
pas  moins qu'en l'influence rhetorique ou academique directe d'un etre sur
un autre... C'est cela que signifait mon allusion a Sartre.
Flaubert a dit: Madame Bovary c'est moi...
C'est sur ce meme elan que je repete, en foi de ce que je sais de l'oeuvre
et de la vie de Gombrowicz:
Yvonne c'est Witold lui-meme face au bruit de sa mere.

Un artiste appartient aux atomes etendus de son temps et non au decodage
ulterieur des academiciens. Seul un coup de folie peut repondre a une
oeuvre. La critique la plus raisonne'e (celle de Barthes par exemple) est
inspire'e du meme givre de feu qui piquait l'esprit de l'oeuvre qu'il
lisait. Un texte fait bouger de ce qu'il de'/range. Je le concede et n'y
peux rien, il y a du peremptoire dans cette folie resurgente, comme
l'accroc d'un embacle qui lache ses berges, ou l'envol de l'oiseau ... un
bouger, un souffle ouvrent des seuils.
L'art fonctionne au pli de la logique paradoxale et non de la logique
lineaire... Buvez une pinte de vodka avec un polonais (artiste ou dentiste,
professeur ou paysan) et vous serez contamine' de catastrophisme
prophetique, de nihilisme tragico-absurde et de  pan slavisme catholique
romain aussi  pathetiques et inutiles que la lucidite' sacrificelle d'un
dramaturge voyant...
Bien a vous,
Serge





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Serge Ouaknine
e-mail : r34424@er.uqam.ca
Montreal (Quebec)  Canada