référence : http://listes.cru.fr/arc/mascarene/1998-04/msg00051.html
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Re: Dictees en scene (one more) Serge Ouaknine



Dans le beau film "Rue Case Nègre" inspiré du roman de Joseph Zobel (
Éditions Présence Africaine) , il y a une scène de dictée de français aux
petits enfants créoles... Je ne sais si c'est une invention du cinéaste ou
une inspiration directe du roman.
Le thème  de la dictée de français a souvent été évoquée chez les écrivains
magrébins. Par la dictée s'exprime tout le poids culturel du colon sur le
colonisé. Il y a de la "dictature" en la dictée, où du moins, de la
vassalité. L'orthographe joue comme métaphore de ce passage d'un écrit
(c'est à dire d'un pouvoir) à un autre écrit médiatisé par une oralité (
l'immédiatisation charnelle de cet  écrit en un bouche à oreille ). L'écrit
fait loi et partant contrôle de l'autre. Toute orto-graphie nous rappelle à
la langue dans sa vertu canonique. Une dictée est bien plus qu'un rappel
des règles  de la langue, elle reconfirme un rapport  de la loi à tous ses
sujets. La dictée est soumission à l'exactitude de ce pouvoir ( mais
toujours mobile car les langues bougent). Il y a une théâtralité de la la
dictée et même une certaine érotique, car c'est la langue qui vient
imprimer l'autre. Passage d'une distance à une intimité, d'un être à un
autre, d'une voix à un geste, d'une page déjà noircie à un corps recouvrant
de signes une autre blancheur. La dictée est aussi confirmation d'une
histoire.

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Serge Ouaknine
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